Saad Hariri s’exprimant samedi au Biel. Photo Ani
Lors d'un iftar organisé samedi soir au Biel en l'honneur du courant du Futur, l'ancien Premier ministre Saad Hariri a assumé l'entière responsabilité des concessions politiques de son parti depuis qu'il le préside. Dédouanant l'Arabie saoudite, il a même loué « les objectifs nobles » du royaume wahhabite.
Dans un discours semblable à une déclaration sur l'honneur, le chef du courant du Futur s'est dit « pleinement responsable de la ligne politique du courant et du haririsme national, depuis que j'en ai pris la direction jusqu'aux dernières élections municipales ».
« Oui, je suis responsable d'avoir accepté l'accord de Doha après l'invasion de Beyrouth le 7 mai parce que ma décision était et reste de refuser de recourir aux armes dans les conflits internes », a-t-il ajouté, refusant que son parti se transforme en milice armée. Il a souligné dans ce cadre que « ma décision a conduit au triomphe du 14 Mars aux élections législatives en 2009 ».
Là encore, une autre concession dont il a dit assumer le choix et les conséquences : celle d'avoir, « en dépit du triomphe aux législatives », cautionné « la formation d'un gouvernement d'unité nationale incluant un ministre-roi ». Le motif en était, selon lui, de « préserver la stabilité des institutions constitutionnelles et d'éviter que le pays ne glisse dans la spirale de la division comme cela est le cas actuellement ».
Mauvaise foi syrienne
M. Hariri a insisté sur sa conviction profonde de l'initiative saoudo-syrienne et de son esprit de « réconciliation ». « J'étais responsable à ce moment d'avoir accepté par ma propre volonté l'initiative saoudienne pour une réconciliation arabe globale, dont le Liban devait être le premier bénéficiaire », a-t-il déclaré, se démarquant indirectement de l'avis selon lequel il n'a fait qu'exécuter l'accord syro-saoudien.
Le problème de cet accord n'était pas tant au niveau de la politique de l'Arabie que de la mauvaise foi syrienne, selon lui. « L'Arabie ne voulait et ne veut que le bien pour le Liban. Elle a fait l'impossible pour protéger notre pays de la discorde. L'Arabie voulait mettre un terme aux différends entre les parties de la maison arabe en commençant par le Liban, et Bachar el-Assad voulait trahir l'Arabie et éliminer le haririsme national au Liban. »
Résultat : « C'est moi qui ai bu la coupe empoisonnée ! C'est moi qui suis allé en Syrie et qui me suis senti humilié pour ce noble objectif arabe ! » Plus encore, il s'est dit « responsable des répercussions de l'initiative saoudo-syrienne (SS) sur le 14 Mars, que j'ai accepté de relayer jusqu'à la fin en dépit de la méfiance qu'elle a suscitée entre les alliés ».
Ce qu'il y aura gagné, selon lui, c'est d'avoir « dénoncé Bachar el-Assad et ses fausses promesses de se détacher de l'Iran et de revenir à l'arabisme, ainsi que sa volonté de m'assassiner politiquement à défaut de le faire physiquement comme avec Rafic Hariri ». « Ce n'était pas seulement à l'Arabie, mais aussi à Obama, Sarkozy, Hosni Moubarak, à l'émir du Qatar et à Erdogan, qui m'appelaient à mettre de côté ma dignité et mes sentiments personnels, que j'ai répondu : "Je vais en Syrie, chez Bachar el-Assad, pour vous montrer que ce criminel est le plus grand menteur !" Et vous savez quoi? La quasi-totalité d'entre eux, et certains sont assis avec nous aujourd'hui, m'ont dit : "Tu avais raison, nous aurions dû t'écouter !" »
Saad Hariri s'est dit également « responsable d'avoir révélé les manœuvres du Hezbollah visant à saboter l'initiative qatarie-turque, après le coup d'État inédit mené contre mon gouvernement alors que je me trouvais à Washington ».
Si l'ancien Premier ministre est revenu sur ces étapes, c'est pour rappeler son insistance « à cacher ma douleur, arrondir les angles et ouvrir des brèches dans les murs pour protéger le Liban de la folie à laquelle d'autres participent ».
« Je suis ici pour dire : le prix de mon absence de Beyrouth était très élevé, mais tout le monde doit être sûr que je serai toujours présent avec vous à Beyrouth, et que je ne vais pas craindre la menace qui me poursuit depuis des années, aussi nombreux que soient les visages du mal et de la criminalité », a-t-il noté.
« Je suis responsable... »
Évoquant un par un les « martyrs du 14 Mars » tombés dans les rangs du courant du Futur depuis 2005, M. Hariri a estimé qu' « il est interdit à quiconque d'oublier le sang de cette élite (...) ou de donner des certificats d'innocence aux meurtriers ». « Il est également inacceptable d'utiliser les martyrs dans des surenchères bon marché et des slogans de chantage politique », a-t-il précisé.
Et Saad Hariri de souligner : « Je suis responsable de la décision de ne pas faire de compromis dans les positions politiques et les dialogues internes sur les constantes suivantes : protéger le Liban ; la légalité ; la coexistence et la parité islamo-chrétienne ; la modération islamique face au terrorisme et à l'extrémisme ; l'arabité du Liban et ses relations avec ses frères ; la scène islamique de la discorde et des appels à l'incitation et à l'intolérance ; les constantes du soulèvement de l'indépendance et les valeurs du passage vers l'État ; le refus de me soumettre à la domination des armes illégales, et la réclamation du monopole des armes et du pouvoir aux mains de l'État et de ses institutions. »
« Conformément à ces constantes, je suis responsable de l'appel du Tribunal spécial pour le Liban à La Haye à ouvrir une brèche dans l'impasse gouvernementale, d'avoir entamé un dialogue avec le général Michel Aoun, surmontant ainsi les abus, les campagnes et les accusations. Tout ceci dans un seul but que nous lisons toujours dans le livre de Rafic Hariri : trouver une sortie à l'impasse des institutions constitutionnelles et légales », a-t-il poursuivi.
« Je suis responsable d'avoir voulu que le dialogue avec le Hezbollah soit une clé face aux portes fermées concernant la présidence. À cet égard, je répondais aux appels honnêtes de Nabih Berry et de Walid Joumblatt à coopérer afin de contrôler l'escalade des tensions confessionnelles, mettre fin aux conflits armés à Tripoli, et contrer les plans du régime syrien qui visaient à transférer les lignes de démarcation militaires de Bab el-Tebbané et Jabal Mohsen à Tarik Jdidé et la banlieue sud », a ajouté Saad Hariri.
« Je suis responsable de tout ce que nous avons fait pour combler le vide présidentiel depuis le premier instant : nous avons soutenu les candidats alliés... jusqu'à la fin. Nous avons été les premiers à nommer Samir Geagea et à l'annoncer sur Twitter. Les portes de l'enfer se sont ouvertes ! Nous avons été les premiers à essayer de nommer Amine Gemayel quand nous étions devenus sûrs que l'élection de M. Geagea était impossible », a-t-il indiqué.
La maison Hariri ne tombera jamais...
« Le courant du Futur a effectué son devoir constitutionnel et a assisté à chaque séance parlementaire pour l'élection d'un président. Le vide présidentiel se poursuit (...) Lorsque les portes se sont fermées face à tous les alliés et face à tous les noms consensuels, nous nous sommes retrouvés face au vide. Je suis responsable d'avoir appuyé la candidature du ministre Sleiman Frangié, l'une des personnalités de la liste de Bkerké. Cette étape était contraire à l'humeur populaire du courant du Futur. Nous avons fait cela pour briser le cercle vicieux, mais sans résultat jusqu'à présent », a noté l'ancien Premier ministre.
« Nous avons été choqués par les réactions des amis, des alliés et des adversaires, mais le vide est resté, alors que les risques politiques, sécuritaires et économiques s'accumulent sans aucune solution de la part des partis et des dirigeants. Avons-nous atteint une impasse ? Pour beaucoup, c'est le cas, mais je n'admets pas les impasses quand il s'agit de l'intérêt du Liban et de la défense des institutions de l'État », a-t-il expliqué.
Et d'ajouter : « J'ai choisi et cru en ce chemin, un chemin national et politique qui a ses avantages et ses inconvénients : d'une part, c'était une tentative de mettre fin à l'impasse politique et au vide présidentiel, et de protéger les institutions de l'État des politiques de blocage répété ; de l'autre, cela a conduit à des divergences dans les positions, et des divisions dans les rangs des alliés et à des campagnes mutuelles qui ont affecté négativement le 14 Mars et ses constantes nationales. »
Évoquant enfin les élections municipales, Saad Hariri a dit : « Le courant du Futur a été atteint par les résultats et n'a pas échappé aux flots de campagnes, d'articles et de souhaits que la famille Hariri n'y survive pas, ainsi qu'aux paris que cette maison s'effondrerait sur les têtes de ses propriétaires. La réunion d'aujourd'hui est le premier signe à ceux qui veulent entendre, voir, écrire et analyser, que la maison du Futur a des bases solides et que le mouvement de Rafic Hariri ne tombera jamais, ni par K.-O. ni aux points. »
« Le courant du Futur a été créé pour être à la hauteur des rêves de Rafic Hariri, pour les défendre et les protéger. Nous ne permettrons à personne de falsifier et de manipuler l'héritage de Rafic Hariri. Nous avons été confrontés aux tempêtes politiques et aux tentatives d'assassinat de l'intérieur du Liban et de l'étranger, mais le courant du Futur est resté fort dans la vie politique libanaise. Soyez sûrs que ce courant ne sera pas affecté par les tempêtes et restera ferme face à elles, maître de sa propre décision, et il ne manquera jamais de protéger le Liban », a-t-il conclu.


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18 h 34, le 13 juin 2016