Il sera peut-être bientôt trop tard pour les investisseurs libanais qui ciblent le marché iranien. Atta Kenare/AFP
Près d'un an après l'accord sur le nucléaire iranien conclu le 14 juillet 2015 à Vienne qui a mis fin à plus de 30 ans d'embargo commercial imposé à la République islamique par les grandes puissances, les entrepreneurs libanais hésitent sur la stratégie à adopter pour investir en Iran. Un marché de 78 millions d'habitants, pour lequel la Banque mondiale (BM) anticipe plus de 4 % de croissance jusqu'en 2017.
« Il y a 5 ans, les milieux d'affaires s'interrogeaient encore sur l'opportunité d'investir en Iran. Aujourd'hui, ils se demandent s'il est encore trop tôt ou, au contraire, déjà trop tard pour y aller », résume Ralph Nader, PDG d'Amber consulting, un cabinet de conseil spécialisé dans le secteur de l'hôtellerie et de la restauration, engagé sur le marché iranien depuis 2015. M. Nader faisait partie des entrepreneurs invités à une table ronde sur ce thème organisée hier par le Mouvement des entreprises et représentations économiques françaises au Liban (Meref) et l'École supérieure des Affaires (Esa). Pour lui, les investisseurs doivent agir dans les 3 ans pour espérer ne pas rater le train en marche, d'autant plus que « par sa position géographique et sa proximité culturelle avec l'Iran, le Liban peut servir de plateforme pour les entreprises étrangères qui veulent accéder au marché iranien », souligne de son côté le directeur général de l'Esa, Stéphane Attali.
Services
Reste néanmoins à identifier les débouchés de ce marché. L'économie iranienne est fortement industrialisée (près de 40 % du PIB, contre 10 % pour l'agriculture et 50 % pour les services selon la BM), et diversifiée (les revenus issus des hydrocarbures ne représentent que 20 % du PIB). « Par conséquent, ses besoins se situent surtout au niveau des services », expose Élie Srouji, directeur associé d'Ibex Consultants, un cabinet de conseil stratégique aux entreprises basé à Téhéran. Il mentionne notamment les services bancaires, la logistique ou encore les services informatiques qui ont particulièrement souffert de l'effet des sanctions. « Le secteur de l'hôtellerie et de la restauration reflète parfaitement cette réalité, avec des hôtels vieillissants et un nombre insuffisant de chambres pour faire face à une éventuelle explosion de l'activité touristique dans le pays », rebondit de son côté M. Nader.
Le commerce en ligne figure également parmi les pistes prometteuses. « Les publicités en ligne développées par Google ne permettent pas de cibler l'Iran, ce qui laisse un créneau inespéré pour les développeurs de ce type de logiciels », rappelle Samer Karam, le président du réseau de promotion de l'écosystème libanais Startup Megaphone. Les assurances figurent aussi parmi les secteurs à fort potentiel de croissance, avec un marché actuellement estimé à 5 milliards de dollars, selon Walid Hallassou, PDG de l'assureur GlobeMed Lebanon, qui s'est déjà rendu deux fois en Iran en un an pour étudier le marché. À titre de comparaison, la valeur totale des primes perçues par les compagnies d'assurances au Liban s'est élevée à 1,52 milliard de dollars, selon l'Association des compagnies d'assurances au Liban (Acal), pour une population dix fois moins importante.
Transferts bancaires
Malgré ces perspectives alléchantes, certains obstacles empêchent encore les investisseurs libanais et étrangers de se lancer sur le marché iranien. « La difficulté majeure reste le maintien de certaines sanctions américaines, notamment celle qui interdit l'utilisation du dollar dans les transactions avec l'Iran », souligne Jacques Sarraf, le président de l'Union méditerranéenne des confédérations d'entreprises (BusinessMed). Une mesure qui pénalise particulièrement les Libanais – en raison notamment de l'ancrage de la valeur de la livre avec celle du dollar américain – et qui « empêche les banques libanaises de traiter avec l'Iran », selon M. Sarraf. Contactée par L'Orient-Le Jour, l'ambassade iranienne à Beyrouth confirme que les discussions entre l'Iran, les États-Unis et la Banque du Liban (BDL) autour de ce dossier « suivent leur cours », sans livrer plus de commentaires.
En attendant la levée de cette interdiction, le raccordement, le 13 février, de la Banque centrale iranienne et de plusieurs autres banques du pays au réseau de transactions bancaires mondial Swift offre plusieurs solutions légales pour contourner les restrictions américaines. « Un entrepreneur libanais qui souhaite transférer de l'argent sur un compte en Iran peut, par exemple, le faire via un compte ouvert en Turquie, à condition qu'il soit libellé dans une autre devise que le dollar », conclut M. Nader.
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Läâmâh ! Ils en sont encore, presque, dans le même état économique délabré que la Corée du Nord ; même !
09 h 59, le 11 juin 2016