La BCE fait déjà pour 80 milliards d’euros (91 milliards de dollars) d’emplettes par mois sur les marchés pour revigorer l’économie de la zone euro et les prix. Daniel Roland/AFP
La Banque centrale européenne (BCE) a commencé hier à racheter des obligations émises par les entreprises de la zone euro, un nouvel élément inédit de la panoplie de mesures qu'elle déploie depuis des mois pour faire repartir l'inflation.
La BCE a confié à six Banques centrales nationales, dont la Banque de France et la Bundesbank, le soin de mettre la main pour son compte sur des obligations d'entreprises, soit tout juste émises (marché primaire), soit qui s'échangent sur le marché secondaire.
Hier les premiers achats ont eu lieu. D'après l'agence Bloomberg News, qui cite des sources anonymes, des obligations du plus grand brasseur au monde, le belgo-brésilien AB InBev, mais aussi du constructeur automobile français Renault, du groupe de télécoms espagnol Telefonica ou encore de l'industriel allemand Siemens sont passées hier dans l'escarcelle de la BCE. L'institution a prévu de communiquer le 18 juillet, puis à un rythme hebdomadaire, sur le montant de ses rachats de dette d'entreprise.
Avec ceux-ci, elle veut faciliter le financement des entreprises afin de les inciter à investir.
La BCE fait déjà pour 80 milliards d'euros (91 milliards de dollars) d'emplettes par mois sur les marchés pour revigorer l'économie de la zone euro et les prix. C'est son programme d'« assouplissement quantitatif », ou « QE ». Prévu pour durer au moins jusqu'à mars 2017, le « QE » portait pour le moment principalement sur les obligations émises par les 19 États du bloc monétaire.
Certains, notamment en Allemagne, s'alarment des conséquences possibles de l'élargissement à la dette d'entreprise. « La BCE agit de plus en plus comme une banque commerciale », a mis en garde Clemens Fuest, président de l'institut de recherche Ifo, inquiet que « des entreprises en difficulté ne transfèrent leurs risques à la BCE », et au final au contribuable européen.
La BCE intervient sur ce marché afin de faire baisser les taux, mais ne le fera pas de manière inconsidérée, insiste-t-elle. Pour avoir un effet le plus neutre possible, elle entend par exemple respecter le panachage existant entre les différentes nationalités des entreprises présentes sur le marché.
Selon les experts, les obligations d'entreprises – un marché petit par rapport à celui des obligations souveraines – ne devraient représenter qu'une petite partie des milliards déboursés par la BCE chaque mois. Les analystes misent sur trois à 10 milliards d'euros (3,4 à 11,4 milliards de dollars).
Pas d'obligations de banques
La BCE s'est fixé certaines règles qui restreignent sa marge de manœuvre. Elle ne rachètera par exemple pas d'obligations émises par des banques. Le volume de titres éligibles à ses rachats est estimé entre 500 et 700 milliards d'euros (568 et 795 milliards de dollars).
L'annonce en mars par la BCE qu'elle allait intervenir sur ce segment, une première à cette échelle pour une grande Banque centrale, avait donné un coup de chaud au marché obligataire. Les taux ont alors baissé de manière marquée, et les nouvelles émissions se sont succédé à un rythme soutenu au printemps, dont la plus grosse opération en euros de tous les temps par AB Inbev (plus de 13 milliards d'euros, soit 14,8 milliards de dollars).
Mais depuis les choses sont quasiment revenues à la normale. Les analystes d'Unicredit attendent « un impact limité » sur les taux obligataires. Plus inquiétant, certains comme Jack Allen de Capital Economics n'attendent pas non plus d'effets notables sur l'économie réelle. Les entreprises européennes pourraient effectivement être incitées à émettre plus d'obligations, mais « il paraît peu probable que cela profite véritablement à l'investissement », dans un contexte de demande timide et de capacités de production inutilisées, relève-t-il.
En revanche, anticipe Commerzbank, l'inclusion au QE des obligations d'entreprises pourrait « soulager » à moyen terme le marché de la dette publique, où les titres se raréfient face à l'appétit de la BCE.
(Source : AFP)
Le rôle international de l'euro a légèrement diminué en 2015
L'euro, deuxième devise mondiale derrière le dollar, a vu son rôle international légèrement diminuer en 2015 sous l'effet des politiques monétaires et des inquiétudes pour l'économie mondiale, selon un rapport publié hier par la Banque centrale européenne (BCE).
Cela est particulièrement vrai concernant les réserves de devises mondiales, dans lesquelles la part de l'euro a perdu 0,6 point à 19,9 % entre le quatrième trimestre 2014 et le quatrième trimestre 2015. L'euro est également moins choisi pour les émissions de titres de créances en devises étrangères (-10,5 points sur un an au premier trimestre 2016, à 21,9 %).

