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Nos lecteurs ont la parole - Sabine Chamoun

Chi nhar...

Quelle idée de visiter le Liban pour une semaine pendant cette période d'élections municipales ! Une semaine, pas plus, m'a permis de revisiter des recoins des plus délicats de notre vie sociale et politique. Les recoins que l'on fuit à chaque visite afin de profiter du beau sans se soucier de la réalité. Tactique égoïste dans l'apparence, mais nécessaire pour se convaincre qu'un jour, on reviendra. Se fixer sur le négatif n'a jamais servi de bien. Bref, une semaine mal choisie où même ma cousine de deux ans a failli me donner son avis politique. Une semaine où toutes les villes sont surnommés « mère des batailles » (emm el-ma'arek). Une semaine où tenter de discuter avec les partisans de tel ou tel parti politique est inévitablement dépourvu de logique et purement hormonal. On est excité. Une semaine où j'ai failli croire avoir loupé une bonne partie des événements politiques en observant les alliances qui se sont cousues. À Beyrouth se trouve la seule scène que j'ai trouvée compréhensible. Le peuple a fait face aux politiciens qui l'empoisonnent, concrètement, tous les jours. Cela me paraît logique. Évidemment, les politiciens de la quasi-totalité des partis actuels se sont groupés ensemble face à ce mouvement. Certes, leur adversité n'est qu'une pièce de théâtre dont la chorégraphie est modifiée selon le besoin. En voilà la confirmation. Dans cette pièce théâtrale, Saad Hariri doit faire semblant de ne pas vouloir que Michel Aoun arrive à la présidence. Cependant, l'ennemi le plus féroce de ce dernier depuis la guerre civile, Samir Geagea, le soutient pour la présidence, même si, à un moment, lui aussi s'était présenté comme candidat. Par contre, pour les municipales, les faits ont changé. Les trois protagonistes se sont mis ensemble face à tout le monde. Ils font tout pour que cette pièce de théâtre puisse durer le plus longtemps. Bien joué, plus de deux jours plus tard, ils ont gagné. Démocratiquement ou pas, c'est un sujet à part. À Zahlé, ma ville natale, un autre scénario s'est préparé. Les deux ennemis de guerre, Michel Aoun et Samir Geagea, ont gardé leur pacte. Le troisième protagoniste ne s'est pas rajouté. Dans d'autres villes, les choses se présentaient encore différemment : les familles face aux partis, les partis chrétiens face aux autres, les listes « divers » formées de candidats de différentes listes concurrentes, ou encore une unanimité sans élections. Et dans ce dernier cas, la ville ou le village était considéré comme spécial et en paix. En d'autres termes, « Félicitations, vous n'avez pas laissé vos habitants pratiquer leur droit démocratique ! ». Cela me paraissait absurde.
Oui, une semaine de vacances dans mon propre pays où la liberté et la logique me paraissent en vacances permanentes. Les choses avancent, évidemment, et le fait d'avoir une liste à Beyrouth comme celle de Beyrouth Madinati m'a procuré beaucoup d'espoir. Mais de voir de quoi nos politiciens sont capables, leur niveau de corruption qui grimpe selon le haussement de notre ton, m'attriste. Ce qui m'attriste encore plus, c'est de voir l'attachement que certains portent encore à leurs partis en dépit de tout ce qui s'est passé ces deux dernières années. Notamment la vacance du siège de la présidence et la crise des déchets. Quoique la première ne nous touche pas directement au quotidien, la crise des déchets a causé des dégâts irréversibles à notre santé et à notre environnement. Si, en vivant une telle crise, un citoyen défend toujours férocement les gens qui en sont la cause, deux explications existent : soit il dépend financièrement et donc vitalement de certains partis et se trouve obligé de les soutenir même s'ils l'insultent et lui gâchent la vie, soit c'est un vrai attachement aux slogans que balancent les politiciens et qui touchent directement à l'instinct de gens incapables de les contrer, par manque d'intelligence, de culture, ou simplement par paresse. Personnellement, j'espère que la première explication l'emporte. Les carences matérielles me paraissent plus faciles à résoudre.
Après cette semaine, je suis partie plus fatiguée que reposée. Je suis partie, vite, pour permettre à la nostalgie de se réinstaller dans mon cœur. Je suis partie, très vite, pour oublier et régénérer mon envie de revenir, un jour...

Quelle idée de visiter le Liban pour une semaine pendant cette période d'élections municipales ! Une semaine, pas plus, m'a permis de revisiter des recoins des plus délicats de notre vie sociale et politique. Les recoins que l'on fuit à chaque visite afin de profiter du beau sans se soucier de la réalité. Tactique égoïste dans l'apparence, mais nécessaire pour se convaincre qu'un jour, on reviendra. Se fixer sur le négatif n'a jamais servi de bien. Bref, une semaine mal choisie où même ma cousine de deux ans a failli me donner son avis politique. Une semaine où toutes les villes sont surnommés « mère des batailles » (emm el-ma'arek). Une semaine où tenter de discuter avec les partisans de tel ou tel parti politique est inévitablement dépourvu de logique et purement hormonal. On est excité. Une semaine où j'ai...
commentaires (4)

"Je suis partie, vite, pour permettre à la nostalgie de se réinstaller dans mon cœur. Je suis partie, très vite, pour oublier et régénérer mon envie de revenir, un jour...." ! C'est la meilleure "méthode". Si vous restiez plus longtemps, vous n'y reviendriez plus en effet, ça c'est vrai !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

13 h 14, le 03 juin 2016

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Commentaires (4)

  • "Je suis partie, vite, pour permettre à la nostalgie de se réinstaller dans mon cœur. Je suis partie, très vite, pour oublier et régénérer mon envie de revenir, un jour...." ! C'est la meilleure "méthode". Si vous restiez plus longtemps, vous n'y reviendriez plus en effet, ça c'est vrai !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    13 h 14, le 03 juin 2016

  • Je suis de ceux qui n'ont plus mis les pieds dans la chère patrie depuis dix ans .... Je sens exactement ce que vous voulez dire... Mais l'espérance ne meurt jamais.

    Spiridon Araman

    12 h 50, le 03 juin 2016

  • JE NE VOUS BLAME PAS MADAME... D,AUTRES Y VONT ET DES LE SECOND JOUR VEULENT QUITTER... ET D,AUTRES N,Y VONT PLUS POUR LE MOMENT... MAIS DANS LE COMPTE TOURISTIQUE DE PHARAON TOUS Y FIGURENT ET LE TOURISME... LIBANAIS SANS ETRANGERS... FLEURIT !!!

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    12 h 13, le 03 juin 2016

  • Nous qui vivons tout cela au quotidien depuis des décennies, essayez juste d’imaginer combien nous sommes fatigués, révoltés et désabusés….

    Nadine Naccache

    11 h 01, le 03 juin 2016

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