« Apotheosis to Woman », de Mohammad el-Rawas.
« Il y a de la joie dans mon travail », commence par dire l'artiste. « Mais comprenez bien, renchérit-il, si je me permets de jouer et même de m'amuser sur la toile, cela ne signifie pas que je ne prends pas l'art au sérieux. Au contraire, ce dernier peut être abordé d'une manière professionnelle et sérieuse sans pour autant avoir un ton grave. Tout comme les comédies. »
On est donc fixé sur le travail de Mohammad el-Rawas qui ravit à nouveau notre regard, après avoir participé à des expositions individuelles et collectives à Dubaï. « Aujourd'hui, je reviens avec cette série d'œuvres pour me reconnecter avec la ville de Beyrouth, ses habitants et également mes anciens élèves. »
Jamais soumise
Des toiles grand format très figuratives sont accrochées à côté d'autres plus anciennes, abstraites. Elles se font respectivement l'écho l'une de l'autre. En effet, on retrouve un rappel de l'ancien travail dans les plus nouvelles. Il y a ainsi une double lecture dans cette démarche artistique en strates, voire en tiroirs. « Je pense que la vie est une éternelle continuité. Rien ne change mais reprend d'une autre manière. Comme un cycle ininterrompu. »
Le fil qui relie le passé et le présent est certainement cette femme, moderne, bédouine, en toge ou en habit de guerre, cette dentelière à la Vermeer qui côtoie en toute aise la femme manga. Bref cette femme universelle « qu'on a tendance actuellement, et surtout dans la région du Proche-Orient, à discriminer et marginaliser ».
Hors contexte
Pour cette ode à la femme, Mohammad el-Rawas a mêlé tous les styles artistiques. Tout en faisant résonner les différents vocabulaires picturaux, il a accordé le fond à la forme.
Le raconteur d'histoires se téléporte dans le passé puis dans le futur, traversant les époques sur une même toile et faisant côtoyer Circé avec la sexy nippone et les fondamentalistes avec Zeus, multipliant les détails, ainsi que les références littéraires, visuelles ou picturales.
« Un réalisme magique » : c'est ainsi qu'on a défini l'art de Mohammad el-Rawas, qui relie les pages de l'histoire, tantôt en amalgamant, tantôt en décontextualisant les objets, personnages ou cadres pour aboutir à un géant anachronisme savant. Comme un copier/coller contemporain, clin d'œil au monde moderne, parfois absurde. L'artiste ne fige pas son art dans une époque. Il ne l'embrigade pas, mais le fait bouger, animer, articuler. Ses sculptures miniatures, ses peintures ne sont que les vecteurs de l'expression de l'art qu'il aime à partager. Tant bien même qu'il y en aurait eu d'autres moyens, Mohammad el-Rawas les aurait tous employés en toute liberté.
*Agial (rue Abdel Aziz ) jusqu'au 28 mai.
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