Kazankabab, des aubergines farcies de viande hachée au four.
La communauté syriaque du Liban compte 60 000 personnes qui avaient fui les massacres de Seyfo (Seif en arabe et épée en français) perpétrés contre eux par les Ottomans en 1915. Outre les syriaques, ces massacres avaient touché les Arméniens, les grecs-orthodoxes et les autres chrétiens habitant dans l'actuelle Turquie. Certains de ces Libanais syriaques sont arrivés au Liban en 1915, d'autres avaient fait une courte escale à Alep avant de choisir de s'établir au pays du Cèdre. Aujourd'hui, la communauté accueille des milliers de réfugiés d'Irak et de Syrie. Les syriaques font partie de la plus vieille communauté chrétienne du Moyen-Orient, donc du monde. Beaucoup d'entre eux parlent encore des dialectes de l'araméen, la langue du Christ.
Nada Massoud, responsable de la communication au Festival al-Bustan, dont la famille est originaire de Mardine, et notre consœur Patricia Khoder, dont le père est originaire d'Ourfa, ont eu l'idée de ce déjeuner en commandant un jour des kbeybate, des bouchées de viande hachée recouvertes d'une fine pâte à base de semoule et de boulgour, chez une femme de la communauté.
« Nous nous sommes dit qu'il serait bon de faire connaître les plats que nous aimons aux autres Libanais, qu'ils ne restent plus confinés dans la communauté. Au Liban, on connaît la langue syriaque, qui a donné l'arabe et l'hébreu. Actuellement, certains maronites portent de plus en plus d'intérêt à cette langue qui est à la base de leur liturgie. Mais cela s'arrête là. La cuisine, comme la langue, est un véhicule de culture », souligne Nada Massoud.
Les deux femmes se mettent ainsi à chercher d'autre femmes sur lesquelles elles peuvent compter pour faire la cuisine. Elles dressent une première liste de plats et appellent Kamal Mouzawak, fondateur de Souk el-Tayyeb et de Tawlet, pour lui présenter l'idée, et le déjeuner prend forme.
« Les plats sont riches en viande, en beurre, il y a beaucoup d'aubergines, des pâtes à base de semoule. Il y a aussi toute une panoplie de plats à l'huile. Nous avons des menus pour plusieurs déjeuners à venir », note Nada Massoud.
Les deux femmes ont décidé d'amener la culture culinaire syriaque aux restaurants de Beyrouth, voire du Liban. Elles pensent même, plus tard, organiser d'autres activités pour présenter la culture de la communauté, notamment à travers des concerts et des expositions.
« C'est une façon aussi de mettre l'accent sur la diversité libanaise, le Liban dans son histoire ayant intégré, protégé et donné la chance d'une vie meilleure à beaucoup de minorités persécutées. La communauté syriaque du Liban, grâce à l'ouverture et aux libertés individuelles et politiques du pays, est différente de la communauté en Syrie ou en Irak. Les syriaques du Liban, qui ont consciemment choisi ce pays comme terre d'accueil, sont aussi plus ouverts et plus tolérants », souligne, de son côté, Patricia Khoder.
Parmi les spécialités présentées ce jeudi, il y aura la borani, un plat de fête composé de blettes, de pois chiches, de miniboulettes de kebbé, de jarrets, le tout arrosé de yaourt à l'ail ; le chambourak, des chaussons de viande hachée ; le kazankabab, aubergines farcies de viande ; les kbeybate et les ketal, deux plats à base de viande et d'une pâte à la semoule et au boulgour ; la kebbé ourfaouliyé, un tartare de mouton cru pimenté ; et la kebbet el-rouha, des boulettes de pâte farcies de noix, de pois chiches et d'huile de sésame.
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RIEN d’exceptionnel ! Des plats typiques Ottomans, tout comme ceux soi-disant "purs" libanais(h).
11 h 24, le 14 mai 2016