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Liban - La Psychanalyse, Ni Ange Ni Démon

La femme est l’avenir de l’homme (suite)

De Louis Aragon, dans Le fou d'Elsa (1963), reprise et inversée par Jean Ferrat en 1975, cette citation devrait être le slogan de nos années à venir. La femme sera toujours du côté du lieu où la vérité est refoulée, c'est-à-dire de l'inconscient. Combattue par l'ordre social et familial, elle sera toujours du côté de la liberté. À la manière d'un lapsus (kelmet l'7a2 saba2it), « le mot de la vérité devance l'autre », où le discours est toujours subverti par la vérité refoulée, la femme sera toujours du côté d'un « dire » qui subvertit toujours le « dit », du côté d'une énonciation qui bouscule un énoncé.
« Reconnaître la femme, c'est célébrer en elle le privilège féminin pour un deuil du concept. » François Perrier (1922-1990), qui fut, avec Serge Leclaire et Wladimir Granoff, l'un des trois principaux élèves de Jacques Lacan, consacra beaucoup de travaux à l'hystérie dont, en 1968, un très bel article, « Structure hystérique et dialogue analytique », dans lequel il montre comment l'hystérie est une bataille au nom du féminin. Ce deuil du concept, Lacan le formule autrement : « La sexualité féminine n'est pas toute soumise à la fonction phallique. » C'est bien parce qu'elle ne se soumet pas à l'ordre du langage, à l'ordre du sens, que sa jouissance est une « Jouissance Autre » et non pas une « joui-sens », c'est-à-dire une jouissance du sens des mots, comme celle de l'homme. C'est bien pour toutes ces raisons que les femmes ont été persécutées.
Nous avons vu comment, vers l'âge de 6-7 ans, l'enfant résout son complexe d'Œdipe en refoulant ses désirs incestueux et parricides. Pour qu'il puisse rentrer dans le monde, l'Ordre social et familial impose à l'enfant le renoncement à ces pulsions qui caractérisent son enfance. Pour cela, le jeu des identifications va l'aider. Au lieu de continuer de désirer sa mère et de haïr son père, le petit garçon va s'identifier à son père et désirer non plus sa mère, mais une femme qui lui ressemble. Chez le garçon, le refoulement des désirs incestueux et parricides est alors total.
Chez la petite fille, le refoulement n'est pas total. Pour réparer ce qu'elle considère alors comme une mutilation, l'absence de pénis, et échapper ainsi à l'angoisse de castration, la petite fille gardera l'espoir de faire, un jour, un enfant à son père. De ce fait, elle gardera ainsi, non refoulée, une partie de l'amour incestueux pour son père. C'est cela qui fera de sa sexualité, une sexualité différente de celle de l'homme. C'est ça qui fera dire à Lacan « La sexualité féminine n'est pas toute soumise à la fonction phallique », c'est-à-dire au refoulement. Le refoulement ordonne la sexualité sous un mode génital et non plus archaïque comme ça l'était dans l'enfance. Mais la fonction phallique désigne aussi la fonction du discours qui impose un sens aux mots. Jouir du sens des mots, « joui-sens », devient la compensation offerte à l'enfant par l'ordre social pour qu'il renonce à la « Jouissance Autre », la jouissance fusionnelle, incestueuse, extatique, etc.
Sauf que pour la petite fille, la future femme, une partie de cette Jouissance Autre reste non refoulée. Sur le plan sexuel, la femme a un potentiel jouissif incalculable. La femme dit Encore. C'est le titre que donna Lacan à son séminaire de l'année 1972-1973. Sur la première de couverture de ce séminaire, on voit la statue de sainte Thérèse et de Cupidon qui veut lui planter une flèche dans le cœur. Bernini réalisa cette sculpture entre 1647-1652. L'extase de sainte Thérèse est comparée à la Jouissance Autre par Lacan : « Elle jouit sainte Thérèse, ça ne fait pas de doute... Le témoignage essentiel des mystiques, c'est justement de dire qu'ils l'éprouvent, mais qu'ils n'en savent rien. » Quant à l'homme, si la femme dit « Encore », lui dit ça suffit. Cet « Encore » de la femme ouvre sur une jouissance sans fin. Et parce qu'elle est sans fin, cette jouissance est proche de la mort, de la folie, de la fusion incestueuse. Voilà pourquoi cela terrorise l'homme.
Lacan s'oppose à ce qui se disait dans l'entourage de Charcot, que Freud à repris à son compte. « On ne peut ramener la mystique à des affaires de foutre » dit Lacan. Sinon la jouissance féminine serait du même ordre que la jouissance masculine.
Or c'est bien pour ces raisons que, depuis toujours, l'ordre social persécute les femmes. La femme possède un potentiel de jouissance quasi illimité, qui lui permet de jouir sans fin, tout en subvertissant l'ordre du langage, surtout parce qu'elles ne savent pas quoi en dire. Si Freud soupirait « La femme, ce continent noir », Hélène Cixous se révoltait : « Le continent noir n'est ni noir ni inexplorable, on nous a fait croire qu'il était trop noir pour être explorable. » Pour l'ordre social, le seul continent digne d'intérêt, c'est le continent blanc. Sans le savoir, ni le vouloir, Freud fermait l'accès au féminin, qu'il laissait aux poètes.
Voilà pourquoi la femme, depuis toujours, fut persécutée. Par un ordre mâle, religieux, médical, etc. Et aujourd'hui par un radicalisme islamiste terroriste, par des régimes qui font de la femme un déversoir de sperme, une mère réduite à la fonction de vache laitière.
Nous libérer des tyrannies actuelles, individuelles ou collectives passe par la libération des femmes.

Chawki AZOURI

De Louis Aragon, dans Le fou d'Elsa (1963), reprise et inversée par Jean Ferrat en 1975, cette citation devrait être le slogan de nos années à venir. La femme sera toujours du côté du lieu où la vérité est refoulée, c'est-à-dire de l'inconscient. Combattue par l'ordre social et familial, elle sera toujours du côté de la liberté. À la manière d'un lapsus (kelmet l'7a2 saba2it), « le mot de la vérité devance l'autre », où le discours est toujours subverti par la vérité refoulée, la femme sera toujours du côté d'un « dire » qui subvertit toujours le « dit », du côté d'une énonciation qui bouscule un énoncé.« Reconnaître la femme, c'est célébrer en elle le privilège féminin pour un deuil du concept. » François Perrier (1922-1990), qui fut, avec Serge Leclaire et Wladimir Granoff, l'un des...
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