Comment, malgré toutes les désillusions et les déceptions, je trouve encore en moi la faculté de me révolter, de croire et d'espérer ? J'ai toujours tenté de comprendre par quels mécanismes les dictatures arrivaient à couvrir d'une chape de plomb les volontés individuelles et collectives, et à verrouiller les systèmes pour aspirer l'oxygène vital et plonger dans une torpeur morbide des populations entières. Comment un petit nombre arrivait à emprisonner sous son joug des milliers de ses congénères. Je pense aux populations allemandes dans le déchaînement de la folie hitlérienne, aux Russes fiers et fougueux sous l'emprise du communisme glacial, aux milliards de Chinois sous le diktat de la vision unilatérale du Grand Timonier ; je pense évidemment aux esclaves sous la domination implacable et inhumaine de leurs frères d'espèce. Toujours les mêmes mécanismes, ceux de la peur et surtout du désespoir.
Alors, je comprends mieux ceux qui n'ont pas bougé hier pour participer aux élections, alors qu'un vent de liberté et de changement soufflait. Le changement fait peur. Le désespoir pétrifie. Mieux vaut en effet rester sur le pont d'un navire qui coule lentement que de tenter un voyage sur un radeau incertain. Mieux vaut se laisser engloutir par l'épaisseur des eaux et rouler au fond des océans que de s'accrocher à la planche qui flotte et qui offre pourtant une promesse d'avenir.
Ils se sont tous ligués hier pour étouffer la brise qui soufflait dans la voile du radeau, pour figer dans un fatalisme aigre la possibilité d'un horizon. Même ceux que je soutenais naguère parce qu'ils dénonçaient et revendiquaient se sont ligués contre la voix de la dignité humaine et ont tenté de la réduire pour rester maîtres à bord. Cela me désole certainement, mais n'ébrèche même pas mon espérance parce qu'elle fait partie de moi et de mon héritage intime. Ils ne m'auront pas ! Je garderai mienne ma liberté de penser, de choisir et de réagir. Mienne ma liberté d'être déçue, de pleurer, de me relever et de croire encore. Il en va de mon humanité ! Et je ne laisserai pas le fiel du pessimisme m'empoisonner et me tuer.
Beyrouth Madinati n'a pas gagné. Prisonniers d'un état de fait, notre condamnation a été prolongée de six années. Mais de l'autre côté des barreaux, il y a et il y aura toujours la tentation d'une alternative et la possibilité d'un meilleur. Dimanche, la peur et le désespoir ont traversé les barreaux pour saisir les cœurs et les visages des tortionnaires et les mettre dans un état de panique tel que leur laideur est apparue sous leurs masques policés et leurs sourires faux. S'il est étrange qu'un petit groupe puisse déterminer la destinée du plus grand nombre, il est néanmoins certain que c'est toujours un petit groupe qui enclenche la marche vers la liberté. Comme les mutinés d'un navire, ou les esclaves révoltés d'une plantation, ou encore comme l'homme seul debout sur une croix.
Nos lecteurs ont la parole - Joëlle Hajjar
Ils ne m’auront pas !
OLJ / le 11 mai 2016 à 00h57


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
ET CEUX DU CLONE DE HITLER... POURQUOI VOUS LE PASSEZ SOUS SILENCE ! SI ON N,OSE PAS MIEUX VAUT LA FERMER...
17 h 33, le 11 mai 2016