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Liban

Ramlet el-Baïda : Zeaïter demande à Chbib « d’empêcher la vente de terrains »

Polémique

La décision d'achat de trois parcelles situées à même la plage de Ramlet el-Baïda par le conseil municipal de Beyrouth, pour la somme de 120 millions de dollars, avait soulevé un tollé.

05/05/2016

L'affaire de l'achat de terrains dits « privés » sur la plage de Ramlet el-Baïda défraie la chronique depuis plus d'une semaine, mais elle a connu un bouleversement significatif hier. Une lettre a été envoyée par le ministre des Travaux publics et des Transports, Ghazi Zeaïter, au mohafez de Beyrouth Ziad Chbib, lui demandant « d'empêcher la vente de biens-fonds publics maritimes sur la plage de Ramlet el-Baïda ». Le ministre était injoignable hier pour plus de commentaires, mais la réponse du mohafez a été rendue publique. L'affaire en question est celle de la décision, prise en avril par le conseil municipal de Beyrouth, d'acheter des terrains sur la plage de Ramlet el-Baïda afin de « garder ce site accessible au public », selon l'explication officielle. Ces terrains ont été privatisés au cours des ans, mais selon la loi qui régit le littoral, ils n'en demeurent pas moins des biens-fonds publics. D'où la controverse.

Dans sa réponse au ministre Zeaïter, Ziad Chbib déclare avoir « approuvé la demande du ministre des Travaux publics et des Transports (NDLR : ministère en charge du littoral) visant à empêcher la vente de biens-fonds publics maritimes sur la plage de Ramlet el-Baïda, un processus dont il (Zeaïter) a entendu parler dans les médias sans recevoir la moindre documentation officielle ». « (Le ministre) considère en outre que les biens-fonds publics maritimes ne peuvent être ni vendus ni acquis, sachant qu'il n'y a pas de prescription à ce niveau, comme le stipule la loi 144/1925 », reprend le communiqué de Ziad Chbib. Celui-ci ajoute avoir « demandé au ministère des Transports de délimiter au plus vite les terrains publics dans cette zone ».

À cette dernière phrase, le militant Raja Noujaim rétorque que « le mohafez se contredit dans cette lettre, puisqu'il fait suivre son approbation par une exigence de preuves, étant donné qu'il demande au ministre de délimiter les terrains publics ». Il estime que le mohafez « a apparemment agi avec précipitation, répondant à la lettre du ministre avant de la recevoir officiellement, sinon il aurait constaté qu'elle contenait tous les arguments justifiant l'arrêt de la vente ».
Interrogé par L'Orient-Le Jour, Raja Noujaim critique l'attitude du mohafez dès le début de cette affaire, considérant, comme d'autres détracteurs du projet, qu'il avait les prérogatives nécessaires pour interrompre cette vente s'il la juge non conforme à la loi. Ce que Ziad Chbib nie en bloc, donnant une explication administrative, également dans un entretien avec L'OLJ, antérieur à ce dernier bouleversement. « Dans la loi qui régit les municipalités, il existe un article 56 qui porte sur Beyrouth, affirme-t-il. Cet article stipule qu'une décision de ce type doit obtenir l'aval du ministre de l'Intérieur, et non du mohafez. Et comme il s'agit d'une transaction financière, la décision de vente doit passer par la Cour des comptes, qui pourrait rejeter le contrat. Le rôle du mohafez ne commence que si un accord est donné par ces deux instances, et il s'agit en principe d'un rôle exécutif. »

(Pour mémoire : À Ramlet el-Beida, des terrains censés être publics vont être « achetés » par la municipalité)

 

De l'expropriation ou de la vente
La requête du ministre suffira-t-elle pour arrêter cette vente controversée ? Dans les faits, le conseil municipal de Beyrouth a décidé en avril d'acheter (de gré à gré) ces terrains situés sur les biens-fonds publics de Ramlet el-Baïda, pour le prix de 4 300 dollars le mètre, donc quelque 120 millions de dollars pour trois parcelles, ce qui a soulevé un tollé auprès de la société civile. Non seulement pour le prix astronomique des terrains, mais parce que ceux-ci sont supposés être des biens-fonds publics, et que par une série de manœuvres louches depuis les années 60, ils sont devenus des « propriétés privées » en dépit de la loi.

Bilal Hamad, président du conseil municipal de Beyrouth, explique à L'OLJ que ces terrains ont trouvé plusieurs acquéreurs au fil des années, dont le dernier était l'ancien Premier ministre Rafic Hariri (assassiné en 2005). « Aujourd'hui, des héritiers de Rafic Hariri – l'ancien Premier ministre Saad Hariri n'en fait pas partie dans ce cas – ont mis ces terrains en vente, dit-il. Nous avons eu peur que le prochain acheteur ne soit pas sensible aux intérêts de Beyrouth et de ses habitants et qu'il ferme la plage au public. »
Il s'agit toutefois de biens-fonds publics maritimes, quel que soit le processus par lequel ils ont été privatisés... « Je me demande pourquoi l'État a laissé tomber ces terrains qui lui appartiennent de droit, répond Bilal Hamad. Mais cela a été fait, et je suis un homme pratique. Il fallait garder cette plage disponible aux Beyrouthins. » Et pourquoi ce prix qui a choqué ? Selon lui, le conseil municipal a demandé l'avis de trois experts, qui ont donné des prix variant de 5 500 à 7 000 dollars le mètre carré, donc supérieurs au prix exigé par les propriétaires. « Nous avons rejeté ces expertises et avons demandé au mohafez de Beyrouth de préparer un contrat, ce qui signifie de nouvelles négociations, poursuit-il. Il n'a pu obtenir un prix inférieur. Nous avons alors pris notre décision et transféré le dossier au ministre de l'Intérieur. Après l'approbation ou la désapprobation de celui-ci, le dossier se retrouvera à la Cour des comptes. »
N'y avait-il pas d'autres options ? Interrogé sur la vente, le mohafez de Beyrouth déclarait à L'OLJ « préférer l'expropriation à une vente de gré à gré, ce qui économiserait beaucoup au budget de l'État ». Bilal Hamad considère, pour sa part, que « l'expropriation prend trop de temps. Toutefois, le processus n'est pas terminé, si quelqu'un a une meilleure idée, qu'il nous la soumette », ajoute-t-il.

 

(Pour mémoire : Qu'il fait bon de profiter des espaces publics à Beyrouth...)


« Acheter un domaine public avec l'argent du public ! »

Les militants de la société civile sont, de toute évidence, résolument hostiles à ce qui est considéré comme « l'achat, à un coût de 120 millions de dollars puisés dans l'argent public, de terrains qui appartiennent déjà au public ». C'est ce qu'on pouvait lire hier sur une banderole lors d'un sit-in organisé par la Coalition civile, rassemblement de plusieurs ONG, devant la plage, en présence notamment de la tête de la liste Beyrouth Madinati, Ibrahim Mneimné. « C'est du vol ! » lit-on sur la même banderole.

Deux militants, Mohammad Ayoub (Nahnoo) et Raja Noujaim, sont intervenus pour expliquer pourquoi ces terrains devraient être gardés à la disposition du public, sans nécessité d'une vente jugée « frauduleuse ».
Mohammad Ayoub a précisé à L'OLJ que « ces biens-fonds restent publics, et qu'il n'y a pas de prescription qui permette à un quelconque acquéreur de se considérer propriétaire ». « Même si on estime que les propriétaires actuels sont de bonne foi et qu'ils ont été victimes des circonstances, méritant par conséquent des indemnités, cela ne justifie toujours pas qu'on leur fasse cadeau de 120 millions de dollars d'argent public pour une fraude commise des décennies plus tôt », s'insurge-t-il.
Raja Noujaim est encore plus catégorique. « Il faut absolument rendre ces terrains à l'État, parce que leur statut de biens-fonds maritimes publics ne fait pas de doute, a-t-il martelé. C'est le ministère des Transports qui peut le faire, cela ne fait pas partie des prérogatives de la municipalité. Ces terrains ne sont pas des propriétés privées, bien qu'il existe des titres de propriété controversés : la différence entre les deux est énorme. Pour nous, il n'y a qu'une seule voie à suivre : le ministère doit remettre la main sur ces terrains et demander au prochain conseil municipal d'annuler cette décision purement et simplement. »
Le militant trouve l'expropriation, tout comme la vente de gré à gré, inacceptable dans ce cas. « On n'exproprie ni n'achète des biens-fonds publics », dit-il.

 

Pour mémoire
À Ramlet el-Baïda, une campagne de sensibilisation aux déchets en plastique

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Irene Said

Nos RESPONSABLES-INCAPABLES en sont arrivés à un tel degré de corruption qu'ils en ont perdu tout sens de dignité et des réalités.
Ils ont perdu aussi leur honneur personnel ainsi que l'honneur du pays qu'ils sont censés "servir" et non détruire, même pour quelques millions de dollars !
Irène Saïd

Henrik Yowakim

« Acheter un domaine public avec l'argent du public ! »

DANS CETTE REPUBLIQUE DE FLIBUSTIERS ON VEND ET ON ACHETE TOUT

MAIS LE PROBLEME C'EST QUE LES FLIBUSTIERS QUI ONT ACHETEE CES TERRAINS NON ACHETABLES INVENDABLES ONT LE TOUPET DE LES REVENDRE

CE QUE L'ON PEUT ESPERER C'EST QUE CETTE AFFAIRE FASSE BOULE DE NEIGE ET QUE LA SOCIETE CIVILE PARVIENNE A RECUPERER GRADUELLEMENT TOUS LES BIEN FONDS MARITIMES ET TERRAINS PUBLICS CANNIBALISEES PAR LES FLIBUSTIERS D"ETAT DU NORD A NAKOURA,TOUCOMMUNAUTEES CONFONDUES

AVANT QUE LE DUC DE BERRY N'ACHETE OU NE CONFISQUE LES TERRAINS DU PARLEMENT ET LES REVENDE AU GOUVERNEMENT ?

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