Fin de vie pour la Librairie el-Bourj. Les seuls soins palliatifs encore possibles sont le chéquier.
Un livre a autant d'auteurs que de lecteurs.
C'était hier le dernier jour d'une librairie qui en a vu des milliers et de centaines de livres devenus, d'un jour à l'autre, orphelins. À la fin de sa journée de travail, Michel Choueri a switché, l'un après l'autre, les interrupteurs du tableau électrique, franchi le seuil de son espace de travail quotidien et retrouvé, miaulant à la porte, le chat familier qu'il déteste. Et comme un immense théâtre après la représentation, la librairie a été rendue à son obscurité de lieu vide, et les livres restés sur les rayons ont retrouvé leur vie d'objets inertes, comme un grand théâtre retrouve son immobilité, aux derniers froissements d'habits des spectateurs gagnant la sortie.
Et maintenant, comme la neige qui masque toute laideur, le silence couvre tout.
Tout, sauf les pas inaudibles du fantôme de la librairie qui, à la faveur de la nuit, est sorti de sa cachette mystérieuse, a allumé les projecteurs de son cœur, et s'est installé pour lire. Tous les livres qui restent sont à lui. Toutes les bandes dessinées. Tous les stylos de couleur, le turquoise, l'orange, le vert... Toutes les pages blanches sont libres, toutes sont consentantes.
Adieu, Librairie el-Bourj, tes tiroirs-caisses ne tinteront plus que dans nos souvenirs. Dehors, à quelques pas de là, Samir Kassir poursuivra sa marche à grands pas de bronze dans les ficus géants où piaillent, au crépuscule, des centaines d'oiseaux qui mettront bientôt leurs têtes sous leurs ailes pour la nuit. Dans quelques heures, les noctambules de la rue d'Uruguay feront retentir leurs pas sur les pavés jusque tard dans la soirée, échangeant leurs rêves de gloire ou de fortune autour du dernier rhum cola.
Dans quelques heures, le petit jour blanchira progressivement un ciel s'étendant sur des rues désertes, pendant que le fantôme de la librairie tournera la dernière page de Cent ans de solitude, pour retrouver les dédales dont il est sorti, les Grandes Pyramides où les torches de Blake et Mortimer ne sont pas de trop pour dessiner des figures fantasmagoriques dignes de son âme tourmentée, mystères inavouables, romans policiers de l'âme délicatement effacés et cachés par Patrick Modiano derrière ses épilogues.
Qu'est-ce qui attend les librairies après leur traversée du désert, « barricades mystérieuses » dressées contre la nuit ? Le dictionnaire des citations seul a la réponse. Il s'est ouvert tout seul dans la mystérieuse librairie déboussolée, et un doigt de lumière a commencé à tourner les pages : « La culture, c'est ce qui reste quand on a tout oublié. » Venues de loin, quelques notes de la Pavane pour une infante défunte se glissent sous la porte close. La Librairie el-Bourj a fermé. C'est vers « la grande Bible des pierres » qu'il faut se tourner. On a bien sauvé Palmyre.
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LES PEUPLES N,EVALUENT PAS ENCORE A LEUR JUSTE VALEUR LES CHANGEMENTS VERS LES NUMERIQUES ET LES P.C. ET CELLULAIRES ET AUTRES NOUVEAUTES ELECTRONIQUES... ON EST ELECTRONIQUEMENT FICHE ET CLASSIFIE, CORPS, ESPRIT ET AME, ET AVEC TOUT CE QUE L,ON POSSEDE, CE QU,ON PENSE ET CE QU,ON FAIT, TOUS... SANS AUCUNE EXCEPTION... AU CENTRE MONDIAL QUI CONTROLE CHACUN DE CHACUN IN EXTREMIS VIA TOUTES CES AVANCEES TECHNOLOGIQUES ... IL NE MANQUE QU,A DONNER A CHACUN UN NUMERO POUR LE FAIRE PASSER... COMME LES VOITURES... AU SERVICE TECHNIQUE ANNUEL... LES FICHES SONT PRETES !!!
14 h 43, le 29 avril 2016