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Nos lecteurs ont la parole - Molly Selwan

La faute originelle

Il est bon de se soustraire, quelquefois, à son environnement, pour se retirer de cette ronde infernale de considérations sociales, de stratégies politiques en butte à une problématique insoluble. Et puis, s'éloigner de la proximité médiatique des déclarations et des mots, débusquer leur traîtrise, pour rejoindre la profondeur de la pensée et la clarté du raisonnement. Cesser de s'investir dans des analyses souvent nocives et vaines, à la recherche de réponses convaincantes... Et, pourtant, à l'heure où mon pays poursuit son chemin de croix, je ne peux m'empêcher de m'attrister sur son sort, de conjurer cette fatalité racinienne qui le poursuit. Cet enchevêtrement de situations à la fois tragiques et burlesques reflétant le manque de maturité et l'ignorance des hommes qui font l'histoire actuelle du Liban. L'envie me prend d'épousseter ce manteau sombre de pessimisme qui enveloppe le pays en cette période de carême, de le déchirer comme le voile lumineux de la Résurrection.
Bien souvent, que ce soit en politique, en économie ou en jurisprudence, les décisions prises prennent du temps pour apparaître au grand jour. Depuis des années, le nom des présidents libanais était choisi en deçà des frontières. Cette fois-ci, il a été demandé aux Libanais de décider par eux-mêmes quelle serait la personnalité chrétienne apte à occuper le fauteuil présidentiel... Il arriva ce qui devait arriver dans un pays nécessitant l'accord de dix-huit communautés, car la démocratie parlementaire censée gérer le pays est rejetée aux oubliettes. Après avoir tergiversé durant de longs mois sur les caractéristiques du futur président, les (soi-disant) décideurs, en l'occurrence, les quatre chefs des partis chrétiens réunis avec notre patriarche ont tant et si bien défini et délimité les contours politiques du candidat qu'ils en ont fait une « persona non grata ». En conséquence, des questions bien légitimes s'imposent à nous. Pourquoi quatre partis ? J'en vois bien d'autres comme le PNL par exemple. Pourquoi un président fort ? Va-t-on vers une guerre intestine ? Pourquoi la plus grande formation parlementaire ? Se base-t-on sur des élections législatives en date du 7 juin 2009, soit celles d'il y a 7 ans ? Le peuple s'est exprimé tant de fois sur le sujet, dans la rue, à travers les médias... Nous l'avons sans cesse répété : les députés ayant reconduit par deux fois leur propre mandat en violant la Constitution ne représentent plus la volonté populaire. Qu'on n'aille pas nous évoquer le nombre d'élus que possède chaque parti, car ce chiffre est purement éphémère, ainsi que le jeu des alliances basé sur de fausses données. Alors que notre Constitution bat de l'aile, entre une démocratie parlementaire établie en 1927 et une démocratie consensuelle établie à Taëf en 1990, la meilleure façon de faire fi du système avait été d'avoir limité les présidentiables à quatre personnes, chefs de parti. Se pourrait-il que cette décision, prise sous l'égide du patriarche Raï, ait abouti à ce statisme tragique immobilisant les institutions du pays ? Pourquoi fallait-il passer outre et ignorer la valeur d'un nombre incalculable de citoyens maronites, instruits, intègres, pratiquant d'importants métiers, aux œuvres émérites et connues de la société libanaise ? Il est triste d'admettre qu'une fois de plus la valeur personnelle se trouve sacrifiée devant la loi du nombre.
Dès le début, ce choix basique de quatre noms dégageant les souvenirs de la guerre civile que nous voudrions oublier était en lui-même une faute ambiguë. D'autant plus que le résultat, à court et à long terme, de cette décision chrétienne, a démontré que l'élection d'un président nécessite aussi l'approbation des communautés musulmanes, étant donné que l'ex-Premier ministre sunnite Saad Hariri et le chef du Hezbollah chiite sayyed Hassan Nasrallah appuient chacun son propre candidat dans cette course vers Baabda. Celle-ci semble être terminée avant même d'avoir commencé vu le manque d'enthousiasme qu'inspire les deux nominés : le plus jeune prosyrien et le plus âgé pro-iranien. L'avenir doit donc faire place à une troisième solution qui pourrait être la bonne, selon un vieil adage oriental. Les pays arabes de la région réclament un président chrétien à la tête de la République libanaise, pour justement faire la différence, et prouver la tolérance du monde musulman face à la montée du fanatisme islamiste. Le seul fait d'être chrétien est en soi-même une force. Le Christ nous a donné l'exemple de cette force tranquille car il est venu pour la paix et non pas pour la guerre. Ce message que nous devons transmettre à notre environnement ne peut se faire qu'à travers la personnalité d'un président neutre, intègre, cultivé, instruit des choses écologiques et économiques de son époque. Un président humaniste, prêt à contribuer à la résolution des problèmes sociaux de notre pays. Un homme sans allégeance politique ; libanais dans ses choix et ses préférences. Cet homme, dont nous attendons justement qu'il nous sorte du bourbier dans lequel nous ont plongés, depuis près de quatre décennies, des politiciens corrompus aux implications politiques connues de tous. Ceux qui, par un système de gouvernance préjudiciable, ont asservi le pays jusqu'à lui avoir ôté toute caractéristique nationale. La population subit une mutation imperceptible dans un va-et-vient d'immigration et d'émigration. La volonté du peuple se trouve anéantie par la reconduction des mandats des parlementaires. Il ne faut pas s'étonner de voir les gens occuper la rue. Ce peuple exploité, cloué au pilori par le pouvoir législatif, le gouvernement, les chefs de parti, la politique régionale, les intérêts des camps de réfugiés palestiniens, Syriens, Irakiens... Il ne reste plus aux jeunes Libanais, qui, après avoir passé vingt années sur les bancs des écoles et des universités, qu'à quitter leur pays ne trouvant pas de débouchés à la hauteur de leur qualification. Quant à ceux, pratiquant un métier manuel, ils se retrouvent dépourvus de travail, supplantés par la main-d'œuvre étrangère.
Entre des politiciens assujettis à des forces extraterritoriales et une société civile avant-gardiste et courageuse, le Liban retrouvera-t-il un jour ses marques et son autonomie ?

Il est bon de se soustraire, quelquefois, à son environnement, pour se retirer de cette ronde infernale de considérations sociales, de stratégies politiques en butte à une problématique insoluble. Et puis, s'éloigner de la proximité médiatique des déclarations et des mots, débusquer leur traîtrise, pour rejoindre la profondeur de la pensée et la clarté du raisonnement. Cesser de s'investir dans des analyses souvent nocives et vaines, à la recherche de réponses convaincantes... Et, pourtant, à l'heure où mon pays poursuit son chemin de croix, je ne peux m'empêcher de m'attrister sur son sort, de conjurer cette fatalité racinienne qui le poursuit. Cet enchevêtrement de situations à la fois tragiques et burlesques reflétant le manque de maturité et l'ignorance des hommes qui font l'histoire actuelle du Liban. L'envie...
commentaires (2)

"Quant à ceux ; Libanais(h) bien sûr ; pratiquant un métier manuel, ils se retrouvent dépourvus de travail, supplantés par la main-d'œuvre étrangère." ! Quelle belle hospitalité libanaise ! On n'appelle pas hospitalité le fait de faire travailler des gens parce qu'on en a besoin ! Le fait de les faire trimer pour des salaires de misère, c'est une conception de l'hospitalité très particulière ; en effet ! Et ce sont ces gens-là que l’on rend responsables de l'altération de l'identité libanaise ? Tss-tss !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

09 h 44, le 20 avril 2016

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Commentaires (2)

  • "Quant à ceux ; Libanais(h) bien sûr ; pratiquant un métier manuel, ils se retrouvent dépourvus de travail, supplantés par la main-d'œuvre étrangère." ! Quelle belle hospitalité libanaise ! On n'appelle pas hospitalité le fait de faire travailler des gens parce qu'on en a besoin ! Le fait de les faire trimer pour des salaires de misère, c'est une conception de l'hospitalité très particulière ; en effet ! Et ce sont ces gens-là que l’on rend responsables de l'altération de l'identité libanaise ? Tss-tss !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    09 h 44, le 20 avril 2016

  • Ça va, c'est "gentil", mais ce paragraphe ! "La population subit une mutation imperceptible dans un va-et-vient d'immigration et d'émigration. Ce peuple cloué au pilori par les intérêts des camps de réfugiés palestiniens, Syriens, Irakiens ; yîîîh ; se retrouve dépourvu de travail, supplanté par la main-d'œuvre étrangère ; yâââï !". Tss-tss !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    07 h 36, le 20 avril 2016

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