Le virus Zika présente un danger pour la femme enceinte. Des chercheurs du CDC viennent de confirmer le lien entre le virus et la microcéphalie. Jojan Ordonez/AFP
Des chercheurs américains ont établi pour la première fois avec certitude que le Zika peut provoquer la microcéphalie du fœtus. L'étude, publiée dans le New England Journal of Medicine, confirme ce qui était suspecté depuis des mois, mais laisse encore des zones d'ombre.
« C'est désormais clair, les CDC ont conclu que le Zika provoque bien la microcéphalie et d'autres défauts sévères du cerveau chez le fœtus », a ainsi déclaré le Dr Tom Frieden, directeur des Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC), présentant les conclusions de cette étude.
Les autorités avaient une forte présomption que le Zika, surtout transmis par une piqûre de moustique, pouvait provoquer cette malformation chez les fœtus des femmes enceintes infectées, mais n'en avaient pas encore la certitude. La microcéphalie, une malformation congénitale, se caractérise par un développement insuffisant du crâne et du cerveau, entraînant un retard psychomoteur et mental.
« Il y a encore beaucoup de choses que nous ignorons, mais il n'y a plus aucun doute, le Zika est une cause de la microcéphalie », a repris M. Frieden. Il estime que cette étude « marque un tournant dans cette épidémie » qui frappe surtout l'Amérique du Sud, plus particulièrement le Brésil où plus de 1,5 million de cas ont été dénombrés, au nombre desquels de nombreuses femmes enceintes, et une forte augmentation des cas de microcéphalie a été constatée. En temps normal, cette affection est plutôt rare. Le Brésil a confirmé 907 cas depuis le début de l'épidémie l'an dernier.
« Cette confirmation est basée sur une analyse étendue des meilleures indications scientifiques menée par les CDC et d'autres experts en santé maternelle, du fœtus et des maladies transmises par des moustiques », a précisé le Dr Frieden. « Ces recherches épidémiologiques, cliniques et moléculaires ont chacune produit de nouvelles données qui nous ont aidés à résoudre le puzzle », a-t-il noté.
Une de ces études, publiée début mars, avait notamment montré que le Zika attaque et détruit des cellules cérébrales humaines en développement dans des cultures en laboratoire. « Nous pensons que la microcéphalie fait probablement partie d'un éventail de défauts de naissance qui pourraient affecter les femmes, soit à un moment particulier de la grossesse, ou durant toute la grossesse », a expliqué le Dr Frieden. « Avant cette épidémie, nous n'avions jamais connu une situation dans laquelle la piqûre d'un moustique pouvait provoquer une malformation dévastatrice chez le fœtus », a-t-il poursuivi.
Effort international
Selon le spécialiste, il faudrait peut-être attendre encore des années avant de pouvoir répondre à des questions importantes, comme le fait de savoir la période de la grossesse durant laquelle le risque de cette malformation cérébrale est le plus grand. « Il y a un effort international qui a été engagé sur cette question, et nous coordonnons avec d'autres pays ainsi qu'avec l'Organisation mondiale de la santé », a-t-il ajouté.
Ces chercheurs, menés par la Dr Sonja Ramussen, n'ont en revanche pas encore pu établir avec certitude de lien entre une infection par le Zika et le syndrome de Guillain-Barré, une pathologie neurologique qui attaque les nerfs périphériques et entraîne une paralysie.
Les responsables des CDC ont indiqué que la conclusion de cette dernière étude scientifique ne changeait pas les recommandations destinées à protéger les femmes enceintes, comme le fait d'éviter de se rendre dans des pays à risque.
Étant donné que le virus peut aussi se transmettre sexuellement, les partenaires des femmes enceintes ou de celles qui pourraient tomber enceintes revenant d'une zone infectée doivent impérativement utiliser un préservatif. Idem pour les couples qui résident dans ces zones.
Les CDC recommandent que les hommes qui ont été infectés utilisent des préservatifs pendant six mois après le début de l'infection, d'autant que les scientifiques ignorent encore la période durant laquelle le virus peut persister dans le sperme.
Par ailleurs, une étude française publiée également dans le New England Journal of Medicine a montré une parfaite corrélation génétique entre la souche du virus présente chez un homme ayant contracté le Zika au Brésil et celle d'une femme n'ayant jamais voyagé dans une zone épidémique, mais ayant eu des rapports sexuels avec lui. Ces travaux de l'Inserm confirment ainsi que ce virus peut se transmettre par voie sexuelle.
Rappelons que le virus Zika, transmis par le moustique Aedes albopictus communément appelé le moustique tigre, a été décrit chez l'homme la première fois en 1954, au Nigeria. Dans 80 % des cas, l'infection par le virus passe inaperçue. Lorsqu'elle se manifeste, elle se traduit par un syndrome pseudo-grippal, c'est-à-dire par une fièvre, des maux de tête, des courbatures, souvent accompagnés d'éruptions cutanées. Elle peut aussi se manifester par une conjonctivite ou encore par un œdème des mains ou des pieds. Cet état dure quelques jours et guérit généralement sans entraîner des séquelles pour l'homme. Le virus ne présente en fait un danger que pour la femme enceinte.
Jean-Louis SANTINI/AFP


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