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Liban

Remise de diplômes à la prison de Baabda à des prisonnières formées par Dar el-Amal

Réinsertion sociale
19/04/2016


L'association Dar el-Amal, qui lutte et œuvre quotidiennement contre l'exploitation, la violence et la marginalisation visant les femmes, a organisé hier à la prison pour femmes de Baabda une cérémonie de remise de diplômes obtenus par les prisonnières. Étaient présents à la cérémonie M. Rodolph Gebrael, représentant de Diakonia-Suède, Mme Jihane Mrad, représentant la directrice générale du ministère des Affaires sociales, Randa Bou Hamdan, le colonel Ghassan Osman, représentant le directeur général des Forces de sécurité intérieure.
Cette cérémonie vient récompenser les efforts fournis par trente-huit prisonnières qui tentent, à travers différentes formations mises en place par l'association, d'apprendre un métier.
L'objectif principal de Dar el-Amal, comme le souligne le président, Habib Hatem, est de faciliter la réintégration des prisonnières au sein de la société, tout en les dotant des moyens leur permettant de ne pas retourner en prison.
Le projet de réinsertion sociale mené et réalisé au sein de la prison par Dar el-Amal a une grande importance, comme nous le confie Mariam, une prisonnière. L'association lui a offert l'opportunité d'apprendre un métier à travers une formation de plus de six mois, qui représente une base fondamentale exploitable sur le marché du travail une fois la prisonnière remise en liberté. En apprenant les bases du maquillage, de la manucure ou encore de la coiffure, ces femmes apprennent à nouveau à prendre soin d'elles et retrouver confiance. Pour Mariam, les phases de formation offertes par l'association sont un encouragement, une source de motivation pour aller de l'avant, afin de s'en sortir. Ces formations permettent aux femmes de se créer une place au sein de la société et de se sentir à nouveau utiles en comptant sur leurs propres savoir-faire et capacités.
Ces phases de formation sont créées en lien direct avec les professionnels à l'image de Sarah Beydoun, la fondatrice de Sarah's Bag, qui, en plus d'avoir enseigné aux détenues les secrets de la confection et de la broderie, leur donne une fois par semaine du travail et les rémunère afin de confectionner des sacs qu'elle commercialise par la suite. Ce que cherche à mettre en place l'association, ce sont des relations commerciales et professionnelles durables. Sarah's Bag fait confiance depuis maintenant seize ans aux prisonnières et prolonge ce lien en dehors des barreaux de la prison de Baabda, puisqu'une fois libérées, les détenues poursuivent leur travail à l'extérieur et forment à leur tour d'autres femmes. Au sentiment d'utilité s'ajoute celui de la productivité. La réintégration par le travail vient donc modifier l'image accolée aux détenues.
L'obtention d'un certificat par les détenues ne s'inscrit pas dans un cadre symbolique. Au contraire, ces femmes se sont vu remettre un diplôme d'État ayant donc une valeur officiellement reconnue par les professionnels et directement exploitable sur le marché du travail. Ces certificats ne précisent toutefois pas le lieu d'obtention de ce dernier, il est simplement stipulé qu'il provient d'un des centres de formation de l'association Dar el-Amal, ceci afin de garantir aux femmes les meilleures chances de réussite et de réinsertion au sein de la société.
L'enjeu est de permettre à ces femmes, à la fin de leur condamnation, de se défaire de l'étiquette de prisonnière et d'être avant tout reconnues comme des citoyennes à part entière.
L'engagement de l'association auprès des prisonnières n'est pas que professionnel. Il y a un large travail de socialisation, de responsabilisation à développer avec ces femmes en amont, comme le souligne la directrice de l'association, Mme Hoda Kara. L'association intervient afin de renforcer les capacités des prisonnières à tous les niveaux. Certaines sont illettrées et parfois viennent d'un milieu défavorisé et rural. Elles ne savent pas vivre en communauté ou encore gérer un revenu. Le but pour Hoda Kara est de faire de ces femmes « des personnes indépendantes et autonomes, moins exploitées et pouvant aider leurs enfants ».
L'association, à travers ses bénévoles, assure auprès des prisonnières une présence constante, doublée par une assistance sociale, résidente permanente au sein de la prison afin d'être à l'écoute des prisonnières, mais également afin d'améliorer leurs conditions de vie.
Pour le président de l'association Dar el-Amal, « ce qui est primordial c'est le don », mais celui-ci peut être aussi bien financier qu'humain, car les aides à apporter à ces femmes sont diverses. L'aide financière permet à l'association d'avancer un capital aux ex-détenues souhaitant ouvrir un commerce à leur compte à la suite de leur apprentissage. Cette aide financière provient de donateurs privés et d'ONG internationales. Quant à Hoda Kara, elle insiste sur le devoir d'aide au sens du don de soi, en rappelant que toute la société se doit d'aider ces femmes, aussi bien les structures étatiques que la société civile, car marginaliser ces femmes aura des répercussions, des effets pervers et négatifs sur l'ensemble de la société. Sans aucune intervention, et au contraire en éloignant ces femmes du quotidien, en les écartant ou en les traitant différemment que la société civile, les comportements les ayant conduites devant la justice se reproduiront, voire s'aggraveront. La formation, l'éducation n'est donc qu'une partie du travail permettant l'établissement d'une justice sociale rendant à ces femmes le statut de citoyenne.

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Pierre Hadjigeorgiou

Une bonne chose de faite au milieu d'une situation générale morose et catastrophique!

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