Je ne comprends pas vraiment tout ce tollé autour du réseau de l'Internet illégal qui vient d'être découvert. Je rappelle à ceux qui s'en offusquent les faits suivants :
Depuis des années, 40 % de l'électricité du pays est assurée par des producteurs privés dans les quartiers et les immeubles. Et ceci se passe illégalement, car l'État détient le monopole de la production électrique. Depuis des années, une bonne partie de l'eau que nous consommons est assurée par des camions-citernes privés. Ceci est également illégal, car l'État détient le monopole de la gestion de l'eau (celle des rivières comme celle des nappes phréatiques). Depuis des années, nous recevons des dizaines de chaînes satellitaires illégalement via les distributeurs de quartiers. On peut en citer d'autres exemples, si besoin est. Et heureusement que ces prestataires de services illégaux existaient, car sans eux on serait peut-être en train de vivre dans le sous-développement absolu.
Quant aux télécoms, pour y revenir, on a toujours eu dans les bourgs et villages des petits distributeurs de connexion Internet illégale par câble – sans compter le Hezbollah qui détient un réseau parallèle qu'il exploite commercialement.
Tous ces développements proviennent – on l'aura compris – de l'incapacité de l'État à assurer les services de base aux citoyens. Le ministère des Télécoms, pour citer encore cet exemple, n'est même pas capable aujourd'hui d'assurer à certaines régions proches de la capitale des lignes de simple téléphone fixe, celui inventé par Graham Bell en 1876.
Tout cet état de fait doit changer ? Bien sûr. Mais en attendant, le monde tourne et ne peut attendre l'émergence d'une efficacité hypothétique du jour au lendemain.
Le réseau Internet illégal qui vient d'être découvert tentait, encore une fois, de pallier les manquements de l'État qui offre une connexion probablement la pire au monde en termes de qualité, de quantité, de vitesse, de fiabilité (et de prix). Or il semble que ce nouveau réseau était de bien meilleure qualité et à meilleur prix, ce qui ne peut qu'être bénéfique pour les citoyens, pour les entreprises et pour la compétitivité de l'économie en général, s'il y a encore quelqu'un qui s'en soucie. On devrait donc l'encourager. À la place, nous assistons à une surenchère de positions en flèche de personnalités étatiques gonflant leurs poumons au possible, pour exprimer une indignation digne des bâtisseurs des civilisations.
Nicolas SBEIH
Consultant en média


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