Moyen Orient et Monde

L’armée israélienne en campagne contre ses cleptomanes

Reportage
OLJ
11/04/2016

Des centaines d'armes, des dizaines de milliers de munitions... L'armée israélienne réalise l'une de ses plus importantes saisies d'armement depuis longtemps, non pas dans les réseaux palestiniens, mais auprès d'Israéliens présumés au-dessus de tout soupçon.
Ces citoyens, hommes et femmes, ont un point en commun : ils ont servi dans une armée en guerre ouverte avec ses voisins en moyenne tous les dix ans depuis sa création et en conflit avec les Palestiniens depuis des décennies, ils ont été rappelés comme réservistes ou ont effectué leur service militaire obligatoire. Et beaucoup sont rentrés de ces campagnes en conservant, qui une grenade devenue depuis un serre-livres, qui un vieux fusil prenant la poussière, qui un casque d'infanterie sorti le week-end pour faire de la moto. L'armée mène dans tout le pays et pendant un mois une campagne intitulée : « Rendez-nous le matériel, on ne vous demandera rien. » Grosso modo : vous rapportez ce que vous avez emprunté et on passe l'éponge. Une centaine de points de collectes ont été installés devant les bases et les commissariats. Devant le quartier général de l'armée à Tel-Aviv, trois soldats tiennent un stand sur le trottoir. Des hommes et femmes de tous âges viennent au compte-gouttes déposer un carton ou un sac plastique. Certains ont trop honte pour même sortir de leur voiture, témoignent les soldats. À proximité, une benne reçoit les équipements et uniformes, un container les munitions et une caisse les armes. Des démineurs se tiennent prêts à intervenir en permanence en cas de livraison dangereuse.

Opération Amnistie
En trois semaines, « des milliers de personnes ont rempli leur devoir », dit le commandant de cette opération « d'amnistie », le général Yoram Azulai. « Et je peux vous assurer qu'on n'a pas un nom », ironise-t-il. L'acte de repentir est en effet anonyme. Le bilan de trois semaines de ramassage, communiqué par un porte-parole de l'armée, est, lui, public : 220 armes à feu, 20 000 pièces d'uniforme, 700 000 balles ou grenades, 1 000 explosifs et 1 300 engins pyrotechniques (très appréciés dans les mariages en guise de feux d'artifice).
Certaines pièces auraient leur place au musée. « Un kibboutz du Nord a décidé de renoncer à la cache d'armes clandestine qu'il s'était constituée depuis des décennies ; un officier qui a servi pendant la guerre d'indépendance nous a rapporté un fusil qui date de 1948 ; on a aussi récupéré des armes de la guerre de Kippour » (1973), dit le général Azulai. Mais l'idée n'est pas de monter une exposition. « Dans la vie de tous les jours, il est très courant de tomber sur des gens qui utilisent du matériel militaire pour leurs loisirs », dit-il. « Mais on est en Israël et, dans un contexte de sécurité renforcée, c'est une très mauvaise idée », ajoute-t-il. « On peut faire exploser sa maison, mettre en danger la vie de ses enfants ou d'autres civils et, bien sûr, ce matériel peut tomber entre de mauvaises mains, celles des organisations criminelles ou terroristes », dit-il.
Daphne ROUSSEAU/AFP

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