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Moyen Orient et Monde - Entretien express

Réunification de Chypre : un référendum à l’automne ?

James Ker-Lindsay, spécialiste de Chypre à la London School of Economics, répond aux questions de « L'Orient-Le Jour ».

Le président chypriote grec Nicos Anastasiades, son homologue chypriote turc Mustafa Akinci et le conseiller spécial sur Chypre à l'Onu Espen Barth Eide, le 15 mai 2015. Archives AFP

Chypre est divisée en deux depuis l'invasion en 1974 de sa partie nord par la Turquie. Depuis, la République de Chypre n'exerce son autorité que sur la partie sud (chypriote grecque) alors que la partie nord (chypriote turque) est dirigée par la République turque de Chypre du Nord (RTCN), non reconnue par la communauté internationale. Après plusieurs tentatives avortées, notamment en 2004 avec le plan Annan, du nom de l'ancien secrétaire général des Nations unies Kofi Annan, puis en 2008, 2010 et 2012, les conjonctures actuelles dans les deux camps semblent favorables à une réunification. Les présidents des deux parties de l'île ont relancé les pourparlers en mai 2015 et les ont intensifiés depuis novembre, avec le soutien de l'Onu, de l'UE et des États-Unis. De son côté, la Turquie a également fait récemment part de son espoir que l'île méditerranéenne sera réunifiée courant 2016. James Ker-Lindsay, spécialiste de Chypre à la London School of Economics, décrypte la situation actuelle en vue d'une réunification.

Est-ce que le processus de réunification s'est accéléré suite à la réouverture de chapitres liés à l'adhésion de la Turquie à l'UE ?
J'étais très inquiet il y a quelques semaines après ce que nous avons pu voir concernant l'accord UE/Turquie, car Chypre bloquait et menaçait de compromettre cet accord sur la crise des migrants (prévenant qu'elle n'approuverait pas l'ouverture de nouveaux chapitres dans les négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE si Ankara ne respectait pas ses obligations). Ce qu'Ankara essayait de dire à l'UE c'était : Vous avez besoin de nous, et alors ? Et ce que nous voulons, c'est que vous ouvriez ces chapitres, en vue d'une adhésion. Cette situation aurait pu entacher les pourparlers entre la RTCN et la République de Chypre, mais heureusement cela n'a pas été le cas.

Quels sont les derniers points d'achoppement en vue d'une réunification ?
On peut constater beaucoup de progrès dans différents domaines. Mais, pour le moment, nous savons que le thème de la sécurité va être le dernier point prévu dans l'agenda. C'est le point vital, notamment en ce qui concerne l'avenir des garants du pouvoir, et des soldats turcs encore présents sur l'île. Un autre point est encore en suspens, il s'agit de la question du territoire. Par exemple, combien de terres vont être rendues aux Chypriotes grecs, qui contrôlera telle ou telle partie de l'île... Et il leur faudra s'asseoir autour d'une table, devant un plan et dessiner les nouveaux contours.

Est-ce qu'Ankara est le décideur au final dans la résolution de ce processus de réunification ?
Très souvent les Chypriotes grecs présentent cela comme étant le seul fait d'Ankara, et que c'est lui qui contrôle la situation et agit à sa guise. Or cela n'a jamais été vraiment le cas, même si Ankara a bien entendu beaucoup d'influence. C'est un processus essentiellement chypriote grec/chypriote turc.

Pensez-vous que la réunification aura lieu en 2016 comme l'espèrent tous les acteurs au règlement de ce processus ?
Ça s'annonce en effet très positif, mais je pense que cela ne pourra se conclure avant la fin de l'année. Nous sommes mi-avril, et il y a encore pas mal de chemin à parcourir. Il n'y aura sûrement pas d'avancées avant fin mai, car le 22 mai sont prévus les élections législatives à Chypre. Je doute fort qu'il y ait quelque chose durant la période estivale. Mais je pense que nous allons probablement entendre parler d'un référendum en automne.

 

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