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Lifestyle - Liban pop

Marc Hatem : le chant des possibles

Marc Hatem, la haute voix bien frappée de « The Voice France », vient de se qualifier pour l'étape des épreuves ultimes. Entraînant et pas compliqué, il redonne le sourire à un Liban en manque d'espoir...

Photo Pulse Productions

D'abord, il y a cette voix râpeuse et râpée de ceux qui se veulent crooners épuisés d'avoir joué les grimpeurs d'octaves, emballant ainsi leur personnage dans le ruban d'une chevelure gominée. Mais lorsqu'on traverse cette paroi un peu rugueuse, que se déchire le costume choisi de charmeur à chemise dégrafée, l'impact n'en est que plus frais. On découvre son sourire cru de gamin gouailleur, son débit en moulin qui remue l'air de son impulsivité, de son éloquence, de son haut voltage, sans perdre de temps à choisir le bon mot. Chose qui vous fait alors parier qu'avec lui, il n'y a pas de faux-semblants. En fait, Marc Hatem est simple, joyeux, quasiment exultant. Il ne craint rien ni personne, excepté peut-être Dieu dont il souligne l'importance d'entrée de jeu, avec une spontanéité déconcertante. « J'ai une foi immense en Dieu. Je suis profondément convaincu qu'il a tracé mon chemin et qu'il veille sur chacun de mes pas. Je lui fais confiance pour l'avenir... »

 

Sans fausse modestie
Rien ne semble compliqué pour ce jeune homme de 25 ans devenu une star nationale en l'espace de quelques minutes, en mars dernier, lors d'un premier passage aux auditions à l'aveugle de The Voice France sur le titre Take Me To Church (de Hozier), lui valant une standing ovation des quatre coaches qui n'ont pas hésité à retourner leurs sièges. L'aisance serait donc dans les cordes de Marc, y compris hors chant. Il concède sans hésiter : « Je n'ai pas d'inquiétudes. The Voice est un tremplin fabuleux, mais je me débrouillerai au cas où ça ne fonctionne pas pour la suite ! » Rires. Ego trip ? Sa franchise indique davantage une absence de retenue, tonique en ces temps de fausse modestie cachée derrière des petits doigts. Pourtant, même si sa jeunesse a baigné dans les ondes sonores d'une maman mélomane, rien ne prédisposait Marc Hatem à chanter à d'autres publics que son rideau de douche. Rien ne le prédisposait à chanter tout court. De fait, il s'évoque en enfant qui n'osait pas vraiment pousser la voix. « C'était presque honteux. » Il assène même : « À la chorale de mon école, le collège Notre-Dame de Jamhour, j'étais pratiquement le seul à être relégué au groupe B ! » Puis, sans doute pour prendre sa revanche sur cette voix-handicap, pour en faire un atout, à mesure que celle-ci mue et dévoile enfin sa belle égratignure, Marc tombe dans la musique comme on tombe en amour, lance un groupe avec quelques copains d'école, casse la voix en passe-temps.

 

(Lire aussi : La Libanaise Lynn el-Hayek remporte la première édition de "The Voice Kids")

 

Caméléon tenace
Rien ne semble compliqué pour le garçon gourmand qui empoigne son quotidien comme il pioche dans son milkshake vanille en ce vendredi midi : goulument, sans craintes, sans réserves, sans frasques, ni anicroches. Il dit : « Chanter a toujours été un hobby que j'exerçais en parallèle à mes études d'architecture à l'Alba. » À la vie, il est sur les bancs de la fac, et à la scène, le soir venu, il affecte les airs de ses chanteurs préférés dont il cite inlassablement Josh Groban ou Michael Bublé. « Il y a deux ans, j'ai intégré 8e art, une compagnie d'événementiel qui m'a permis de me produire en solo et avec mon groupe Take 5 dans des restos et des boîtes libanais », insiste-t-il avec la reconnaissance de celui qui ne cesse de retisser les fils de son parcours avec flegme et réalisme. En 2011, après avoir remporté le championnat national de karaoké, il s'envole au propre comme au figuré en Islande où il décroche la première place au Karaoké World Championship. Pas moins. À voir notre regard déconcerté, il rétorque d'un air un rien déçu : « Vous n'étiez pas au courant ?
C'est normal. En rentrant au Liban avec la récompense que j'avais à l'époque disputé avec 30 pays, les gens me regardaient de haut, sans me reconnaître aucun mérite. Il a fallu que je passe à The Voice pour que le pays me regarde différemment. »

 

Le jeu du hasard
Rien ne semble compliqué pour ce chanteur à qui le destin n'arrête pas de faire des clins d'œil, de mettre des pierres sur son parcours de Petit Poucet. Par hasard, Hiba Tawaji tombe sur l'une de ses prestations, « elle a aimé ma manière de chanter, a contacté l'équipe de TF1 pour leur parler de moi », raconte le chanteur. Par hasard, en attendant son train dans une station italienne, il se connecte au Wi-Fi pour consulter son courrier et tombe sur un message de la production de The Voice qui l'invite aux auditions. Il assène : « Si je n'avais pas eu l'idée de vérifier mes messages, l'occasion m'aurait filé d'entre les mains ! » Par hasard, à cause des attentats parisiens de novembre 2015, la date de son audition à l'aveugle est déplacée. « J'étais censé être le dernier des derniers à passer, ce qui aurait réduit mes chances d'être sélectionné. » Et puis drame : au moment de se préparer à monter sur scène, sa voix disparaît, « à cause d'une histoire de polypes sur les cordes vocales ». Il devient impossible pour lui de sortir la moindre note. Mais par hasard, ses cordes vocales émergent de leur somme dix minutes avant son épreuve. Sur Take Me To Church, il fait plus que tremper sa chemise : il joue son va-tout et, reconnaissons-le, sa voix, qu'on l'aime ou ne l'aime pas, ne laisse pas indifférent. Cette voix éventail qui tantôt caresse et tantôt pique, qui gambade agilement sur la montagne russe des notes, il suffira donc d'y être confronté une minute et demie pour que Zazie, Garou, Florent Pagny et Mika se retournent d'un même geste enjoué. « Je n'ai ressenti aucun stress, je connais la scène, confie Marc. La seule surprise était de voir Zazie se retourner, j'avais les yeux fermés au moment où elle a buzzé. »


Rien ne semble donc compliqué pour Marc Hatem qui a ensuite soldé sa battle à la manière d'un jeu d'enfants. « C'était très facile pour moi. Garou m'a même demandé de baisser ma tonalité... », jure-t-il. Sinon, il sait bien qu'il fait partie d'une grande locomotive médiatique et commerciale dans laquelle il risque à tout instant de perdre, si ce n'est cette notoriété, du moins un peu de liberté. « Je suis arrivé dans cette émission en sachant que je dois aussi penser à une autre option au cas où ça ne marche pas. » D'ailleurs, il se produira le 28 mai sur la scène de L'Olympia dans le cadre d'un concert organisé par 8e art* et prépare également deux chansons en français et en anglais. Mais il a beau vouloir dominer ce qui sue de lui, garder la tête sur les épaules, Marc Hatem est heureux et il a envie de le dire, de le partager et surtout de le chanter sans trop réfléchir. Et demain ? « Demain, c'est Dieu qui le décidera... »

 

* Aleph, « Le piano de L'Orient » – première partie : Marc Hatem. Samedi 28 mai à L'Olympia, 28 boulevard des Capucines, 75009 Paris. Billets en vente sur le site de L'Olympia ainsi que dans les branches de la Fnac à Paris.

Prochain article : Lukas K. Abdul, l'autre Libanais dans « The Voice France ».

 

Pour mémoire
The Voice France : un sans faute pour Marc Hatem !

 

D'abord, il y a cette voix râpeuse et râpée de ceux qui se veulent crooners épuisés d'avoir joué les grimpeurs d'octaves, emballant ainsi leur personnage dans le ruban d'une chevelure gominée. Mais lorsqu'on traverse cette paroi un peu rugueuse, que se déchire le costume choisi de charmeur à chemise dégrafée, l'impact n'en est que plus frais. On découvre son sourire cru de gamin...
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