« La chute des grands hommes rend les médiocres et les petits importants. Quand le soleil décline à l'horizon, le moindre caillou fait une grande ombre et se croit quelque chose. »
Victor Hugo
Bonjour, il y a du soleil aujourd'hui, il fait un temps superbe, allons nous promener dans les bois au milieu des arbres verts, de notre nature chatoyante, escaladons les rochers, gambadons, marchons jusqu'à en perdre haleine, l'air frais et pur nous revigorera.
Au passage pour casser la croûte, reprendre quelques forces, entre une halte et l'autre, arrêtons-nous au premier four du coin, nous y achèterons des galettes au thym et au fromage, et quelques bouteilles d'eau pour nous rafraîchir.
Et puisque nous y sommes, au retour nous passerons par un hôpital réserver une chambre, les ministres nous assurant que l'eau que nous buvons est contaminée, le blé de nos pains et galettes cancérigène, l'air que nous respirons vicié, d'autant plus qu'au cours de notre petite balade en forêt, nous n'avons pas manqué de trébucher sur quelques monticules d'immondices purulents.
Vous savez quoi ? Il faut quand même rester clairvoyant, alors autant faire un petit tour chez l'un des croque-morts de la place, il y en a d'excellents qui rendent un service impeccable, nous mettre d'accord sur les modalités de nos funérailles, car désormais, les hôpitaux, même de grande renommée, sont devenus de véritables mouroirs.
Fort heureusement, il ne s'agit pas d'un cas propre aux hôpitaux libanais, qui soit dit en passant abritent de grandes sommités de l'art médical. C'est un problème latent à l'échelle mondiale, un virus le plus souvent mortel, difficile à combattre, qui s'est incrusté semble-t-il dans les hôpitaux, l'éradiquer serait nous dit-on hors de prix.
Quand on connaît les difficultés financières où se débattent nos institutions médicales, du fait de la carence organisée tout au long des années passées par les gouvernements successifs, on a beaucoup de peine à pointer du doigt le corps hospitalier.
Fermons cette pénible parenthèse qui vient perturber notre belle journée printanière. Encore faut-il avoir l'esprit tranquille, se déconnecter de la triste réalité qui nous tient, nous prend à la gorge, nous inquiète au point de nous rendre malades en pensant à demain de quoi sera-t-il fait.
Pas un jour ne passe sans qu'un scandale n'éclate. Le plus navrant est que le Libanais semble s'y être fait, avoir accepté son sort, à tel point que je le suspecte le soir dans la solitude de son lit de remercier Dieu du plus profond de son cœur de ne pas lui avoir infligé un plus grand supplice, faisant pleuvoir sur sa tête tous les maux de la terre.
Les déchets nous ont apprivoisés, leur crise semble être en voie de règlement. Dommage, comment allons-nous vivre sans les petites montagnes qui se dressaient un peu partout dans la capitale et les régions attenantes, elles qui firent un long moment partie de notre patrimoine national ?
Nous avons accepté l'humiliation de leur présence, humant à pleins poumons leurs senteurs révulsives, quel soulagement d'en être enfin débarrassés. Quel plaisir de revivre loin des rats, des microbes et autres pourritures.
Mais encore, que d'appréhensions persistent, que de questions légitimes restent sans réponse. Car ceux-là mêmes qui sont à l'origine de la crise nationale de nos glorieux déchets ont facilité comme par enchantement son dénouement ; sachant que ces gens-là ne sont pas connus pour être les piliers des sociétés caritatives, il n'y a rien sans rien, alors comment et surtout combien ?
Les déchets, le blé cancérigène, l'Internet illégitime, les médicaments frelatés, les scandales à répétition, l'enrichissement illicite, le commerce des consciences, le rictus bavant du plus fort qui, comme Marlborough, s'en va en guerre faisant fi du ressentiment national, observant d'un œil amusé le petit magouilleur du coin s'empêtrer dans ses contradictions.
Tout ceci et plus encore tourne autour d'une seule et même orbite formée par une petite poignée de tristes personnages ayant d'un commun accord mis en coupe réglée le pays, ses biens et ses ressources à leur propre profit.
Ils ont savamment annihilé toute velléité de sursaut national chez le peuple de mon pays qu'ils ont privé de tout, l'endormant en distillant à doses régulières le venin du somnifère communautaire, le tenant solidement ancré aux amarres de ces royaumes et autres nations monochromes en devenant eux-mêmes pour notre plus grand malheur les porte-drapeaux, sinon les prisonniers.
En y pensant, tapi à l'ombre des arbres de la forêt, par cette belle journée printanière, je me remémore les paroles du grand Victor Hugo que mon amie virtuelle Gemma a postées sur son mur, remarquant qu'au soir couchant, le soleil transformait les nains en géants que la pénombre estompait d'un coup.
En attendant notre pénombre, je vous souhaite une excellente journée.
Bonjour, il y a du soleil aujourd'hui, il fait un temps superbe, allons nous promener dans les bois au milieu des arbres verts, de notre nature chatoyante, escaladons les rochers, gambadons, marchons jusqu'à en perdre haleine, l'air frais et pur nous revigorera.Au passage pour casser la croûte, reprendre quelques forces, entre une halte et l'autre, arrêtons-nous au premier four du coin, nous y achèterons des galettes au thym et au fromage, et quelques bouteilles d'eau pour nous rafraîchir.Et puisque nous y sommes, au retour nous passerons par un hôpital réserver une chambre, les ministres nous assurant que l'eau que nous buvons est...


triste, triste triste, l'état de mon pays.
08 h 00, le 31 mars 2016