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Nos lecteurs ont la parole - Sylvain Thomas

Allô ! Ici c’est le printemps !

Depuis la première naissance du printemps, l'homme a toujours abordé cette saison le regard plein d'une crainte respectueuse et le cœur rempli d'émerveillement devant la magnificence de la vie qui revient, de la vie qui renaît. Au plus profond de lui-même, quelle que soit sa religion ou sa croyance, un écho vibre. Pas plus qu'il ne peut échapper au lever du soleil, l'être humain ne peut manquer de percevoir, dans ce monde matériel obéissant si manifestement à des forces qui dépassent l'homme et toutes ses connaissances, la substance même de l'espérance et de la foi.
Tout son savoir et toutes ses tortueuses subtilités ne peuvent l'empêcher de tendre vers cette force mystérieuse, d'un élan instinctif qui s'apparente à l'humilité. Seul l'orgueilleux peut contester l'existence de cette force et, ce faisant, nier l'évidence universelle que manifeste la touffe d'herbe, l'oiseau, le bourgeon en train d'éclore. Si loin que portent nos explications, impossible d'éliminer cette force qui agit au plus intime de la feuille, de la graine, du pétale entrouvert et de l'homme lui-même.
Il existe dans l'année un moment, qui peut se prolonger une semaine, où l'arbre, le buisson et la vigne restent comme en suspens, hésitant à se couvrir de feuilles. C'est alors l'heure de contempler, du haut des collines du Liban, les touches d'orange et d'écarlate que les bourgeons posent à la cime des arbres.
On regarde aujourd'hui ce panorama et on a compris que l'instant exaltant était venu. Alors on s'est mis à scruter les détails dans notre jardin de Feytroun. Le poirier du jardin est vêtu de dentelle verte et ses feuilles ne sont pas plus grandes que l'ongle de notre petit doigt. Les framboisiers sauvages se parent de minuscules pompons écarlates, dont chacun est un bouquet serré de feuilles à peine discernables, sur le point de se déployer. À l'extrémité des rameaux des pommiers précoces à Mayrouba, un peu plus haut que Feytroun, et ses villages alentour dans le Kesrouan apparaissent de petites excroissances gris argent. En essayant de tirer vers nous un de ces rameaux ; chaque protubérance est une jeune feuille pelotonnée, émergeant à peine du bourgeon, de la taille d'une aile de coccinelle et teintée de pourpre comme si elle rougissait. Tout cela existe, en cet instant précis. Dans une heure à peine tout aura changé et demain ce sera encore autre chose. C'est l'instant tremblant où la vie est suspendue entre le bourgeon et la feuille, la promesse et l'accomplissement. Un monde nouveau est en gestation sur ces vieilles, très vieilles collines. On contemple la création en marche.
Il y a quelques jours, on a entendu un homme discourir longuement sur les misères de ce monde. Aujourd'hui on a arpenté les pentes de la montagne et on a constaté que si cent choses vont mal, en revanche, mille choses, de toute évidence, vont parfaitement bien et sont parfaitement en ordre.
Au pâturage, les touffes vertes surgissent. Les oiseaux se pavanent sur le gazon ou, perchés au faîte des arbres, lancent leur chant d'amour. Les narcisses fleurissent, les cultivateurs et les jardiniers s'apprêtent à planter sachant que la terre est toujours bonne.
Voilà les choses simples et naturelles que nous voyons chaque printemps du calendrier universel. Si elles survenaient tous les dix ans seulement, nous les attendrions, haletants d'émotion, et oublierions nos maux et nos disputes, et nos activités pour guetter leur apparition. Rien ne cloche dans le monde de la nature sauf cette pollution qui perdure depuis une quinzaine d'années et les déchets non encore ramassés des quartiers alentour. Aidons-nous et le ciel nous aidera ! Personne n'est mieux servi que par soi-même.
Les grands projets à réaliser sur le plan de la climatologie sont dans le camp des hommes qui se querellent sur le plan politique et diplomatique, oubliant que c'est dans la terre et les astres qu'il faut chercher la racine, la source des idées. Avoir toute la vie des printemps radieux comme dans le passé devrait nous inciter à conférer en plein air et en pleine nature tout près d'un immense lac ou sur le plateau d'une très haute montagne et toujours en plein air, pour s'inspirer et examiner la situation à la lumière de ces principes essentiels cités au cœur du présent exposé.

Sylvain THOMAS

Depuis la première naissance du printemps, l'homme a toujours abordé cette saison le regard plein d'une crainte respectueuse et le cœur rempli d'émerveillement devant la magnificence de la vie qui revient, de la vie qui renaît. Au plus profond de lui-même, quelle que soit sa religion ou sa croyance, un écho vibre. Pas plus qu'il ne peut échapper au lever du soleil, l'être humain ne peut manquer de percevoir, dans ce monde matériel obéissant si manifestement à des forces qui dépassent l'homme et toutes ses connaissances, la substance même de l'espérance et de la foi.Tout son savoir et toutes ses tortueuses subtilités ne peuvent l'empêcher de tendre vers cette force mystérieuse, d'un élan instinctif qui s'apparente à l'humilité. Seul l'orgueilleux peut contester l'existence de cette force et, ce faisant, nier...
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