L’école informelle des assyriens de Hadeth.
Tous les jours, de 9 heures à 13 heures, une centaine d'enfants et de jeunes de confession assyrienne, âgés entre 5 et 18 ans, se rendent dans une petite école de Hadeth. Les élèves sont divisés en deux classes uniquement. Ils ne suivent pas un cursus officiel. Cette école informelle a été mise en place par le prêtre de la paroisse assyrienne Saint-Pétion de Hadeth, le père Georges Youkhana, afin d'occuper les jeunes réfugiés syriens et irakiens de la communauté.
Tous les jours, des enseignants assyriens donnent des cours d'arabe, d'anglais, de mathématiques et de langue araméenne aux enfants qui n'ont pas pu s'inscrire à l'école publique au Liban. Histoire de ne pas oublier ce qu'ils savent déjà, de passer le temps de façon fructueuse au lieu de rester à la maison, et histoire aussi de leur apprendre l'anglais, une langue qui leur sera utile une fois qu'ils quitteront le Moyen-Orient. Car la plupart des familles concernées ont déjà présenté des demandes d'asile auprès de pays européens, du Canada et de l'Australie.
Les deux salles de classe sont mitoyennes à l'église. L'une d'elles servait initialement de salon pour recevoir les paroissiens après la messe du dimanche ou encore des personnes venues présenter leurs condoléances. À ces moments, certes, il faudra déloger les élèves qui ont des tables et des chaises en plastique en guise de pupitres.
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Besoin de tout
« Nous avons besoin de tout, de jeux éducatifs pour les enfants, de livres, de cahiers, de crayons, de tableaux interactifs, d'ordinateurs », affirme le père Georges Youkhana. « Nous tentons de cette façon d'aider les enfants qui ne sont pas scolarisés. Une école informelle est mieux pour eux que de passer leur temps à la maison », poursuit-il.
Évelyne, la cinquantaine, donne des cours d'arabe. Sa fille Elsine, 12 ans, figure parmi ses élèves. La famille est arrivée au Liban en provenance de Syrie il y a presque un mois, mais cela fait plus de deux ans qu'elle a quitté la ville de Hassaké (Nord-Est). Évelyne, comme les autres instituteurs de l'école, est bénévole. « Pour nous, c'est une façon d'aider à notre manière les enfants de la communauté », note-t-elle.
Ses yeux s'embuent de larmes quand elle raconte son histoire. « Nous sommes originaires du Khabour, du village de Tell Hermez, tombé entre les mains du groupe État islamique il y a un peu plus d'un an. Mais nous avons de tout temps habité Hassaké, pour mon travail et celui de mon mari, et pour l'éducation de nos enfants », raconte-t-elle.
Évelyne est prof d'arabe et son mari vendait des légumes et des fruits en gros. Le couple a cinq filles, une archéologue diplômée, une économiste, une étudiante en archéologie, une autre en médecine, et Elsine, qui rêve de devenir soit infirmière, soit architecte. « Infirmière pour aider les blessés de la guerre, et architecte pour reconstruire la Syrie », explique l'adolescente.
« Nous avons quitté Hassaké avant l'arrivée de l'EI dans le Khabour », raconte Évelyne, qui a toujours des proches détenus depuis plus d'un an par les jihadistes.
« Hassaké n'était plus un endroit sûr, d'autant que nous avons des filles et qu'il fallait les protéger. Nous sommes partis vivre durant deux ans à Lattaquié. Mes enfants ont pu poursuivre leurs études. Il y a quelques mois, nous sommes venus au Liban pour présenter une demande d'asile en Australie. Nous nous sommes dit qu'il vaut mieux attendre au Liban », note-t-elle, révélant qu'elle a de la famille au Canada et que l'un de ses frères se trouve actuellement à Dohouk, dans le Kurdistan irakien.
« Nous n'avons pas apporté grand-chose avec nous. Les livres des enfants sont restés là-bas », dit-elle.
Elsine raconte : « Ma tante paternelle vit actuellement dans notre maison. C'est la seule membre de la famille qui reste à Hassaké. Quand on était à Lattaquié, mon père partait souvent à Hassaké. La vie est chère à Lattaquié. Et mon père devait travailler, il faisait la navette donc, passant toutes sortes de barrages pour arriver à destination. »
La voix de l'adolescente tremble, l'angoisse de perdre son père remonte à la surface. Qu'est-ce qui lui manque le plus ? « À Hassaké, ma bibliothèque. Et dans notre village de Tell Hermez où on se rendait pour les fêtes et en été, l'église. Elle avait une grande croix. On y célébrait toutes les fêtes. Les miliciens de l'État islamique l'ont profanée avant de l'incendier. Aujourd'hui, elle n'existe plus. »
Pour les dons à l'école et aux réfugiés syriens et irakiens de la paroisse assyrienne de saint Pétion à Hadeth, appeler le père Georges Youkhana aux numéros suivants : 70/716907 et 70/288233.
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Je les envie. Ils quittent ce Moyen-Orient sordide et mille fois maudit. Ce Moyen-Orient qui est la plus grande calamité pour l'humanité et qui, pour le bien de celle-ci, mérite d'être anéanti jusqu'à la dernière pierre.
03 h 57, le 25 mars 2016