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Nos lecteurs ont la parole - Dolly Talhamé

Maman

Tu nous as quittés un vingt mars, à la veille de la fête des Mères, il y a cinq ans, et aujourd'hui tu aurais fêté tes cent ans. Tu es née vers la fin de la Première Guerre mondiale quand au Liban sévissait la famine, heureusement dans une famille aisée où on ne crevait pas de faim. Le krach boursier a eu raison de la fortune de ton père qui a dû vendre un à un ses biens afin d'assurer études et confort à sa progéniture. Tu as vécu la Seconde Guerre mondiale, l'indépendance du Liban et les glorieuses années soixante, auprès d'un homme qui, par un dur labeur, a pu se hisser parmi les nantis, mais a vu industrie et biens détruits par une guerre civile meurtrière. Toi tu es restée égale à toi-même, souriante, aimante et protectrice de ta smalah durant les quinze années pendant lesquelles les épreuves n'ont pas manqué. À ta mort, pour ton homélie, l'évêque a loué l'élégance dont tu faisais preuve dans les rapports humains. Tu es partie et j'en suis bien heureuse aujourd'hui, car je n'aurai pas aimé te voir subir ce monde qui n'a plus, lui, aucune élégance ; ton pays, notre pays, s'est effrité à un point tel que seules les ordures, au propre et au figuré, restent au centre de nos préoccupations quotidiennes. Cela, je le sais, t'aurait attristée, voire même meurtrie. Repose en paix maman car, malgré toutes ses misères, ton siècle reste celui où ton pays et son peuple faisaient ta fierté ; il s'était sorti de la famine, d'une première et d'une Seconde guerre mondiale, et a pu se reconstruire après une autre guerre fratricide.
Oui maman, je puis te le certifier, il n'y a plus de fierté d'être né dans ce petit et beau pays ; nous ne sommes pas fiers, nous son peuple, d'assister, impassibles, à sa destruction.

Dolly TALHAMÉ

Tu nous as quittés un vingt mars, à la veille de la fête des Mères, il y a cinq ans, et aujourd'hui tu aurais fêté tes cent ans. Tu es née vers la fin de la Première Guerre mondiale quand au Liban sévissait la famine, heureusement dans une famille aisée où on ne crevait pas de faim. Le krach boursier a eu raison de la fortune de ton père qui a dû vendre un à un ses biens afin d'assurer études et confort à sa progéniture. Tu as vécu la Seconde Guerre mondiale, l'indépendance du Liban et les glorieuses années soixante, auprès d'un homme qui, par un dur labeur, a pu se hisser parmi les nantis, mais a vu industrie et biens détruits par une guerre civile meurtrière. Toi tu es restée égale à toi-même, souriante, aimante et protectrice de ta smalah durant les quinze années pendant lesquelles les épreuves n'ont pas...
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