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Moyen Orient et Monde - Interview

Charles Glass : La guerre de Syrie, une erreur de calcul

Dans son dernier ouvrage, le célèbre journaliste et auteur remonte aux origines du conflit qui fait rage depuis 2011. Il répond aux questions de « L'Orient-Le Jour ».

Le journaliste et auteur Charles Glass. Photo Sylviane Zéhil

Le tout dernier ouvrage, Syria Burning : A Short History of a Catastrophe, de Charles Glass, célèbre journaliste et auteur, qui vient de paraître aux éditions Verso, au moment de la cessation des hostilités en Syrie, pose d'emblée deux questions fondamentales : quelles sont les origines de la crise syrienne ? Pourquoi personne n'a-t-il rien fait pour arrêter la guerre ?

« Les nuances de ce conflit n'ont jamais été bien comprises en Occident. Il semble surtout que les administrations américaine et européenne, anticipant le départ du président syrien Bachar el-Assad, en ont fait la condition d'un règlement négocié. Les conséquences de cette erreur de calcul ont grandement contribué à la catastrophe à laquelle nous assistons aujourd'hui », estime le journaliste, lors d'un entretien accordé à L'Orient-Le Jour à New York, où il se trouvait pour la préparation de son prochain ouvrage sur la Seconde Guerre mondiale.
Dédié à son fils Lucien et « à la mémoire d'Armen Mazloumian, propriétaire du célèbre hôtel Baron à Alep, qui a refusé d'abandonner sa ville et qui est décédé le 15 janvier 2016 », ce livre de 173 pages relate et étudie avec concision l'horreur de la guerre civile qui a ravagé la Syrie depuis mars 2011, faisant plus de 270 000 victimes et presque 12 millions de réfugiés et de déplacés. « La guerre en Syrie a longtemps eu besoin d'un bon livre pour expliquer le comment et le pourquoi de ce qui se passe... Il y a peu d'écrivains qui ont la perception et l'expérience pour éclairer cette terrible tragédie », écrit dans la préface Patrick Cockburn, correspondant pour The Independent.

Que diront les jeunes de Syrie ?
Ce journaliste américano-britannique, né à Los Angeles, est spécialiste du Moyen-Orient depuis 1980. Il avait fait la une des journaux en 1987 lorsqu'il avait été pris en otage au Liban, pendant 62 jours, par des activistes chiites au moment où il était correspondant en chef pour la célèbre chaîne américaine de télévision ABC.
« Que diront les jeunes de Syrie à leurs enfants lorsqu'ils seront vieux ? » s'interroge-t-il. « À la fin du XIXe siècle, ma grand-mère maternelle, de la famille Makari, a quitté enfant le Mont-Liban, qui faisait alors partie de la Syrie, lors d'un affrontement entre les chrétiens de son village et leurs dirigeants ottomans. Bien que son père ait été tué quelques mois avant sa naissance, elle m'a raconté, à maintes reprises, comment il avait fait face à des cavaliers turcs, comme si elle en avait été témoin. Je ne sais pas ce qui est arrivé au juste, mais ses histoires... restent des vérités indéniables à ses descendants », note l'auteur.

Manque de vision
Inlassable voyageur aux pays du Levant, Charles Glass connaît parfaitement la Syrie qu'il a souvent visitée pendant des décennies. Il combine dans son récit reportages, analyses et histoire afin de donner un meilleur éclairage sur les origines et les variations du conflit syrien dans un contexte de crise globale régionale. Il explique également les raisons de l'échec de l'Occident aux conséquences désastreuses. La révolution syrienne aurait-elle pu être différente ?
« À sa naissance en 2011, la révolution était porteuse d'espoir d'une vie meilleure et plus libre pour le peuple syrien. Les aspirations syriennes faisaient écho aux amoureux de la liberté dans le monde. L'État a répondu par les arrestations et la violence. La dissidence a évolué en guerre », décrit-il. « La révolution syrienne manque de vision stratégique... Le régime, qui a eu presque 50 ans pour perfectionner les mécanismes de contrôle, a joué ses cartes mieux que les rebelles sans expérience de gouvernement, n'ayant pas de racines dans le travail social, et peu d'expérience au combat », estime-t-il.

(Lire aussi : Désengagement partiel en Syrie : un double joker pour Moscou à Genève)

 

Parallèle avec 1920
Charles Glass dresse par ailleurs un parallèle entre la situation actuelle en Syrie et les événements de 1920, soit ce que le président syrien Bachar el-Assad appelle « le célèbre rôle non constructif joué par la Grande-Bretagne » pendant des décennies sur des questions diverses. « Un pays, qui, avec la France, a imposé et modifié les frontières en vertu de l'accord Sykes-Picot, au lourd bagage. C'est un pays qui n'a rien fait depuis juin 1967 pour s'opposer à l'occupation par Israël des hauteurs du Golan, et qui a un long chemin à parcourir pour prouver sa bonne foi face à un public syrien sceptique », note Charles Glass. L'auteur établit aussi d'autres similitudes : « Ils ont reçu des armes, de l'entraînement et des commandes de l'extérieur, notamment d'anciens pays impérialistes comme la Grande-Bretagne et la France, ainsi que les États-Unis, la Turquie, l'Arabie saoudite et le Qatar. Ils ne savaient pas où leur insurrection conduirait le pays, ajoute-t-il. Lorsque les patrons étrangers de la rébellion discutent du sort de la Syrie, leurs propres intérêts vont inévitablement prévaloir – comme l'ont fait, en 1920, la Grande-Bretagne et la France –, selon les désirs d'un « gouvernement autochtone. »

Mauvais calcul
« Les partisans du soulèvement initial en 2011 ont imaginé une victoire rapide... Un ami syrien, qui vit maintenant en exil, m'a dit que l'ambassadeur américain en Syrie, Robert Ford, avait essayé, juste avant qu'il ne quitte Damas en octobre 2011, de le recruter pour prendre part au gouvernement qui devait remplacer prochainement Assad. Lorsque l'ambassadeur de France en Syrie, Éric Chevallier, a quitté Damas le 6 mars 2012, il avait dit à des amis qu'il serait de retour lorsque le gouvernement post-Assad serait "installé" dans les prochains deux mois. Depuis lors, avec Assad encore au pouvoir, le nombre de morts a grimpé à plus de 270 000. D'une population de 22 millions d'âmes avant la guerre, plus de quatre millions de Syriens ont fui le pays, et 6,6 millions sont déplacés à l'intérieur du pays », souligne-t-il. « Robert Ford, qui avait défendu la révolution et encouragé sa militarisation, est l'un des rares fonctionnaires à avoir admis publiquement qu'il s'était trompé », note-t-il.


(Lire aussi : Autonomie kurde en Syrie : « Effet d'annonce » ou « perspective de travail » en vue d'une reconnaissance ?)

 

Extension de l'Arabie saoudite
« En utilisant les armes fabriquées aux États-Unis, payées par l'Arabie saoudite et acheminées à travers la Turquie, les rebelles ont imposé une vision de la société qui ne tenait pas compte de la diversité syrienne et du respect mutuel entre les peuples. Comme les archives historiques le montrent, la Syrie a accueilli les victimes arméniennes du génocide turc après la Première Guerre mondiale, et a longtemps été un foyer de toutes formes de l'islam », écrit Charles Glass. « L'objectif de l'État islamique autoproclamé et du Front al-Nosra était de faire de la Syrie quelque chose qu'elle n'a jamais été : une extension de l'Arabie saoudite. Personne n'a tenu compte de l'avertissement de Nietzsche, repris au début de la révolution syrienne par Masalit Mati, écrivain satirique anti-Assad, dans son spectacle de marionnettes : "Soyez prudents lorsque vous vous battez contre les monstres, de peur que vous n'en deveniez un" », poursuit-il.

« Les Américains, les Européens et leurs alliés arabes avaient leurs propres objectifs en Syrie... Les États-Unis se sont opposés à Assad, tout comme les Saoudiens et les Qataris, parce qu'il n'a pas renoncé à son alliance avec l'Iran qui lui a donné un atout stratégique face à Israël. L'État hébreu, qui occupe depuis 1967 une partie de la Syrie, n'a montré aucun signe de lâcher son emprise ou de permettre aux habitants exilés et leurs descendants de revenir. Les monarchies arabes, qui avaient cherché à dominer la Syrie depuis son indépendance de la France en 1946, voient en l'Iran un adversaire pour le contrôle de ce pays, et, à travers le Hezbollah, le contrôle du Liban. Supprimer Assad aurait permis d'éliminer l'influence iranienne dans le monde arabe, analyse-t-il.
Au milieu de la guerre syrienne et en dépit du désir d'Israël d'humilier l'Iran, les États-Unis ont ouvert la voie au régime de Téhéran. Les négociations visant à réglementer le programme nucléaire iranien ont amélioré les relations entre ces adversaires de longue date. C'est aussi pour l'Amérique l'occasion de revenir sur le lucratif marché iranien. » « La politique américaine en Syrie a pataugé depuis », avance le journaliste.

Les espoirs d'une fin de la guerre négociée pour mettre un terme à l'agonie syrienne trouvent leur écho aujourd'hui à Genève. Les superpuissances, leurs alliés arabes et le président russe Vladimir Poutine trouveront-ils une voie de sortie ? « Le pire de la guerre en Syrie n'est pas la violence, mais la nouvelle haine », dit-il. « C'est là où les politiques turque, arabe et celle des superpuissances ont conduit. Vers où vont-elles mener prochainement la Syrie? » conclut avec tristesse Charles Glass.

 

Dossier spécial
Guerre en Syrie, an V : Pour quoi, pour qui et comment ?


Le tout dernier ouvrage, Syria Burning : A Short History of a Catastrophe, de Charles Glass, célèbre journaliste et auteur, qui vient de paraître aux éditions Verso, au moment de la cessation des hostilités en Syrie, pose d'emblée deux questions fondamentales : quelles sont les origines de la crise syrienne ? Pourquoi personne n'a-t-il rien fait pour arrêter la guerre ?
« Les nuances...

commentaires (12)

Il restera que erreur ou pas erreur les coupables quand ils sont du côté occicriminel ne paye jamais pour leurs crimes.

FRIK-A-FRAK

01 h 09, le 20 mars 2016

Tous les commentaires

Commentaires (12)

  • Il restera que erreur ou pas erreur les coupables quand ils sont du côté occicriminel ne paye jamais pour leurs crimes.

    FRIK-A-FRAK

    01 h 09, le 20 mars 2016

  • « Les nuances de ce conflit n'ont jamais été bien comprises en Occident. Il semble surtout que les administrations américaine et européenne, anticipant le départ du président syrien Bachar el-Assad, en ont fait la condition d'un règlement négocié. Les conséquences de cette erreur de calcul ont grandement contribué à la catastrophe à laquelle nous assistons aujourd'hui », estime le journaliste PLUS QUE LE "DEPART" DU GANGSTER ET BOUCHER BAASYRIEN , C'ESTAIT SON NON DEPART QUI ETAIT PROGRAMEE/ANTICIPEE DES LE DEBUT DU CINFLIT SYRIEN STIMULEE PAR L'AMBASSADEUR US FORD EN SYRIE. POUR JUSTEMENT PROVOQUER CETTE CATASTROPHE QUI ARRAGEAIT ET CONTINUE A ARRANGER FORTEMENT LES AMERICAINS ANTISUNNITES/PROIRANIENS ET LEUR ALLIEE ISRAELIEN. SI LES AMERICAISN ETAIENT VRAIEMENT DECIDEES A EN FINIR AVEC CE GANGSTER/BOUCHER ILS L'AURAIENT ENVOYEE SE PROMENR , CHASSEE DU POUVOIR DES LE DEBUT DE LA CRISE VU LES MULTIPLES PRETEXTESS DE NETTOYAGE CONFESSIONNEL QU'ILS AAVAINET SURTOUT APRES L 'USAGE DU GAZ CHIMIQUE, ET QU'ON N'INVOQUE PAS LE VOTE ARRANGEE DU CONGRESS AMERICAIN OU LE VETO RUSSE POUR JUSTIFIER CETTE NON INTERVENTIONAMERICAINE : LES PRESIDENTS US PUEVENT TOUJOURS TRANSGRESSER LES VOTES DE LEUR CONGRESS,

    Henrik Yowakim

    17 h 42, le 19 mars 2016

  • ET ILS SE FOUTENT DES VETOS RUSSES COMME D'UNE POMME:LA PREUVE EN ETANT LEUR INTERVENTION SANGLANTE ET DESTRUCTRICE EN EX YOUGOSLAVIE SLAVE, POURTANT CHASSE GARDEE DE LA TRES SLAVONIQUE RUSSIE. ET DE SON PATRIARCHE BELLIQUEXU KIRRILLOS AMATEUR DE » « CROISADES » CHRETIENNES.INTERVENTION AMERICAINE DE LOIN PLUS RISQUEE QUE L'INTERVENTION DE L’OTAN ET DE LEURS ALLIEES EN IRAK OU EN LYBIE, OU DE LEUR INTERVENTION PROMISE/RENIEE EN SYRIE. PLUTOT QUE D’ERREUR DE CALCUL DES AMERICAINS, C’EST SUR SON ERRREUR D’ANALYSE QUE LE JOURANISTE GLASSE DEVRAIT REFLECHIR.

    Henrik Yowakim

    17 h 15, le 19 mars 2016

  • Impressionnant....pauvre Syrie...

    Soeur Yvette

    17 h 04, le 19 mars 2016

  • « Les nuances de ce conflit n'ont jamais été bien comprises en Occident. Il semble surtout que les administrations américaine et européenne, anticipant le départ du président syrien Bachar el-Assad, en ont fait la condition d'un règlement négocié. Les conséquences de cette erreur de calcul ont grandement contribué à la catastrophe à laquelle nous assistons aujourd'hui », estime le journaliste PLUS Q

    Henrik Yowakim

    16 h 42, le 19 mars 2016

  • La guerre en Syrie, une erreur peut-être, mais parfaitement contrôlée...!Elle s'inscrit en effet parfaitement, dans le plan géostratégique régional élaboré par Israel en concertation avec ses alliés occidentaux pour substituer aux Etats-nations, une régionalisation fédéralisée de ses riverains. Tous les ingrédients décrits dans cet article ont été savemment concoctés pour amener la Syrie dans l'état ou elle est actuellement parvenue. Le régime alouite est un des ingrédients essentiels de ce triste destin...!

    Salim Dahdah

    15 h 16, le 19 mars 2016

  • hehehe la russie mes pauvres petits devaient rester jsuqu'a juin si ce n'etait pas plus !! mais il y a eu un divergence de vue entre assad et poutine qui celui ci lui a repondu direct par le commencement du retrait !! POUR NE PAS OUBLIER LES VRAIS TERRORISTES DAESH CEUX LA ON LES OUBLIE SI ON VEUT SUIVRE LA LOGIQUE DES RESISTENTS A 2 BALLES il faut arreter de prendre n'importe qui et de publier ses livres ... oui la russie a extrêmement bien jouer pour tourner les gains militaires en gain politique a fait d'une pierre plusieurs coups ... ET LA RAISON DU PEUPLE EST TJRS LA MEILLEURS MESSIEURS LES ECRIVAINS PENDANT LA REVLUTION FRANCAISE N'Y A T IL PAS EU DU TERRORISME EFFECTUER PAR LE PEUPLE SUR LES LOYALISTES?!?!?!?!?!?!??!?! C'EST EXACTEMENT LA MEME CHOSE QUAND LA PRESSION DEVIENT FORTE CA VOUS PETES A LA FIGURE et je suis pres a faire un pari avec ces analystes ... Assad quittera le pouvoir !!

    Bery tus

    14 h 15, le 19 mars 2016

  • NOUS DONNONS DES AVIS OU PLUTOT DES SUPPOSITIONS TOUS BASES SUR LES DEVELOPPEMENTS OU LA DONNE COMME ILS NOUS SONT SERVIS PAR LES MEDIAS... MAIS LES CHOSES SONT BEAUCOUP PLUS SERIEUSES... LE NOUVEAU MOYEN ORIENT DU LUNATIQUE, INSPIRE PAR KISS-INGER, SE FORME DEVANT NOS YEUX ET LES DEMEMBREMENTS VONT COMMENCER TRES TOT !!!

    L,EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    12 h 35, le 19 mars 2016

  • IMPRESSIONNANT ! Comment se fait il alors que ce que Charles Glass écrit aujourd'hui , avait été donné en avertissement par les résistants au complot hier , depuis 5 ans et quelques ? J'ai ri de toute mon âme quand j'ai lu cette phrase : Éric Chevallier, a quitté Damas le 6 mars 2012, il avait dit à des amis qu'il serait de retour lorsque le gouvernement post-Assad serait "installé" dans les prochains deux mois. hahahahaah ...d'autres disaient même 2 semaines ... sorry c'est pas rigolo par rapport au drame initié par le complot !

    FRIK-A-FRAK

    12 h 31, le 19 mars 2016

  • Encore un de ces "Orientalistes".... !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    09 h 46, le 19 mars 2016

  • Un peu trop télécommandé les trames de cet article ...bon.. un de plus...!

    M.V.

    09 h 11, le 19 mars 2016

  • ERREUR DE CALCUL PEUT-ETRE DANS LE NOMBRE DES MORTS... DES BLESSES ET DISPARUS... ET DES MIGRANTS ET SANS ABRI... QUAND A LA GUERRE ELLE-MEME ATTENDEZ LA FIN POUR POUVOIR Y VOIR CLAIR ET COMPRENDRE CE QUI FUT MANIGANCE ET POURQUOI... N,OUBLIEZ PAS L,ANNONCE DU LUNATIQUE POUR UN NOUVEAU MOYEN ORIENT... POINT D,ERREUR DE CALCUL... VOILA QUE LES GOUVERNEMENTS ET LES PEUPLES DE LA REGION EUX-MEMES EXECUTENT LES COMPLOTS QUI LES VISENT... SUNNITES ET CHIITES SONT SI HEUREUX DE S,ENTRETUER AU NOM CHACUN DE SON ALLAH ! PLUS D,HEBETUDE... DU JAMAIS VU !

    L,EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    08 h 39, le 19 mars 2016

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