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Liban - La Psychanalyse, Ni Ange Ni Démon

L’addiction est la maladie de la séparation avec la mère (suite et fin)

Tout au long des derniers articles, nous avons vu comment comprendre les addictions. Nous avons vu que l'addicté est une personne coincée dans son enfance, cherchant à se séparer d'une mère qui n'arrive pas à se séparer de lui. La mère est plus dépendante de son enfant que l'enfant ne l'est de la drogue. Il ne s'agit nullement de « charger » la mère, de la rendre responsable ou coupable de l'addiction de son enfant. Il s'agit de comprendre comment ça fonctionne entre la mère et l'enfant pour pouvoir donner quelques bons conseils, ajoutés aux différents traitements que l'on donne aujourd'hui pour soigner les addictions, que ce soit les traitements habituels ou les traitements de substitution (méthadone ou subutex) qui existent depuis plus de vingt ans maintenant.

Dans L'Orient-Le Jour du jeudi 18 février, dans cette même tribune, nous avons vu 18 morceaux de dialogues entre mères et enfants. Ces morceaux de dialogues témoignent d'un point commun : une dépendance de la mère à l'enfant. Cette dépendance de la mère, l'adulte addicté a cherché à s'en débarrasser dans l'enfance, sans y arriver. Comme tout enfant, il a cherché à construire un « objet transitionnel » lequel lui aurait permis cette séparation. Il n'y est pas arrivé de peur que sa mère « ne tombe en morceaux ». À l'âge adulte, l'addiction lui permet de rejouer sans cesse cette séparation, sans y arriver. Il construit en fait un « objet transitoire » comme l'appelle Joyce McDougall (L'Orient-Le Jour du 10 mars 2016). Cet objet transitoire, la drogue, ne lui permet ni de séparer de sa mère ni de se séparer de la drogue elle-même. La relation impossible se répète ainsi à l'infini.

L'exemple que nous allons voir nous permet de déconstruire cette relation en nous donnant quelques pistes pour la comprendre.
Un patient de plus de vingt ans, cocaïnomane sevré depuis 6 mois, venait me voir avec sa mère. Comme tous les mois, cette consultation avait pour but de compléter les autres consultations qu'il avait avec le psychiatre et le psychologue qui le suivaient régulièrement. Il entre dans le bureau dans un état d'exaspération extrême.
– « Dites lui Dr qu'elle cesse de me surveiller ainsi. »
– « Je ne le surveille pas. »
– « Dr cela fait 6 mois que je n'ai rien pris. »
– « Oui mais il peut reprendre n'importe quand. »
Je demande au jeune de me raconter ce qui s'était passé.
– « Je lui ai dit que je sortais hier soir avec mes amis, elle m'a demandé l'heure à laquelle je rentrais, je lui ai répondu à 2h00 du matin. »
– « Et alors ? » lui demandais-je.
– « Alors elle m'a appelé à 2h05. Je lui ai répondu gentiment de ne pas m'attendre et que j'étais avec des copains. »
– « Mais c'est avec ces mêmes copains qu'il consommait de la cocaïne Dr. »
– « Oui mais ce sont mes potes maman, et puis tu m'as rappelé à 2h10. »
– « C'est vrai mais j'ai voulu m'assurer que tu étais clean. »
– « Oui, mais mes copains se sont foutus de moi, revoilà ta mammy, ta mammy t'appelle de nouveau. »
– « Je ne vois pas pourquoi tes amis se sont moqués de toi ? »
– « Mais maman, tu appelles toutes les cinq minutes et je ne suis plus un enfant. »
– « Je ne t'ai plus rappelé. »
– « Oui, mais tu es venue me chercher à 2h15, ce qui est pire, je suis devenu la honte de mes amis... Dîtes lui Dr, si elle continue de me surveiller comme ça, je vais finir par en reprendre pour qu'elle me foute la paix. »

Cette phrase était tellement juste qu'on l'a accrochée à notre étage de psychiatrie comme exergue. Cette mère surveillait son fils. Cette surveillance, qui se matérialise dans certains cauchemars par un regard fixe, est insupportable pour l'enfant. Ce regard fixe, comme celui d'un masque, signifie à l'enfant qu'il est en faute, quoi qu'il ait fait. Le regard fixe de la surveillance est un regard « surmoïque », c'est celui des prisons dont parle Michel Foucault, celui des hôpitaux psychiatriques ou tout simplement celui des dortoirs. La parole de notre patient signifie qu'il ne supporte pas ce regard fait d'angoisse et de culpabilité, quitte à replonger dans la drogue pour que ce regard n'ait plus sa raison d'être. La mère qui dit surveiller son fils par angoisse est ainsi dépendante de son fils, particulièrement de son état de toxicomane. Sans le savoir, le fils le sait.

C'est de lui qu'est venue l'idée de l'accompagnement, et que cesse la surveillance. Comme un moniteur de marche en montagne qui laisse marcher devant lui le groupe des habitués, et qui doit prendre en charge un nouveau venu. Le danger des ravins est évident. S'il regarde en permanence son nouvel élève, l'élève finira par tomber. Par contre, si de temps en temps, par-dessus l'épaule, il regardait discrètement le nouveau venu, en lui faisant confiance, l'élève ne tombera pas. S'il ralentit, le moniteur ralentit aussi. Et s'il trébuche, le moniteur lui donne la main pour le relever.
L'accompagnement est la fonction des parents, des éducateurs, des enseignants et des soignants, il contribue à la bonne santé des enfants et des adolescents, et à une meilleure séparation.

 

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