Un jeune pasteur, le P. Wissam Maalouf, à l’ombre de son aîné, le patriarche Raï. Photo Émile Eid
La première réaction est l'étonnement. Quand et comment donc ce « couvent » d'Antélias à l'architecture high-tech et cet ordre religieux champignon qu'il abrite ont poussé ? Quel est le secret de la communauté « Mission de vie », de cette floraison de vocations religieuses officiellement apparue en 2000 ? Outre le « centre » d'Antélias niché au fond de la route menant aux anciennes carrières, le nouvel ordre dispose d'une autre « maison » à Adma où, pour la première fois au Liban, des soins palliatifs sont assurés aux patients incurables ou en phase terminale.
Le secret, il n'y en a pas d'autre que l'appel à vivre la vie évangélique dans sa pureté première. Une pureté qui se lit sur le visage des nombreux « frères » et « sœurs » qui sont là, et dont l'habit bleu ultramarin les fait ressembler à des travailleurs en salopette. Un appel qui, tout au long de l'histoire de l'Église, a retenti dans les milieux dits « laïcs » et a poussé des Antoine, des Ignace ou des François à embrasser la vie chrétienne à bras-le-corps, et réinventer la charité. Et là où l'Église hiérarchique a su accueillir ces appels et leur faire place dans sa pensée et ses structures, elle a toujours rajeuni.
Autre question brûlante : d'où vient l'argent ? L'argent vient tout simplement avec la confiance qu'inspire un tel désintéressement. Il vient de partout, et parfois très facilement. Il vient de donateurs particuliers, de municipalités, ou encore d'associations et de fondations locales et étrangères conscientes qu'on ne peut attendre, ni même espérer, que le déséquilibre économique structurel qui engendre la pauvreté soit corrigé, et qu'il faut donc agir sans tarder.
Aventure intérieure
Mission de vie, c'est à l'origine l'aventure intérieure vécue au sortir de la guerre par quelques laïcs, dont Wissam Maalouf et Élie Riachi (ordonnés prêtres depuis), quelques « frères » et « sœurs » tout aussi « laïcs » (au départ, avant de prendre leurs vœux). Le nouvel ordre comprend aujourd'hui plus d'une quarantaine de membres, sans compter une centaine de volontaires et de familles qui volètent autour de ce noyau.
Mission de vie, c'est aussi un élan qui a entraîné la création de deux autres « branches » – à Saint-Étienne (France) et au Caire – d'un ordre dont l'une des originalités est d'être une communauté mixte.
Accueil des malades et d'exclus, missions de rues à la recherche des épaves humaines et des paumés dormant sous les ponts sont les charismes premiers de Mission de vie. À la demande du patriarche maronite Béchara Raï, la communauté a décidé de voler au secours des réfugiés syriens et irakiens, et de familles libanaises vivant dans l'extrême pauvreté (moins de 2,40 dollars par jour). Le premier fruit de cet élan s'est concrétisé hier par la distribution de rations alimentaires, d'habits et de couvertures à plus de deux cents familles.
Cette distribution a valu à Mission de vie d'accueillir le patriarche Raï pour la première fois dans son bâtiment d'Antélias. Le chef de l'Église maronite, visiblement étonné de la croissance record de ce jeune ordre, y a célébré la messe, avant de remettre à chaque famille un chapelet et une rose blanche symboliques, et de visiter les différentes ailes de l'édifice.
La plus grande pauvreté
Dans le salon d'accueil, après la messe, le P. Wissam Maalouf va le dire brièvement : la plus grande pauvreté, ce n'est pas celle de ces familles persécutées et démunies qui ont fui la guerre, mais la cécité spirituelle qu'est « le formalisme » religieux, signe de l'absence d'une « foi vivante ».
Insistant sur le fait que « le dernier mot ne sera pas aux armes, à la terreur et l'oppression », le P. Wissam espère que l'Église maronite pourra aider, à travers Mission de vie, jusqu'à 900 familles.
Pour sa part, le patriarche, sans occulter le malheur d'un démantèlement systématique des institutions constitutionnelles, s'est félicité de ce nouveau fleuron que l'Église maronite ajoute à ses nombreux ordres et institutions. Il s'est dit assuré que son existence « est une réponse de la Providence aux fléaux des guerres » dont il s'insurge qu'elles soient « imposées aux peuples, qu'elles chassent de leur sol natal et dispersent sur les routes de ce monde (...) au profit des intérêts politiques, économiques et stratégiques des grands ».
Au nouvel ordre régional que cherchent à imposer les grands et moins grands de ce monde, le patriarche a opposé « les temps messianiques nouveaux » dont la lumière éclaire la route de l'Église. Une Église qui a fait de l'homme, « de tout homme et de tout l'homme », sa route.
« Le drame de la croix ne s'est pas achevé vendredi, mais dimanche. Le dernier mot sera au Seigneur de la vie et non aux seigneurs de ce monde », a martelé le patriarche.


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Bases du Salafisme et/ou Takfirisme fakkihîste : "Le secret, il n'y en a pas d'autre que l'appel à vivre la vie islamique dans sa pureté première. Une pureté qui se lit sur le visage des moult "frères et sœurs" qui sont là, et dont l'habit les fait ressembler à des comBattants. Un appel qui, tout au long de l'histoire de l'Islam, a retenti dans les milieux dits "laïcs" et a poussé des Mouhammad, des Mousstafa ou des Älî à embrasser la vie salafiste ou fakkihîste à bras-le-corps, et réinventer la zakâte. Et là où l'Islam a su accueillir ces appels et leur faire place dans sa pensée et ses structures, ça a toujours été une Cata, etc." !
10 h 16, le 17 mars 2016