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Nos lecteurs ont la parole - Adib Y. Tohmé

Intérêts bancaires

Qui s'en veut aux banques libanaises ? Au profit de qui ? Toute la théorie du complot se trouve exposée dans ces deux interrogations. Et pour corroborer le tout, on apporte des preuves, des dizaines de preuves : premièrement, FATCA, ou l'obligation faite aux banques libanaises de divulguer les comptes de leurs clients libanais détenant la nationalité américaine. Et si on impose la même obligation aux banques américaines! On s'indigne sur la souveraineté perdue, on brandit l'arme de la réciprocité. Vous voulez d'autres preuves ? Et bien vous êtes servis : FBAR, ou l'obligation faite aux Américains libanais détenant des comptes offshore de rapporter ces comptes et leur montant maximal au fisc américain. Une loi promulguée dans les années soixante-dix pour combattre la mafia et qui est réutilisée contre nous. Mais pour qui se prennent-ils ces Américains ?
Et puis c'est quoi cette nouvelle loi américaine sanctionnant les institutions financières qui traitent avec le Hezbollah ? Et le fait d'inscrire les noms de nos politiciens sur la liste de la SDN, les nationaux spécifiquement désignés, avec lesquels il est interdit de traiter, ni de leur ouvrir des comptes bancaires, ou sur celle du FinCEN, qui liste ceux suspectés d'activités terroristes et de blanchiment. Cette manie des listes, on ne la comprend pas. Depuis la liste de la banque al-Madina dans la moitié des années 2000, on n'en finit plus avec les listes. Si les listes ont été faites pour nous faire honte, ou pour nous intimider, elles ont lamentablement échoué. Chez nous, même la liste de toutes les listes ne nous effraie pas : les terroristes, s'ils sont pistonnés, écopent d'une peine maximale de trois ans, les corrupteurs tiennent les rênes du pouvoir et les blanchisseurs sont nos héros. Et si on préparait notre propre liste, celle des personnalités américaines interdites de traité avec les Libanais ! Là, vous avez compris que je déconne (en fait, je décorne depuis le début) et quand on commence à dire n'importe quoi, on va finir par déconner, c'est sûr.
Mais le complot, lui, ça ne déconne pas. Après FATCA et les Américains, c'est le monde qui se retourne contre nous. Il y a GATCA, l'échange automatique d'informations ou le CRS qui relèguent nos pauvres banques au rang de rapporteuses. Il faut rentrer dans le rang des pays qui rapportent les comptes de leurs propres clients aux autorités financières et bancaires des pays où ces derniers résident. Chez nous, on déteste les rapporteurs, surtout ceux qui le font par obligation et non par plaisir. Rapporter par plaisir, c'est raconter des potins et ça on adore. Rapporter par devoir n'est pas beau ni pour notre prestige ni pour notre secret bancaire, notre fierté nationale.
Mais ne pas se joindre au club des rapporteurs, c'est figurer sur une autre liste, la liste noire des pays non coopératifs. Et ça, ça sera catastrophique pour notre balance de paiement, c'est-à-dire les flux d'argent qui entrent et qui sortent de notre territoire. Notre réputation, on y tient, surtout qu'on n'a jamais fait défaut sur notre propre dette, une dette que nous nous sommes auto-octroyée. Mais qu'importe, la réputation c'est ce qui importe. Reste à faire le ménage dans notre système pour qu'il devienne conforme. Et ça, c'est une preuve supplémentaire de l'acharnement contre nous et nos banques. Que faire des actions aux porteurs, celles qui se négocient par simple transfert physique de la possession des certificats d'actions, que faire des procurations qui cachent de vrais transferts et des cessions antidatées, du droit d'information, de la non-information ou de la désinformation, que faire des espèces qui, au-delà de 15 000 dollars, doivent être déclarées. Vous vous imaginez 15 000 dollars ? Chez nous, on les déverse sur une bouteille de champagne ou une partie de poker, le comble.
Non, le comble, c'est ce que je vais avancer maintenant, même la nature conspire contre nos pauvres banquiers. Débarqués aux États-Unis, ils n'ont pas pu la faire jusqu'à Washington pour plaider leur cause à cause d'une tempête. Alors qu'au Liban les écoles étaient fermées en raison du mauvais temps, aux États-Unis c'est Washington qui était fermée pour la même raison. Demi-tour et place à la conclusion suprême, tenez-vous bien prêts, c'est vraiment grave ce que je vais annoncer : je prends un air d'indignation, les yeux grands ouverts, le regard fixe et je pose la question, lentement, solennellement, doucement : que veulent-ils, détruire le seul pan de l'économie libanaise qui se tient encore debout ? Sauf que nous n'avons rien compris. Et quand on ne comprend pas, il vaut mieux se taire et essayer d'apprendre, sauf à donner l'impression d'être un prétentieux débile ou d'un idiot éclairé, ce qui revient au même. On n'a pas compris que les temps ont changé et on se retrouve devant une innovation juridique qui menace de chambouler toutes nos professions, aussi bien bancaires que non bancaires. Cette innovation s'appelle la transparence et elle vient des États-Unis. Elle est peut-être tyrannique, abusive ou fausse, mais elle est là et on doit s'y conformer. Pour des gens qui se sont habitués à étaler les signes de leur richesse, mais à cacher leur vraie fortune, c'est un grand changement. Il faut s'y mettre, changer nos habitudes et notre modèle. La Suisse l'a fait en la payant au plus fort, mais elle n'a pas crié au complot. Sauf que la Suisse, elle, elle a une vraie économie. Nous pouvons le faire en tirant les enseignements de la mauvaise expérience des autres et regarder ce qui ne fonctionne pas chez nous.
Au lieu de jouer les victimes et tourner en rond, il faut jeter un regard global sur le processus de destruction-création qui s'est enclenché et prendre les devants. Il faut imaginer au lieu de subir, prendre une approche éthique sur toutes les réglementations qui foisonnent au lieu de faire le bazar et brandir la primauté de lois locales obsolètes et dont tout le monde s'en fiche. Il faut aussi comprendre que le secteur bancaire, quoique très important, n'est pas l'économie. Et la plus grande erreur qu'on puisse faire, c'est de ramener l'économie au secteur bancaire. On finit par créer une machine prédatrice qui se nourrit du cœur des hommes pour créer un système sans cœur dont la seule valeur est l'argent. Le secteur bancaire a pour mission de financer l'économie pour faciliter la création de la richesse. Celle-ci se reflète concrètement dans la création d'entreprises et d'opportunités de travail, et dans la création tout court, qui ne se résume pas à la création monétaire ou à la hausse du prix de l'immobilier, qui est son corollaire. Je voudrais noter ici que le fait que le montant des actifs cumulés des banques est quatre fois supérieur à la production nationale n'est pas un signe de bonne santé, au contraire, c'est le symptôme d'une maladie grave. Une obésité qui amène le sujet à absorber n'importe quoi pour y faire ressortir n'importe quoi. Combien de dettes privées sont basées sur des fiches de paie excessivement majorées et qui laissent l'emprunteur incapable d'honorer ses engagements au bout de la deuxième échéance ? Et combien de dettes publiques ne sont que des emprunts contractés pour payer les intérêts d'anciens emprunts déjà échus ? Cela s'appelle de la cavalerie financière et ce n'est pas génial, c'est tout simplement criminel. Et ça finit toujours dans l'inflation. Vaincre l'inflation, c'est la victoire divine prônée par nos gouvernants. Sauf qu'à notre niveau terrestre, c'est une débandade. Quand le prix d'un café américain dans un Starbucks dans le centre commercial ABC à Dbayé est deux fois supérieur à son prix dans un Starbucks situé sur l'avenue des Champs Élysées il n'est pas nécessaire d'être économiste pour comprendre que notre monnaie est surévaluée.
Il faut comprendre qu'il n'est pas normal ni viable pour un pays de dépenser la moitié de ses revenus pour payer les intérêts de ses dettes et l'autre moitié pour payer les salaires de ses fonctionnaires dont la moitié ne fonctionne pas. Dans ce contexte, il est tout à fait normal d'être en court de cash pour financer toutes les autres activités et de recevoir les déchets en pleine figure. Il faut comprendre que ce système est celui de l'exclusion et de la disparité sociale qui n'apporte aux jeunes que le choix entre l'inutilité, le chômage ou l'exil. Revenons à notre question : qui s'en veut aux banques. Je peux avancer en toute modestie : c'est la cupidité, l'aveuglement, l'arrogance, le goût de la luxure et la gourmandise des banquiers. Je pourrais ajouter que c'est le renoncement de l'État. C'est quand les intérêts bancaires sont préférés à ceux des citoyens.

Qui s'en veut aux banques libanaises ? Au profit de qui ? Toute la théorie du complot se trouve exposée dans ces deux interrogations. Et pour corroborer le tout, on apporte des preuves, des dizaines de preuves : premièrement, FATCA, ou l'obligation faite aux banques libanaises de divulguer les comptes de leurs clients libanais détenant la nationalité américaine. Et si on impose la même obligation aux banques américaines! On s'indigne sur la souveraineté perdue, on brandit l'arme de la réciprocité. Vous voulez d'autres preuves ? Et bien vous êtes servis : FBAR, ou l'obligation faite aux Américains libanais détenant des comptes offshore de rapporter ces comptes et leur montant maximal au fisc américain. Une loi promulguée dans les années soixante-dix pour combattre la mafia et qui est réutilisée contre nous. Mais pour...
commentaires (2)

YESSLAM TEMMAK Mr. Tohme! Vous avez dit dans un style percutant ce que ne fais que répéter a tout bout de champ depuis dix ans déjà, dans mes site web, mes blogs, mes pages sur Facebook et twitter, mes publications sur LinkedIn et dans les colonnes de ce journal. Mais je ne me suis pas contente de lancer le holà au sujet de la taille présente de la Dette et de sa croissance au cours des dernières 23 annees, j’ai représenté graphiquement le montant que cette dette est irrémédiablement tenue d’atteindre en 2031 si rien n’est entrepris pour lui mettre un terme. J’ai clairement démontré qu’en abaissant les taux d’intérêt de deux pour cent uniquement nous pourrions économiser durant les prochaines 15 annees la bagatelle de 114 milliards de dollars. A tous les dirigeants auxquels j’ai eu affaire dans le passe, je dis : « Prenez garde, mes amis, l’heure des hésitations et des atermoiements a passé. Des décisions ultimes doivent etre prises. Je ne vous demande pas de vous y engager en hâte. Convoquez les meilleurs économistes de ce pays, vous les connaissez, comme moi, et assurez leur qu’ils peuvent s’exprimer librement sans craintes de représailles. Demandez-leur de vous dire, en toute conscience, ce qu’ils estiment utile de faire dans les circonstances actuelles. Dites-leur que nous nous dirigeons vers une dette de $248 milliards en 2031 si rien n’est immédiatement entrepris, et demandez-leur ce qu’ils en pensent. Merci, et bonne chance pour le Liban.

George Sabat

18 h 16, le 16 mars 2016

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Commentaires (2)

  • YESSLAM TEMMAK Mr. Tohme! Vous avez dit dans un style percutant ce que ne fais que répéter a tout bout de champ depuis dix ans déjà, dans mes site web, mes blogs, mes pages sur Facebook et twitter, mes publications sur LinkedIn et dans les colonnes de ce journal. Mais je ne me suis pas contente de lancer le holà au sujet de la taille présente de la Dette et de sa croissance au cours des dernières 23 annees, j’ai représenté graphiquement le montant que cette dette est irrémédiablement tenue d’atteindre en 2031 si rien n’est entrepris pour lui mettre un terme. J’ai clairement démontré qu’en abaissant les taux d’intérêt de deux pour cent uniquement nous pourrions économiser durant les prochaines 15 annees la bagatelle de 114 milliards de dollars. A tous les dirigeants auxquels j’ai eu affaire dans le passe, je dis : « Prenez garde, mes amis, l’heure des hésitations et des atermoiements a passé. Des décisions ultimes doivent etre prises. Je ne vous demande pas de vous y engager en hâte. Convoquez les meilleurs économistes de ce pays, vous les connaissez, comme moi, et assurez leur qu’ils peuvent s’exprimer librement sans craintes de représailles. Demandez-leur de vous dire, en toute conscience, ce qu’ils estiment utile de faire dans les circonstances actuelles. Dites-leur que nous nous dirigeons vers une dette de $248 milliards en 2031 si rien n’est immédiatement entrepris, et demandez-leur ce qu’ils en pensent. Merci, et bonne chance pour le Liban.

    George Sabat

    18 h 16, le 16 mars 2016

  • CA C,EST PAS UNE ANALYSE... C,EST DE LA DIVAGATION.

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    09 h 28, le 16 mars 2016

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