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Moyen Orient et Monde

Les États-Unis vilipendés pour leur manque de leadership

Éclairage
OLJ/Nicolas REVISE/AFP
17/02/2016

Les États-Unis sont vilipendés pour leur manque de leadership face à l'intensification et l'internationalisation de la guerre en Syrie, incapables d'empêcher leur allié turc de bombarder les Kurdes syriens et encore moins de stopper le rouleau compresseur militaire russe.
Aux yeux de ses contempteurs, le président Barack Obama est coupable d'avoir refusé de s'impliquer massivement en Syrie en appliquant à la lettre ce pour quoi il avait été élu en 2008 : le retrait de l'Amérique des conflits du Moyen-Orient, après la catastrophe en Irak, afin de mieux « pivoter » vers l'Asie-Pacifique, la zone prioritaire de la diplomatie américaine.
La critique la plus amère contre Washington est venue encore hier de Paris, son « plus vieil allié », mais qui n'a jamais avalé que M. Obama renonce à l'été 2013, à la dernière minute, à frapper le régime du président Bachar el-Assad. L'ex-ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius a rappelé sur la radio Europe 1 qu'« en août 2013, Bachar a utilisé des armes chimiques et que le président Obama avait dit "s'il utilise des armes chimiques, ce sera une ligne rouge", et que la ligne rouge a été franchie sans qu'il y ait de réaction ». « Quand on écrira l'histoire, on s'apercevra que c'est un tournant, pas seulement dans la crise du Moyen-Orient, mais aussi pour l'Ukraine, la Crimée et pour le monde », a taclé l'ancien ministre qui avait déjà exprimé ses « regrets » face aux « ambiguïtés » et au manque d'« engagement très fort » des Américains en Syrie.
À Washington aussi, de plus en plus de voix d'experts s'élèvent contre des condamnations de pure forme de la diplomatie américaine : de fait, le département d'État s'est borné lundi à fustiger une nouvelle fois « la brutalité du régime Assad » et à mettre « en doute la volonté de la Russie à pouvoir l'arrêter ».

« Des historiens ouvriront nos archives »
« Des historiens ouvriront un jour nos archives et se demanderont ce que nous pensions pouvoir accomplir avec de telles déclarations », s'indignait hier, dans un tweet assassin, Jonathan Schanzer, de la Foundation for Defense of Democracies.
Mais l'administration américaine balaie ces critiques récurrentes. Washington vante sa coalition militaire de 65 pays qu'il pilote depuis 18 mois à coups de milliers de frappes contre le groupe État islamique (EI). Le secrétaire d'État John Kerry, grand sceptique de l'interventionnisme militaire et réputé pour son optimisme, mise depuis l'automne sur la diplomatie avec une vingtaine de puissances mondiales et régionales pour faire la paix en Syrie : un accord international a été conclu les 11-12 février à Munich pour une hypothétique « cessation des hostilités » cette semaine et l'ouverture de couloirs humanitaires.
Une trêve qui semble de plus en plus illusoire avec la montée en puissance de l'offensive russe dans le nord de la Syrie et l'entrée en jeu de la Turquie, auxquelles les États-Unis assistent impuissants. La conseillère à la Sécurité nationale du président Obama, Susan Rice, a réaffirmé les « condamnations dans les termes les plus forts » de bombardements, probablement russes, contre des hôpitaux dans la région d'Alep qui ont fait 50 morts selon l'Onu. Même indignation devant les frappes turques contre les Kurdes syriens qui enveniment les relations Ankara-Moscou et mettent à mal l'alliance turco-américaine.

« Faillite morale »
Il faut dire que Washington est maintenant dans une position des plus inconfortables. Il est en principe l'allié d'Ankara au sein de l'Otan et de la coalition antijihadiste, mais il soutient aussi les Unités de protection du peuple (YPG) kurdes, les milices du Parti de l'union démocratique (PYD) qui se battent contre l'EI. Les États-Unis sont aussi en principe les partenaires de la Russie pour une solution diplomatique et politique en Syrie, dont la récente illustration est l'accord munichois de jeudi dernier, sous l'impulsion de John Kerry et de son homologue russe Sergueï Lavrov. Mais pour le chercheur Joseph Bahout, de la Fondation Carnegie, qui se confiait à l'AFP jeudi juste avant l'accord de Munich, « il n'y a rien à attendre des Américains (...) C'est une partie qui n'a plus aucune crédibilité » au Moyen-Orient.
Et dans une tribune au vitriol de la Brookings Institution, les experts Michael Ignatieff et Leon Wieseltier « proclament la faillite morale de la politique américaine et occidentale en Syrie ». Pour eux, « l'inaction occidentale » est le résultat « de cinq années d'appels vides à ce qu'Assad s'en aille, de la décision sans enthousiasme d'armer des rebelles, d'avoir laissé franchir la ligne rouge sur les armes chimiques et de ne pas partager avec l'Europe le fardeau des réfugiés ».

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LA CONNIVENCE ÉCLATE À L'OEIL ! LES U.S. ONT ORGANISÉ, ENTRAÎNÉ... ET ONT DES CONSEILLERS AUJOURD'HUI ENCORE AMÉRICAINS SUR LE SOL... LES KURDES SYRIENS. CES DERNIERS ONT L'APPUI DE LA RUSSIE... Où ILS ONT OUVERT UNE REPRÉSENTATION... ET DU RÉGIME SYRIEN. CELA DIT TOUT ! MAIS... QUELS SONT LES ACCORDS DE CETTE CONNIVENCE S'ILS NE SE CONFORMENT PAS À GENÈVE 1 ET AUX DÉCISIONS DE L'ONU ? EST-CE LE DÉMEMBREMENT DE LA SYRIE QUI SERA SUIVI D'UNE MULTITUDE D'AUTRES DÉMEMREMENTS RÉGIONAUX ? Y EUT-IL UN YALTA SECRET ENTRE LES DEUX GRANDS ? LE PROCHE AVENIR LE RÉVÈLERA... L'ATTITUDE DES DEUX GRANDS QUI... TOUS LES JOURS APRÈS LES RÉUNIONS DE KERRY ET DE LAVROV ET LES DISCUSSIONS TELEPHONIQUES OBAMA/POUTINE... DÉCLARENT QUE LES U.S. ET LA RUSSIE SONT D'ACCORD SUR LE DOSSIER SYRIEN... ET LE RUSSE CONTINUE SON ACHARNEMENT... LE MOINS QU'ON PUISSE DIRE C'EST QU'IL Y A ACCORD ET CONNIVENCE !!!

Halim Abou Chacra

"Faillite morale de la politique américaine et occidentale en Syrie" ?? Merci, président Obama, pour votre lâcheté !!

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