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Diaspora

Quand les ponts entre le Brésil et le Liban sont faits d’hommes et d’histoires

Diaspora

La famille Menassa, comme tant d'autres familles libanaises, a émigré en partie au Brésil. Sa particularité, c'est que plusieurs de ses membres font le voyage entre les deux pays depuis plus de 130 ans, toutes générations confondues.

07/03/2016

À la fin du dix-neuvième siècle, la province – « moutasarrifiya » – autonome du Mont-Liban (1861-1915), une subdivision de l'Empire ottoman, a connu une période de renaissance culturelle et économique, comme elle a connu des difficultés, tant sur le plan politique, la population craignant un nouveau massacre comme celui de 1860 à cause de la politique turque, qu'au niveau économique, avec la croissance démographique et la crise de la sériciculture, entre 1880 et 1914, qui a entraîné un mouvement d'émigration considérable (un quart de la population) vers les Amériques.
Dans le cadre de ce mouvement migratoire de 1885, quatre frères de la famille Menassa – Yacoub, Mansour, Boutros et Boulos –, fils d'Ibrahim Hanna Menassa et Wardé Estephan, originaires de Ghosta, Kesrouan, ont pris la route de l'émigration en laissant leurs parents et une sœur, Mariam, à Ghosta.

 

Une pionnière libano-brésilienne en Amazonie
Le Brésil semblait une évidence : les frères avaient entendu parler des histoires d'un empereur du Brésil aux tropiques, Dom Pedro II, qui parlait l'arabe et qui avait passé par le Mont-Liban en 1876. De plus, les journaux arabes montraient que le Brésil était un pays d'opportunités. À l'époque (1885), le Brésil avait la « fièvre du caoutchouc » (1879-1912), un cycle très important pour l'histoire économique et sociale du Brésil qui intéressait tous ceux qui cherchaient la prospérité et l'espace de liberté.
Les quatre frères sont arrivés dans la grande forêt amazonienne, à Manaus, capitale de l'Amazonie, terre de l'exploitation du caoutchouc. Ils se sont adaptés à la région et ont travaillé dans le commerce général. Au bout de quelques années, ils ont réussi dans les affaires. Mansour s'est marié avec une Brésilienne, Henriqueta. De ce mariage sont nés quatre fils et une fille. Cette dernière, Maria, née en Amazonie, a marqué l'histoire de sa ville : elle a fait des études à Paris et, de retour à Manaus, est devenue une pionnière et une référence féminine dans la société amazonienne. Maria a épousé un Brésilien avec qui elle a eu onze enfants et... 34 petit-fils. Elle est décédée en 2000 à l'âge de 100 ans.
Quant à Yacoub, il s'est marié avec Wadigha Cecin, originaire de Tripoli. En 1903, ils ont décidé de retourner au Liban pour construire une maison à Ghosta et établir un commerce entre le Liban et le Brésil. C'est à cette époque qu'ils ont eu leurs trois premiers-nés, Youssef (1905), Rose (1907), Ibrahim (1909). Ils avaient décidé de rentrer au Brésil quand la Première Guerre mondiale a commencé et que les Ottomans ont bloqué les routes de montagne au Liban. Le couple Menassa est resté à Ghosta où il a eu deux autres enfants : Marie (1914) et Boutros (1916). Yacoub et Wadigha sont décédés respectivement en 1937 et 1964, sans avoir plus jamais quitté Ghosta.

 

« Colporteur » de la culture des deux pays
C'est leur fils Ibrahim qui a émigré en 1926 en Amazonie, où il a rétabli les liens familiaux entre les deux pays. Il a travaillé dans le commerce et l'immobilier et s'est marié, en 1936, avec une Brésilienne, Alicia Sanchez de Oliveira, dont il a eu deux filles : Adelaïde et Odette. Ibrahim a fait plusieurs fois le voyage entre le Brésil et le Liban et a lancé des affaires entre les deux pays. Il est décédé en Amazonie en 1980.
Contrairement à son frère Ibrahim, Boutros n'a pas émigré. Il a épousé Milia Estephan au Liban et a eu deux enfants : Jacques et Theresinia. Le lien de cette branche de la famille avec l'Amazonie est pourtant resté vivant grâce à la seconde génération. En effet, Jacques Menassa, né à Ghosta en 1956, diplômé en sciences politiques et administratives, a passé une année au Brésil en 1984. Passionné de photographie, surtout après avoir visité l'Amazonie, Jacques a pris des cours et a participé à des expositions au Liban. Il devait résider huit ans au Brésil dès 1990, sillonnant le pays avec sa caméra, notamment l'Amazonie dont il est tombé littéralement amoureux.
Jacques, avec sa caméra et à travers ses photos, a pu rapporter des images des indigènes, des forêts, des animaux, des traditions... En plus, il a donné des cours d'art photographique (1993-1997) au « Centro de arte Chaminé » à Manaus. Durant cette époque, il a participé à des projets divers, a organisé plusieurs expositions sur l'Amazonie et sur le Liban et a reçu plusieurs prix de concours de photos.
De retour au Liban en 1998, Jacques a rapporté dans sa valise une collection de plus de 40 000 photos professionnelles, non seulement de l'Amazonie, mais aussi de Rio de Janeiro et d'autres villes brésiliennes. En 1999, il a organisé au Liban une exposition de photos intitulée Amazonas. Ont suivi d'autres expositions, conférences et articles dans les journaux libanais et brésiliens, des interviews à la télé, etc. Jacques est devenu « colporteur » de la culture photographique libano-brésilienne, parce qu'à travers ses photos, il a divulgué les couleurs et la beauté de la nature et des peuples des deux pays.
Étant donné les liens étroits qui unissent la famille Menassa, et d'autres familles de Ghosta, au Brésil, Jacques Menassa a demandé, en 2012, à la peintre ukrainienne Iryna Novytska, résidant au Liban, de peindre un tableau de la patronne du Brésil, Nossa Senhora Aparecida (N-D de l'Apparition). Ce tableau peut être aujourd'hui admiré en l'église N-D de la Délivrance, à Ghosta, église maronite de la famille Menassa, construite il y a plus de 300 ans.

 

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