La logique révolutionnaire veut qu'une révolte ait lieu lorsqu'un pays qui se dit une « République parlementaire », mais qui, effectivement, est sans président, et est régi par un Parlement autoprorogé, devient un amalgame d'ordures (au sens propre du terme) marinées dans un véritable chaos disciplinaire et sécuritaire.
Mais, non. Pas chez nous. Pas au Liban ! Certes, les Libanais sont fiers. Un peuple paon, haussant si haut le menton qu'il laisse l'air pollué de l'atmosphère libanaise pénétrer ses narines. Sauf que le paon, lui, assume son orgueil et le défend en déployant ses plumes majestueuses. Dans les circonstances actuelles, quels sont les atouts de la société libanaise qui valent d'être mis en lumière ?
Aveuglé par un luxe chimérique et si influencé par les plus développés des pays, le Libanais en oublie ses problèmes, sous le regard bienveillant de politiciens qui voient en lui la proie parfaite : « Importons-leur les toutes nouvelles technologies. Bombardons leurs autoroutes de voitures de marque et laissons ce peuple naïf rêver d'un développement fictif. » Le fossé est grand entre le vrai luxe et celui commercialisé par les mafias sociales libanaises. Le luxe ne consiste pas à se promener dans des ruelles éclairées par les lustres des magasins haut de gamme, ni à payer 10 dollars la tasse de café. Le luxe, le vrai, loin des convictions de nombreux Libanais, réside dans un système de soins plus adapté à la vie moderne. Un système de soins selon lequel médecins, pharmaciens et patients seraient sur un pied d'égalité, où la Sécurité sociale aiderait davantage le peuple, où on aurait le droit de se soigner sans devoir payer des sommes énormes aux compagnies d'assurance. Le luxe, c'est de pouvoir mettre ses enfants dans des écoles publiques en ayant la conscience tranquille, sans penser constamment aux problèmes pédagogiques et sanitaires de ces établissements. C'est concrètement vivre sainement sur le plan physique et moral.
Mais une « zen attitude » du Libanais n'est pas rentable à ce qu'il paraît. Voici le vrai moteur de l'activité politique dans ce pseudopays : pousser le peuple dans ses derniers retranchements au point où il se contentera des apparences luxueuses au détriment du vrai luxe qui est celui de vivre paisiblement.
J'en ai marre. Cette inlassable envie de quitter ce pays pourri me ronge l'esprit. Pourquoi devoir rester au Liban ? Il n'y aura pas de chute littéraire étonnante où j'énumérerai les bienfaits de vivre ici car je ne trouve pas d'arguments solides auxquels je pourrais m'attacher. Je n'ai que 19 ans et je me projette dix ans dans le futur : aucune idée ne me vient à l'esprit.
Je n'ai plus d'aspirations. J'ai peur. Voilà, c'est dit. J'ai peur. Peur de me promener dans la rue après ce qui s'est passé récemment, avec Marcelino Zamata, jeune Libanais de 26 ans assassiné en pleine rue à Achrafieh. Peur de réclamer mes droits les plus fondamentaux suite aux arrestations aléatoires et brutales lors des manifestations de l'été passé, quand de jeunes manifestants ont été poursuivis pour avoir voulu, pacifiquement, éradiquer la corruption flagrante au sein de l'État libanais. Peur de manger et de boire à cause du risque accru d'empoisonnement à cause de la passivité du gouvernement face aux ordures qui nous submergent depuis bien plus de temps qu'il ne le fallait. Peur de respirer cet air pollué.
Bon sang ! On a même fait sortir de prison un terroriste qui planifiait d'exécuter des attentats dans le pays ! Cette nonchalance politique me donne des frissons. Nous sommes arrivés au point où la corruption est en osmose avec une insolence qui m'abasourdit. Je me sens tellement impuissant alors que je témoigne chaque jour de fraudes et de crimes impunis. Il est grand temps que nous reposions les pieds sur terre et que nous réfléchissions à des solutions pour conserver notre patrie. Sinon, quittons-la !
D'une main qui tremble, je m'adresse à toi désormais, peuple paon : redresse tes plumes colorées et rappelle-toi que tu n'es qu'une cible de choix facile pour des prédateurs sans pitié. Des manipulateurs hors norme, n'adulant qu'argent et pouvoir. Ce n'est que main dans la main que nous arriverons à briser l'emprise de ces narcissiques. Il est grand temps de choisir un futur meilleur. Il est temps de réclamer une vie sereine, saine et zen. Nous ne sommes que des pantins entre les mains de personnes qui se croient toutes-puissantes. Mais la vérité, c'est qu'elles puisent leur pouvoir de nos faiblesses. Chaque fois qu'un Libanais appartenant à tel ou tel parti politique éduque ses enfants dans la haine d'autrui, nous perdons un potentiel combattant dans notre lutte pour une vie meilleure.
Rif KLAIMI


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve
Hélas mille fois hélas mais votre analyse est des plus réaliste, et je vois que malgré votre jeune âge vous avez compris plus que nos brillants dirigeants Libanais
09 h 37, le 07 mars 2016