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Nos lecteurs ont la parole - Maria Homsy

Avide à vie

À chaque fois que je quitte la maison pour me promener ou me rendre n'importe où, j'aperçois des files de voitures à n'en plus finir, garées les unes sur les autres dans toutes les rues avoisinantes. Aussi vrai qu'il est de dire qu'elles sont essentielles comme mode de transport, quand le nombre de véhicules égale presque le nombre d'habitants dans un pays, il n'est plus nécessaire de pointer qu'il y a un véritable problème.
Si ce n'est les embouteillages incessants dont se plaignent les Libanais, c'est probablement le manque de places de parking à disposition des conducteurs, constamment à bout de nerfs, et le nombre croissant de ces agaçants valets postés partout dans le pays ; trop de voitures et pas assez d'espace pour toutes. On pourrait rétorquer que nous habitons un petit pays, ou que la majorité de la population se trouve souvent à Beyrouth, rendant l'exercice de garer sa voiture encore plus difficile. Vrai, tout cela est véridique. Cependant, même si l'on voudrait tous mettre la faute sur l'espace pourvu dans la capitale, la culpabilité est en grande partie à partager avec l'avidité du peuple. Dans la plupart des pays – disons « développés » –, chaque famille possède une ou 2 voitures. Au Liban, pays apparemment croulant sous l'or, chaque membre d'une famille en a une ou deux. Vous voyez où je veux en venir ?
Et ces voitures sont en majorité neuves, tout juste sorties de l'usine ; pas de véhicule de seconde main pour enseigner aux jeunes la valeur de l'argent ou du labeur récompensé par une solution motorisée, maman et papa ne veulent que le meilleur pour leur enfant chéri. Tu veux une Ferrari mon poussin ? Mais bien sûr mon amour, tu n'as qu'à demander !
Peut-être la négligence dont nous avons fait preuve dans ton éducation en te laissant avec la nourrice ou la femme de ménage ne sera que de vagues souvenirs l'instant où ton postérieur glissera sur les sièges en cuir nickel de cette Maserati. Crise de la cinquantaine ? Allons pour une Porsche, même s'il y a trop d'embouteillage, et le moteur méticuleusement assemblé pleurera du manque d'exercice adéquat ; en fin de con (un « en fin de compte » plus approprié), une voiture est avant tout un régal pour les yeux, une histoire de prestige ! Tu veux garder ta jeune femme ?
Offre-lui une voiture pour Noël, plus elle est grande, mieux c'est, car rouler sur des piétons en BMW X6 a plus d'impact que simplement les cogner en Renault Mégane. La cupidité n'est pas que pour les Arabes, avec leurs toilettes en or et leurs pantoufles incrustées de diamants ; cuisiner habillées en Chanel est une activité quotidienne ordinaire ici au Liban, être jugés selon la marque de nos lunettes de soleil ou la taille de son écran LCD est normal et coutumier, « tes yeux ne te font pas mal avec ce petit 52 inch ?
Il est nécessaire de pointer que nous avons une culture sous-jacente d'avidité et de gourmandise, poussant le peuple mégalomane à constamment vouloir plus et être convaincu que c'est tout à fait raisonnable de vivre ainsi. Certains semblent croire qu'il est de rigueur de vouloir toujours plus, d'être aussi ambitieux dans ses achats que dans sa carrière et de ne jamais être satisfait ; un homme satisfait est un homme faible, mon fils !
Prenons les diverses expressions libanaises répétées à tort et à travers par tout un chacun, le « sahtein » qui invoque deux santés pas une, au lieu de l'habituel « bon appétit » français ; le « yaatik alef aafieh » en en demandant mille cette fois-ci quand on aperçoit une personne en plein travail, et mon préféré « kattir kheir Allah » réitéré à tout bout de champ à qui veut bien entendre, demandant l'accroissement des dons de Dieu. Plus, toujours plus. Notre culture verbale semble promouvoir la gourmandise et l'avidité, encourage même leur présence avec ce jargon, qui, une fois traduit, paraît dans toute sa vérité ridicule. Le pire, c'est que le peuple ne semble pas vouloir changer quoi que ce soit ; les Libanais sont experts quand il s'agit de confort personnel, et changer d'habitudes aussi inhérentes à la culture moderne est apparemment vu au Liban comme complètement contre-productif : « Comment vais-je monter à Faraya sans ma Escalade ? »

Maria HOMSY

À chaque fois que je quitte la maison pour me promener ou me rendre n'importe où, j'aperçois des files de voitures à n'en plus finir, garées les unes sur les autres dans toutes les rues avoisinantes. Aussi vrai qu'il est de dire qu'elles sont essentielles comme mode de transport, quand le nombre de véhicules égale presque le nombre d'habitants dans un pays, il n'est plus nécessaire de pointer qu'il y a un véritable problème.Si ce n'est les embouteillages incessants dont se plaignent les Libanais, c'est probablement le manque de places de parking à disposition des conducteurs, constamment à bout de nerfs, et le nombre croissant de ces agaçants valets postés partout dans le pays ; trop de voitures et pas assez d'espace pour toutes. On pourrait rétorquer que nous habitons un petit pays, ou que la majorité de la population se...
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Jadis on disait : "Un paysan satisfait est un sultan caché". Ces temps-là sont révolus. Dans ma jeunesse dans les années 1940, le fils de nos voisins âgé de 17 ans portait une cravate Lanvin avec un short et des sandales sans chaussettes. La "kanfachi" n'a jamais été un défaut chez certains au Liban.

Annie

15 h 56, le 03 mars 2016

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Commentaires (1)

  • Jadis on disait : "Un paysan satisfait est un sultan caché". Ces temps-là sont révolus. Dans ma jeunesse dans les années 1940, le fils de nos voisins âgé de 17 ans portait une cravate Lanvin avec un short et des sandales sans chaussettes. La "kanfachi" n'a jamais été un défaut chez certains au Liban.

    Annie

    15 h 56, le 03 mars 2016

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