The Revenant, The Hateful Eight , Jane Got A Gun : le western fait un retour en force dans les salles obscures, et deux films de ce genre fondateur du cinéma américain sont en lice pour les oscars. Et « quand des studios comme Fox, pour The Revenant, ou Weinstein, pour Les huit salopards, sortent des westerns à gros budget, on peut parler de renouveau », estime Jeff Bock, de la société spécialisée dans le box-office Exhibitor Relations.
Le western est revisité depuis quelques années par les plus grands réalisateurs : True Grit des frères Coen ; There Will Be Blood de Paul Thomas Anderson ; Django Unchained de Quentin Tarantino, ou Le secret de Brokeback Mountain, d'Ang Lee. Ce genre aux dizaines de sous-catégories se fonde sur des codes que chacun réinterprète, comme l'époque de la ruée vers l'or et de la conquête de l'Ouest, les grands espaces, les cow-boys et les Indiens, ou encore la loi du plus fort.
Antihéros
Les westerns contemporains « ne sont pas dans la célébration », mais dans la critique, remarque Robert Thompson, professeur de culture populaire à l'Université de Syracuse.
Des films comme The Revenant, en tête de la course aux oscars avec 12 nominations, ou Les huit salopards (3 nominations) « parlent d'individus solitaires qui cherchent à se venger ou à tirer un profit personnel dans une civilisation en déroute, alors que les classiques parlaient de bâtir une communauté », poursuit Dana Polan.
Si les références du genre comme John Wayne, Clint Eastwood et Charles Bronson mettaient en scène des archétypes d'hommes invincibles, ceux d'aujourd'hui sont surtout peuplés d'antihéros. Une tendance qui a débuté avec le vent de contestation de la fin des années 1960, et la montée du féminisme, qui ont soudainement fait pâlir l'aura des cow-boys machos.
Révisionnisme
Une nouvelle conscience politique et un changement de regard sur l'histoire américaine, notamment sur le sort des Amérindiens décimés et déportés sur les fondations du pays, ont également donné naissance à toute une série de « westerns révisionnistes » à partir des années 1970, où l'on inverse les bons et les méchants traditionnels, comme Little Big Man d'Arthur Penn ou Danse avec les loups de Kevin Costner.
Le nombre de films produits aujourd'hui est certes loin d'atteindre celui de l'âge d'or du genre, entre les années 1940 et 1960 : il y avait alors 140 westerns par an, contre 140 par décennie aujourd'hui, mais le western draine encore un public enthousiaste multi-générationnel qui n'a pas forcément grandi en regardant Les mystères de l'Ouest.
Véronique DUPONT/AFP

