Liban

Fiers et solidaires

Tribune
Karim DAHER | OLJ
22/02/2016

La « brève » est tombée comme un cataclysme pour certains quand bien même d'autres s'y attendaient : « L'Arabie saoudite interrompt sine die son aide de 3 à 4 milliards de dollars américains à l'armée libanaise et aux forces de sécurité intérieure afin, dit-elle, de réévaluer ses rapports avec le Liban. »
Surprenant ou plutôt prévisible ? Injuste ou totalement fondé ? Définitif ou momentané, lié à des conditions impossibles ? Loin de nous les débats stériles et les surenchères partisanes qui ne peuvent que nous entraîner dans une spirale destructrice et fragiliser nos forces armées en les rendant encore plus vulnérables aux dangers terroristes et clivages internes. Néanmoins, force est de rappeler qu'en démocratie, le blanc et le noir se marient souvent et se tolèrent toujours... Ils se substituent l'un à l'autre dans un mouvement rotatif garant des libertés et des fiertés. Voltaire ne disait-il pas en prélude à l'ère révolutionnaire : « Je ne partage pas vos idées mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous puissiez les exprimer. » Peut-être bien, mais ceci date d'un autre temps et ne peut se comprendre ou se vouloir dans notre monde proche-oriental régressif et décadent.
Ne pas réagir et faire comme si tout nous était égal ou étranger n'est pas non plus une solution digne et acceptable. N'ayant rien demandé au départ, on ne pouvait que se sentir blessé dans son amour-propre !
L'heure est donc au sursaut national et à l'action citoyenne. Que faire pour parer au plus urgent et marquer sa solidarité avec la troupe ? Le Libanais a toujours montré par-delà les siècles qu'il savait rester fier et trouver la parade sans gémir ni quémander. Mais le temps presse et la menace pèse... L'expérience des immondices est toujours de mise pour nous rappeler que les faux débats et les mauvais départs ne peuvent que nous enliser dans la crise et envenimer une situation au demeurant déjà fort empoisonnée...
Idéalement, la logique voudrait qu'une pression populaire pousse les députés prorogés à tenir dans l'urgence une nouvelle séance parlementaire « de nécessité », à l'image de celles tenues en novembre sous pression étrangère. Son but serait de voter en un seul volet lois de règlements et budgets octroyant les crédits nécessaires par des lois-programmes financées par des coupes budgétaires dans les postes « clientélistes » et de nouvelles ressources puisées là où l'injustice et l'iniquité fiscales sont les plus présentes. Sinon et en cas d'enlisement dans la diatribe byzantine du « collège électoral », insister et peser pour obtenir une avance de trésorerie règlementaire et urgente ou tout autre crédit légal permettant de vaquer aux besoins de défense et de sécurité les plus urgents.
Mais encore et à défaut ?
Et c'est d'ailleurs toujours par défaut... en toute objectivité et partant du postulat que l'armée libanaise constitue encore à ce jour la seule cause fédératrice faisant l'unanimité des suffrages chez les Libanais de toutes franges et de toutes tendances, il devient évident que l'engagement parallèle et réciproque des fils de la nation pour la soutenir devient un enjeu de taille. Une action spontanée et symbolique au départ puis concertée et soutenue au fil des événements voudrait qu'il y ait un appel de fonds public (crowd funding), relayé par médias et réseaux sociaux interposés (comme c'est d'ailleurs le cas pour de nombreuses causes humanitaires isolées), à l'effet de montrer que chaque valeureux posté aux frontières est soutenu par une chaîne de solidarité regroupant ses pairs citoyens, qui, à défaut d'être présents avec lui dans les tranchées humides, ne l'oublient pas et lui assurent soutien, logistique et gratitude. L'union nationale serait dès lors réalisée et gravée dans la pierre de nos plaines et de nos montagnes où aucun vent de folie ne pourrait plus l'effacer. Bien entendu, les moins sceptiques argueront de l'énormité de la tâche et de la difficulté de sa mise en œuvre règlementaire pratique. Mais c'est oublier, d'une part, que l'objectif premier d'une telle démarche est de délivrer un message symbolique fort et utile, et, d'autre part, que les précédents en la matière et les alternatives possibles ne manquent pas.
De toute évidence et en dépit de l'engouement espéré, les milliards ne seront jamais atteints, peut-être tout au plus quelques millions, voire des centaines de milliers ou des milliers qui suffiraient pour redonner espoir, montrer l'exemple et réveiller un semblant d'orgueil et de nationalisme. De grâce, continuez de croire que tout est possible et que les seules limites sont celles que vous vous donnez. Ne brisez point la chaîne !

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

UNE GAFFE MAGISTRALE DE L,ARABIE SAOUDITE !!! ELLE VIENT D,OUVRIR LARGEMENT LA VOIE A L,IRAN... ET QU,EN DIRAIT CHACUN SI L,IRAN VENAIT PROPOSER CES QUATRE MILLIARDS DE DOLLARS D,AIDE AU LIBAN ?

Lebinlon

article admirable et qui vient visiblement du cœur.
Toutefois, ce n'est plus une question de cœur mais bien de constituantes économiques.Je m'explique:
la dernière décision des Saoudiens est loin d’être un acte isolé et encore moins un mouvement d'humeur, il y'a qques semaines, les saoudiens ont suspendu les activité d'une banque Saoudienne au Liban. Pire, depuis presque un an, des particuliers Saoudiens essaient de vendre leurs bien-fond immobiliers. notamment a Beyrouth et au Metn.
la décision brutale de suspendre l'aide a l’armée vient en continuation logique de cette nouvelle orientation.
Mais IL PEUT Y AVOIR BIEN PIRE : les dépôts a la banque du Liban qui garantissent la stabilité monétaire par exemple, et qui accessoirement permettent a un gouvernement irresponsable d'emprunter sans compter.
il y'a aussi les centaines de milliers de Libanais expatriés dans le Golf, terrible épée de Damoclès sur notre cycle économique et note système sociale.
Si les Saoudiens allaient au bout de leurs logique et décidaient d'utiliser ces armes, l'interruption de l'aide militaires serait une moindre calamité...
je pense que la solution consiste a tenter de se re-aligner pour éviter ce qui vient. Et si c'est impossible, quitter le gouvernement et fragmenter la décision politiques. beaucoup trop de choses sont en jeux.

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