Achraf Rifi a invité les Libanais à signer une pétition en ligne afin de traduire Michel Samaha devant la CPI.
Le ministre de la Justice, Achraf Rifi, a affirmé vendredi vouloir traduire l'ancien ministre Michel Samaha devant la justice canadienne et la Cour pénale internationale.
M. Samaha est actuellement jugé par la Cour de cassation militaire au Liban. Il a été libéré sous caution le 14 janvier dernier par cette instance après avoir purgé une peine de 4 ans et demi de prison (trois ans et demi de facto), pour avoir transporté des explosifs qui lui avaient été remis en Syrie, en vue de perpétrer des attentats au Liban, en 2012. Son procès a repris le 21 janvier. Cette relaxe a été largement critiquée, notamment dans les rangs de l'alliance du 14 Mars. Entendu à nouveau jeudi par le tribunal militaire, Michel Samaha a souffert d'un malaise. Son audience reprendra le 23 février.
« Comment pardonner à quelqu'un qui était en collusion avec la Syrie et qui a planifié d'assassiner des personnalités politiques et religieuses (NDLR : libanaises) afin de satisfaire les demandes de ses maîtres à l'étranger ? (...) » s'est interrogé M. Rifi lors d'une conférence de presse. « Comment pardonner à celui qui a cherché à saper la coexistence ?
Et, surtout, comment certains osent défendre celui qui a décidé de comploter contre son propre pays ? » s'est encore demandé le ministre de la Justice.
M. Rifi a rappelé que c'est lui – lorsqu'il était directeur des Forces de sécurité intérieure –, conjointement avec le chef des services des renseignements des FSI, Wissam el-Hassan (assassiné en octobre 2012), qui ont pris la décision d'arrêter M. Samaha, et ce tout en étant « conscients que nous allions être appelés à faire face au régime syrien qui l'avait envoyé. Wissam el-Hassan savait pertinemment que le prix à payer allait être élevé ». Il a tenu à souligner que le complot ourdi contre le Liban-Nord avait été précédé d'une campagne « mensongère » sur l'existence d'une base relevant d'el-Qaëda dans le Akkar.
« Des partisans du régime syrien se sont mis à distribuer des tracts aux portes des églises dans le Akkar, pour saboter la visite du patriarche Béchara Raï dans la région. La conspiration de M. Samaha est survenue dans un contexte criminel, à savoir la série noire des attentats, qui a débuté avec l'assassinat de Rafic Hariri », a-t-il dit.
Les « criminels de guerre »...
Et le ministre de poursuivre : « Après cette mascarade qu'a été le jugement de Michel Samaha, la justice doit prendre son cours (...) car ses crimes sont aussi graves que l'assassinat. Nous n'allons pas ménager nos efforts afin d'obtenir justice », a-t-il ajouté.
« En raison des obstacles et blocages, je me vois dans l'obligation de recourir à la Cour pénale internationale (CPI) », a ensuite affirmé le ministre de la Justice. Il a expliqué que « la CPI est compétente en matière de crimes contre l'humanité et crimes de guerre. Or planifier des meurtres au milieu des populations équivaut à un crime de guerre. C'est exactement ce que comptait faire M. Samaha (...). Nous allons étudier les procédures nécessaires afin que la CPI puisse se saisir de l'affaire ».
Anticipant les critiques, le ministre a souligné : « À ceux qui affirment que Michel Samaha est actuellement jugé par les autorités libanaises, nous leur disons que cela n'empêche pas, pour plusieurs raisons, la CPI de se saisir de l'affaire. » Il a également rappelé que M. Samaha n'a jusque-là pas été innocenté par la justice militaire libanaise, mais a bien au contraire été condamné par celle-ci. Achraf Rifi a aussi invité les Libanais à signer une pétition en ligne afin de traduire M. Samaha devant la CPI.
Il a par ailleurs appelé la justice canadienne à se saisir du dossier Samaha. Il a rappelé, photocopie à l'appui, que Michel Samaha est détenteur de la nationalité canadienne. Il a également affirmé que « le Canada, membre du Conseil de sécurité, poursuit les criminels de guerre et ceux qui ont commis des crimes contre l'humanité. (...) La justice canadienne n'acceptera sûrement pas qu'un de ses citoyens échappe à la sanction, notamment lorsque celui-ci est coupable de crimes de guerre ».


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13 h 37, le 20 février 2016