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Nos lecteurs ont la parole - Anthony Darmo

Reviendras-tu ?

Voilà combien de jours, voilà combien de nuits. Voilà combien de temps que tu es reparti! Depuis combien de temps suis-je parti, trop longtemps sans doute, pourtant je n'ai cessé chaque jour de penser à toi mon cher pays, de penser à vous ma chère famille, mes frères, mes amis. Par procuration, j'ai vécu tous les drames qui se sont succédé depuis mon départ un soir de décembre où, une dernière fois, j'ai foulé cette terre tant aimée avant qu'un oiseau blanc me fasse disparaître et m'éloigne pour longtemps de l'aéroport international de Beyrouth.
Pas une semaine, pas une conversation, sans que l'un d'entre vous ne me pose cette question tant redoutée : dis, quand reviendras-tu ?
Bientôt, dis-je, sans conviction à chaque fois. Même si l'envie de vous revoir, de partager un bon repas ou tout simplement de flâner dans les rues de ma ville, les villages de mon insouciance, m'oppresse terriblement, pourquoi devrais-je revenir dans ce pays, mon pays ?
Quelle perspective s'ouvre à moi ici ?
Quand on analyse la situation locale de l'extérieur, il faut avoir le cœur bien accroché ou ne pas avoir l'opportunité de fuir pour rester au Liban car, cessons de se voiler la face, franchement, rester vivre au pays du Cèdre relève du sacerdoce! Depuis que je suis né (1971) et puis après (1975) quand j'ai été en âge de comprendre qu'il se passait un truc bizarre au Liban, pas un jour sans que soit contrarié le quotidien des Libanais qui ne cessent de subir le jeu nauséabond des chaises musicales à la sauce levantine...
Vivre au Liban, c'est accepter que, même à compétence égale, voire souvent même supérieure, c'est toujours celui qui aura le bras le plus long qui accédera au poste convoité, qui gagnera un procès dans lequel pourtant vous êtes en droit de faire valoir vos droits, sans parler de ceux qui se croient tout permis parce qu'ils sont affiliés à un parti politique et peu importe lequel. Du Liban, j'ai tout connu, le bruit des bombes, les avions ennemis violant notre beau ciel bleu, les check-point de l'armée libanaise, de l'armée syrienne, des milices, les couvre-feux, même les geôles de Roumieh n'ont plus de secret pour moi...
J'ai accepté les contraintes claniques de la guerre, celles des religions, le froid, la chaleur, la faim, ma ville détruite par notre folie, les morts, les attentats... Oui, tout cela je l'ai accepté. Cela ne m'a jamais empêché de revenir, de croire que l'on voulait de moi, que malgré les millions de problèmes qui sont le lot quotidien de tous les Libanais, j'avais encore un peu d'espoir qu'ils – les décideurs – nous aimaient un peu, pas trop mais un peu, comme on aime un vieux du village à qui jamais il ne nous viendrait l'idée de lui faire du mal. Mais là, nul doute ne peut subsister en moi, en nous. Il est évident qu'ils nous méprisent bien plus que nos ennemis les plus virulents, pour eux nous n'existons pas ou plus. Je ne sais plus comment nous pouvons nous définir par rapport à eux, ni comment eux nous perçoivent vraiment, si tant est qu'ils posent encore leurs yeux sur nous. Nous ne sommes rien, que de la chair à canon, des esclaves juste bon à remplir les caisses de l'État qu'ils se hâteront de vider à leur profit.
L'élection d'un président « consensuel » tant attendue ne changera rien, ne masquera pas leur avidité, n'effacera pas ces semaines de dégoûts où notre ville, nos quartiers se sont transformés en dépotoir à ciel ouvert à la face du monde, sans que cela ne fasse réagir nos politiques de tout bord, qui, de toute évidences, n'ont que mépris pour nous. Cela je ne peux plus l'accepter, c'est l'humiliation de trop. Bientôt, de nouvelles expressions vont naître et rentrer dans l'inconscient populaire. Les gens diront par exemple « sale comme à Beyrouth », ou « sale comme une rue libanaise».
Pourquoi revenir sur une terre, ma terre, où l'on me déteste, où mon quotidien ne sera que problèmes et nausées. Vouloir redresser le pays? J'ai essayé dans les années 90, je n'ai eu que spoliation de mes biens, arnaques en tout genre, même la justice de mon cher Liban s'est comportée comme une organisation mafieuse. Je n'ai plus le courage de me battre pour mes utopies, ces gens-là, tels des vampires, m'ont vidé de mon énergie positive. Suis-je lâche ? Un peu peut-être mais comment se battre à armes égales quand, face à vous, des gens démoniaques emploient des méthodes peu légales pour parvenir à leurs fins.
Chers parents, chers amis, mon cher pays, je ne sais pas, je ne sais plus, parfois j'en arrive à me dire que c'est Dieu qui ne veut plus de moi dans ce pays de lait et de miel (sic).
À votre «dis, quand reviendras-tu?», je ne sais que répondre si ce n'est « un jour inchallah» ... Oui, mais quand? Dis, quand reviendras-tu? Le sais-tu que tout le temps qui passe ne se rattrape guère. Que tout le temps perdu, ne se rattrape plus.

Anthony DARMO

Voilà combien de jours, voilà combien de nuits. Voilà combien de temps que tu es reparti! Depuis combien de temps suis-je parti, trop longtemps sans doute, pourtant je n'ai cessé chaque jour de penser à toi mon cher pays, de penser à vous ma chère famille, mes frères, mes amis. Par procuration, j'ai vécu tous les drames qui se sont succédé depuis mon départ un soir de décembre où, une dernière fois, j'ai foulé cette terre tant aimée avant qu'un oiseau blanc me fasse disparaître et m'éloigne pour longtemps de l'aéroport international de Beyrouth.Pas une semaine, pas une conversation, sans que l'un d'entre vous ne me pose cette question tant redoutée : dis, quand reviendras-tu ?Bientôt, dis-je, sans conviction à chaque fois. Même si l'envie de vous revoir, de partager un bon repas ou tout simplement de flâner dans...
commentaires (1)

Quel désespoir face à un grand et véritable amour de cette terre! Ce pays du Cèdre n'a plus d'attrait pour un libanais si désespéré et si pessimiste! Mais M. Anthony Darmo n'a-t-il pas raison? Je trouve cette profonde description touchante jusqu'aux larmes! Malgré la triste situation que traverse ce cher pays, je souhaite tant que les jeunes puissent encore croire en un meilleur avenir au Liban, au moins à moyen terme! Puisse la nouvelle génération faire preuve de courage, de patience et d'assiduité afin de rendre au Liban ce qui est au Liban: la convivialité, la justice sociale et le respect de la pluralité de ses habitants!! Pourvu que mon rêve se réalise!!! Je ne voudrais pas manquer de féliciter M. Anthony Darmo pour son exposé, en espérant qu'un jour il sera capable de revenir au Liban où il fera bon vivre!!!

Zaarour Beatriz

13 h 53, le 03 février 2016

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  • Quel désespoir face à un grand et véritable amour de cette terre! Ce pays du Cèdre n'a plus d'attrait pour un libanais si désespéré et si pessimiste! Mais M. Anthony Darmo n'a-t-il pas raison? Je trouve cette profonde description touchante jusqu'aux larmes! Malgré la triste situation que traverse ce cher pays, je souhaite tant que les jeunes puissent encore croire en un meilleur avenir au Liban, au moins à moyen terme! Puisse la nouvelle génération faire preuve de courage, de patience et d'assiduité afin de rendre au Liban ce qui est au Liban: la convivialité, la justice sociale et le respect de la pluralité de ses habitants!! Pourvu que mon rêve se réalise!!! Je ne voudrais pas manquer de féliciter M. Anthony Darmo pour son exposé, en espérant qu'un jour il sera capable de revenir au Liban où il fera bon vivre!!!

    Zaarour Beatriz

    13 h 53, le 03 février 2016

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