La Banque du Japon, par son gouverneur Haruhiko Kuroda, a annoncé hier avoir adopté des taux directeurs négatifs. Yuya Shino/Reuters
La Banque du Japon a adopté hier, à la surprise générale, des taux directeurs négatifs, suivant la BCE dans son incursion dans ce territoire largement inexploré de la politique monétaire. Mais qu'attendent les banques centrales de cette mesure exceptionnelle ?
En juin 2014, la BCE est devenue la première grande banque centrale du monde à adopter des taux négatifs, emboîtant le pas à d'autres banques centrales de plus petite taille comme celle du Danemark ou de Suisse. Depuis, elle a à nouveau abaissé deux fois ce taux. « On est en pleine expérimentation de politique monétaire. (...) Les exemples récents ne sont pas suffisants pour avoir assez de recul », explique à l'AFP Christopher Dembik, économiste chez Saxo Banque.
Les taux négatifs sont une taxe ou une amende pour les banques qui parquent leur argent dans les coffres d'une banque centrale. Elles ne sont plus rémunérées, mais, à l'inverse, elles doivent payer pour ce privilège. L'idée est de décourager le stockage de liquidités et d'inciter les banques à les injecter dans l'économie, notamment en augmentant leurs crédits aux ménages et entreprises. Ceux-ci peuvent du coup dépenser plus et l'augmentation de la demande fait remonter les prix.
La Banque du Japon vient d'adopter un mécanisme similaire, mais avec un procédé un peu plus complexe, où « les taux négatifs ne s'appliquent qu'à une partie des liquidités », résume Johannes Gareis, économiste de Natixis. Pour M. Dembik, la Banque du Japon, qui effectue déjà des achats massifs d'actifs depuis 2001 sans grand effet, « a peu de marges de manœuvre et choisit les taux négatifs un peu par dépit. C'est une mesure de dernier ressort pour rassurer les marchés financiers et montrer qu'elle n'abandonne pas », détaille l'économiste. « On accorde suffisament de crédits aux entreprises et aux ménages japonais à l'heure actuelle, donc cette mesure n'a pas grand intérêt », ajoute-t-il.
Depuis l'entrée en vigueur en zone euro de cette amende, les masses d'argent déposées chaque jour par les banques auprès de la BCE ont un peu diminué, mais pas drastiquement. Les vannes du crédit se sont légèrement rouvertes ces derniers mois. Une évolution positive souvent pointée par le président de la BCE Mario Draghi, mais difficilement imputable aux seuls taux négatifs.
Ce sont surtout « les autres mesures » de la BCE, entre rachats massifs d'actifs de 60 milliards d'euros (65 milliards de dollars) par mois (le « QE ») et prêts géants aux banques, qui ont permis l'amélioration du crédit, constate M. Dembik. Avec « un résultat assez limité par rapport au dispositif très ambitieux mis en place ». Au final, « le taux de change a été le principal résultat » obtenu par la BCE, pointe M. Gareis, en soulignant la baisse immédiate de l'euro par rapport aux principales devises lors de l'annonce des taux négatifs. De quoi donner un coup de pouce bienvenu aux exportations des entreprises européennes. Le yen baisse lui aussi hier, après la décision de la Banque du Japon. Mais l'effet reste par nature temporaire.
Au final, le mérite des taux négatifs semble surtout d'avoir mis à bas l'idée que la politique monétaire était limitée par le taux zéro. Les craintes que les banques pénalisent leurs clients et que l'épargne reste sous les matelas ne se sont pour l'instant pas matérialisées. Reste maintenant à savoir « jusqu'où peut-on descendre pour qu'il n'y ait pas de répercussions sur les clients des banques ? » s'interroge M. Dembik.
(Source : AFP)

