«Veux-tu prendre cette femme pour épouse légitime et vivre avec elle selon la loi de Dieu ? » demande le prêtre
«Acceptes-tu de prendre cette femme comme épouse, le montant du douaire étant fixé à tant ? » dit l'imam.
À l'ère où l'on remarque dans le monde une grande ouverture sur la conception du mariage, que ce soit entre deux personnes d'un même sexe, ou entre deux personnes de religions différentes, au Liban, l'union de deux personnes de religions différentes reste matière à débat, dans la mesure où un mariage civil célébré sur le territoire libanais, entre deux personnes de religions distinctes, n'est pas reconnu, et est réprimé par le système religieux. Toute autre est la situation de personnes de confessions différentes qui se marient civilement à l'étranger. En effet, l'État reconnaît le mariage de ces personnes. Elles peuvent de ce fait bénéficier de tout ce dont les couples mariés jouissent. C'est alors qu'on constate que, pour contourner l'interdiction étatique de se marier civilement, des centaines de couples vont se marier à Chypre, leur destination favorite.
Le mariage civil au Liban reste un sujet épineux qui bouleverse le système confessionnel. 51% des Libanais se disent favorables au mariage civil, une fragile majorité qui aura du mal à bousculer le système confessionnel mis en place il y a 70 ans. Mariage, divorce et héritage étant du ressort exclusif des autorités religieuses. Ainsi, le Liban reconnaît les mariages civils étrangers, mais sur son territoire, seul le mariage religieux est possible. En effet, les religieux qualifient de traître et d'apostat tout sujet qui soutiendrait le mariage civil, et rejettent tout débat sur cette question. Bien que cette polémique soit montée jusqu'au sommet de l'État, aucun projet de loi n'autorise aux couples cette célébration alternative. Pourtant, cette option existe dans la Constitution libanaise sans qu'elle ne soit appliquée, en raison de l'intégrisme religieux qui écrase la démocratie. En outre, ces mêmes religieux prêchent la liberté et l'institutionnalisation de la loi, mais leurs actes, au contraire, relèvent de l'ère glaciaire et s'avèrent opposés à la loi.
On est dès lors à se demander si ce n'est pas le temps de l'apostasie. Comment un pays qui se considère comme relativement libéral permet à la religion de passer au premier plan? Pourquoi un citoyen libanais ne doit-il pas supprimer la mention de confession de son état civil? Pourquoi laisser ces religieux régner en maîtres absolus dans notre vie familiale ?
Un éclatement contre ce monde religieux qui écrase l'identité nous apparaît donc central: institutionnaliser le mariage civil afin que l'état civil puisse permettre graduellement la cohabitation de ses dix-huit confessions et instaurer la paix. Édicter une loi pour légitimer le mariage civil permettra alors d'enlever l'étiquetage longtemps attribué aux Libanais. Il est alors temps, à mon avis, de rentrer dans la norme des unions civiles. Il est temps de s'éloigner du gouffre des mandats religieux. Il est temps de dire un oui reconnu par la nation afin d'agiter cette société multiconfessionnelle. Il est temps de suivre le modèle de la révolution tranquille québécoise et de rejeter toute sorte d'embargo dans la sphère publique !
Maha HASSOUN


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