L’acteur français Jean Lambert-Wild (en armure de porcelaine) et l’actrice Élodie Bordas dans « Richard III » au Théâtre de l’Union de Limoges. AFP / PASCAL LACHENAUD
Plusieurs pièces portent haut, en ce début d'année, le talent du grand Shakespeare, 400 ans après sa mort, comme Conte d'hiver mis en scène par le Britannique Declan Donnellan, le Richard III rock-gothique de Thomas Jolly et le magistral Kings of War du Flamand Ivo Van Hove.
« Kings of War »
Ivo Van Hove tient une place à part sur la scène européenne, avec des mégaproductions qui voyagent dans le monde entier. Il prépare pour le festival d'Avignon Les Damnés d'après Visconti avec la Comédie-Française. Kings of War, créé au Tonelgroep Amsterdam qu'il dirige, fait étape au Théâtre national de Chaillot (jusqu'au 31 janvier) avant le Barbican à Londres.
« J'ai combiné cinq pièces de Shakespeare, Henri V, qu'on connaît peu, Henri VI (trois pièces), que les Français connaissent maintenant grâce à Thomas Jolly (qui l'a monté en 18 heures à Avignon) et Richard III », explique-t-il.
Cette captivante réflexion sur l'exercice du pouvoir tient en haleine en dépit de ses 4h30 en néerlandais surtitré. « Chaque roi est confronté à la décision ultime : faire la guerre ou pas. C'est une décision compliquée parce que même en cas de victoire, il y aura de nombreux morts », dit-il à l'AFP.
La pièce s'ouvre dans le décor des « war rooms » où Churchill travaillait pendant la guerre. Le roi et ses conseillers sont en costume, sauf pour le couronnement où surgissent la cape d'hermine et la couronne, conservées dans une petite armoire à pharmacie avec la seringue dont s'arme Richard pour ses crimes.
On verra Richard, ivre de pouvoir, téléphoner à « Barack, Angela et Poutine » sur des téléphones rouge, blanc et vert.
Tout autour de la scène, de longs couloirs d'un blanc clinique sont le théâtre des complots et assassinats, filmés en direct et projetés sur un grand écran.
« Richard III »
À l'inverse d'Ivo Van Hove, qui dissèque le pouvoir, Thomas Jolly, 33 ans, met en scène Shakespeare comme une épopée. Des faisceaux lumineux balayent la scène façon Star Wars et un déchaînement de sons et de lumières orchestre la marche inexorable de Richard III vers le pouvoir. Lorsque Richard, alias Thomas Jolly, accède enfin au trône après un bain de sang, il se déchaîne en vedette punk d'un mégaconcert.
La pièce créée en octobre à Rennes et jouée à l'Odéon (jusqu'au 13 février) avant une tournée française déçoit pourtant en dépit de la débauche d'effets scéniques. Là où Thomas Jolly excellait dans son Henry VI en 18 heures, il est à la peine avec la longueur des dialogues de Richard III, pièce plus psychologique qu'épique.
« Conte d'hiver »
Grâce à Declan Donnellan, qu'un long compagnonnage lie au Théâtre des Gémeaux à Sceaux, les Français peuvent goûter les pièces de Shakespeare en VO depuis une dizaine d'années dans des mises en scène limpides, comme dans ce Conte d'hiver donné jusqu'au 31 janvier (avant Lille, Madrid, l'Italie et le Luxembourg).
Sur un plateau dépouillé, un gros conteneur de bois sert de décor surprise, devenant tour à tour cercueil ou navire dans la tempête. Les acteurs, très physiques, font éprouver au spectateur jusqu'à la nausée la jalousie du roi de Sicile, « infecté de cette maladie » qui lui fait persécuter son épouse et sacrifier ses enfants. Dans un retournement magistral, la tonalité s'inverse au deuxième acte en comédie, avec une fête traitée en show télévisé. L'extrême fidélité au texte, le jeu tonique des acteurs font partager le tragique comme la bouffonnerie de Shakespeare au public français.
À la Comédie-Française, on peut voir jusqu'au 30 mai le formidable Roméo et Juliette « mis en scène par Éric Ruf avec l'ardente Suliane Brahim dans le rôle de Juliette, et une « scène du balcon » d'anthologie.
Last but not least : le Théâtre du Globe de Londres joue Hamlet pendant deux ans dans le monde entier dans le cadre du 400e anniversaire. La pièce a fait étape au Liban, au théâtre Émile Bustani en off au Festival al-Bustan. Ce festival de musique classique libanais met d'ailleurs son édition 2016 (du 16 février au 20 mars) sous le thème du dramaturge anglais.
« Kings of War »Ivo Van Hove tient une place à part sur la scène européenne, avec des mégaproductions qui voyagent dans le monde entier. Il prépare pour le festival d'Avignon Les Damnés d'après Visconti avec la Comédie-Française. Kings of War, créé au Tonelgroep Amsterdam qu'il dirige, fait étape au Théâtre national de Chaillot (jusqu'au 31 janvier) avant le Barbican à Londres.« J'ai combiné cinq pièces de Shakespeare, Henri V, qu'on connaît peu, Henri VI (trois pièces), que les Français connaissent maintenant grâce à Thomas Jolly...


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