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Liban - La situation

La nouvelle devise de Salam : Déminer le terrain avant de le défricher

Le dossier des nominations sécuritaires couve à feu doux, en attendant sa maturation.

C'est pas à pas et en tentant de défaire les nœuds l'un après l'autre que le tandem Berry-Salam procède depuis quelque temps. Après la tenue la semaine dernière d'un Conseil des ministres tronqué de plusieurs de ses composantes (le CPL, le Hezbollah et les Marada), réunion qui a été couronnée par l'adoption de plusieurs points « non conflictuels » inscrits à l'ordre du jour, le gouvernement aura réussi à redonner un nouveau souffle de vie aux institutions. Ainsi, la politique consistant à éviter l'examen de dossiers sensibles et à les contourner jusqu'à leur maturation dans les coulisses semble avoir porté ses fruits... pour l'instant.

C'est la stratégie pour laquelle a opté le Premier ministre, Tammam Salam, en coordination avec le chef du législatif, Nabih Berry, pour tenter de sauvegarder le dernier rempart de l'État face à la vacance présidentielle et à l'inertie du Parlement et faire avancer la charrette après avoir préalablement déminé le terrain, mètre par mètre. Il en va ainsi du dossier des nominations militaires, nouvelle pierre d'achoppement faisant l'objet de surenchères et convoitises politiques que le chef du gouvernement a choisi d'écarter de son ordre du jour jusqu'à nouvel ordre. Jusqu'à ce qu'une entente-compromis ait mûri, pavant la voie à un vote serein au gouvernement qui passerait comme une lettre à la poste.

(Lire aussi : Raï dénonce les pratiques « tordues et destructrices » en politique)

À ce jour, les tractations se poursuivent dans les coulisses pour tenter de contourner le veto que pourrait imposer le bloc du Changement et de la Réforme à toute candidature qui n'aurait pas reçu son aval. Selon des sources informées, la dernière proposition envisagée consisterait à accorder au CPL le choix ou, à défaut, le privilège de consentir sur deux au moins des trois candidats (un orthodoxe, un catholique et un chiite) aux postes à pourvoir au sein du conseil militaire. Une formule à laquelle s'opposent en chœur les Kataëb, le ministre de la Défense et l'ancien chef de l'État, Michel Sleiman, conformément à la logique selon laquelle ces nominations doivent impérativement échapper à l'ingérence politique pour rester confinées dans la sphère militaire. C'est ce qui explique d'ailleurs le fait que le Premier ministre, qui se rend cette semaine en Belgique pour rencontrer les responsables de l'UE, puis à Davos, n'est aucunement pressé pour faire figurer cette question explosive à l'ordre du jour du prochain Conseil des ministres, qui devrait en principe se tenir la semaine prochaine, soit dès son retour de sa tournée européenne. Il s'agit de donner du temps au temps et de laisser au travail en coulisses – auquel se sont joints également le courant du Futur et le Hezbollah – toutes les chances de se conclure par un happy end.

(Lire aussi : Le blocage porte davantage sur la présidence du Conseil que sur la présidentielle)

La patience est également de rigueur pour le règlement d'un dossier autrement plus vital pour les citoyens, celui des déchets dont l'exportation n'aurait pas encore obtenu le feu vert. Selon une source proche du Sérail, la conclusion heureuse de ce dossier est pour « bientôt », une promesse pourtant déjà faite il y a de cela plusieurs semaines. « Le dossier est sur la bonne voie », assure-t-on encore de même source, les retards étant exclusivement de « nature technique et procédurale ». On explique ainsi que la société en charge n'a pas encore reçu l'aval du pays destinataire, dont le nom reste à ce jour confidentiel « pour des raisons de concurrence et à la demande de la société exportatrice qui annoncerait la destination en tant voulu, une fois obtenu l'accord du pays d'accueil ».

Un sujet autrement plus menaçant, sur le plan économique cette fois-ci, devrait occuper cette semaine la classe politique : les pressions exercées sur les banques libanaises par l'administration US notamment, au lendemain des lois votées par le Congrès américain en lien avec le blanchiment d'argent imputé au Hezbollah. L'urgence de faire face aux exigences et nouvelles règlementations imposées par l'Occident au secteur bancaire a conduit samedi dernier le président du Parlement, Nabih Berry, à réunir d'urgence un certain nombre de députés en vue de mettre sur pied une commission ad hoc chargée de définir un plan d'action et des mesures visant à protéger ce secteur vital et l'économie libanaise des effets de ces nouvelles contraintes.

(Lire aussi : L'affaire Samaha suscite des réactions aussi acerbes que contradictoires)

Le gouvernement est également appelé à parer cette semaine aux retombées pernicieuses de la libération de l'ancien ministre Michel Samaha. Par-delà l'aspect purement technico-légal de la décision judiciaire qui, de l'avis de plusieurs observateurs neutres, ne serait pas viciée en elle-même, c'est le concept d'une justice à deux vitesses qui est aujourd'hui remis en cause, ainsi que le caractère expéditif de la procédure qui tranche avec celle appliquée aux détenus islamistes dont certains croupissent en prison depuis des années, sans avoir encore été jugés. Un traitement qui a provoqué, hier encore, des protestations de rue contre la remise en liberté de M. Samaha, la rue sunnite réclamant l'annulation pure et simple du tribunal militaire et les détenus islamistes une amnistie générale.

Les débats et la polarisation que suscite la relaxe sous caution de l'ancien ministre ont été relayés, comme il se doit, par la sphère politique. S'en prenant « aux daechistes politiques » et « aux pourfendeurs de la justice lorsque celle-ci ne leur convient pas », le Hezbollah a répondu du tac-au-tac, par la bouche de l'un de ses ministres, Mohammad Fneich, à la promesse faite par le ministre de la Justice Achraf Rifi de faire pression en vue de déférer le dossier devant la Cour de justice sans plus tarder.

Certes, la justice militaire n'a pas encore dit son dernier mot, le procès n'étant pas encore terminé. Il reste toutefois à savoir si les juges en charge de ce dossier sensible pourront trancher en toute sérénité après les remous, contestations et critiques suscitées au sein de la société, comme le souligne à juste titre la ministre des Déplacés et ancienne juge, Alice Chaptini.


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C'est pas à pas et en tentant de défaire les nœuds l'un après l'autre que le tandem Berry-Salam procède depuis quelque temps. Après la tenue la semaine dernière d'un Conseil des ministres tronqué de plusieurs de ses composantes (le CPL, le Hezbollah et les Marada), réunion qui a été couronnée par l'adoption de plusieurs points « non conflictuels » inscrits à l'ordre du jour, le...

commentaires (5)

NABIH BERRY VA DÉMINER OU MINER PLUTÔT ?

Gebran Eid

14 h 04, le 18 janvier 2016

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Commentaires (5)

  • NABIH BERRY VA DÉMINER OU MINER PLUTÔT ?

    Gebran Eid

    14 h 04, le 18 janvier 2016

  • EN COMBIEN DE SIECLES S.V.P. ?

    L,EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    13 h 52, le 18 janvier 2016

  • "...il s'agit de donner du temps au temps" Bravo, les MARIONNETTES-INCAPABLES, encore une formule pour masquer votre faillite totale à gérer convenablement ce pays ! Pendant ce "temps donné au temps", le Liban tout entier s'enfonce dans le chaos: -des Libanais ont faim -les rues sont de plus en plus dangereuses , car personne ne surveille correctement la circulation -la corruption gangrène toute la société du plus petit au plus "grand" des citoyens - rien ne fonctionne normalement, ni le courant électrique, nos robinets restent secs, les ordures s'amoncellent partout... Messieurs les Responsables, avez-vous été désignés et payés pour cela ? Irène Saïd

    Irene Said

    12 h 28, le 18 janvier 2016

  • Déminer le terrain avant de le défricher... Tout un programme ! Pour déminer proprement un terrain, il faut des décennies, quant à le défricher, c'est une gageure, un siècle ne suffit pas. Mais qu'est ce qu'on leur a fait pour qu'ils continuent à se moquer de NOUS ? F. MALAK

    Rotary Beyrouth

    11 h 36, le 18 janvier 2016

  • "Certes, la justice militaire n'a pas encore dit son dernier mot, le procès n'étant pas encore terminé. Il reste toutefois à savoir si les juges en charge de ce dossier sensible pourront trancher en toute sérénité après les remous, contestations et critiques suscitées au sein de la société, comme le souligne à juste titre la ministre des Déplacés et ancienne juge, Alice Chaptini." ! Yîîîh ! Mais ouiii, comment ces "chers" juuuges en charge de ce dossier si sensiiible pourront trancher en toute sérénité après les remous, contestations et critiques suscitées au sein de cette "vilaine et fichue" sociétéééh !". Ne soyez pas inquiétées ! Tout va très bien Mesdames.... les "Marquiiises" !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    05 h 21, le 18 janvier 2016

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