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Moyen Orient et Monde

Et si le nouveau cauchemar de l’Occident était libyen ?

Éclairage
18/01/2016

Ce 13 novembre 2015, les F-16 américains se déchaînent contre la cité portuaire de Derna, dans l'est de la Libye où les renseignements croient savoir « de source sûre » que se terre Abou Nabil dont, vingt-quatre heures plus tard, le porte-parole du Pentagone, Peter Cook, annonce sur un ton triomphant qu'il est désormais enseveli sous quelques centaines de tonnes de bombes. Une disparition, estime-t-il, qui va « réduire la capacité d'ISIS (autre nom de Daech) à atteindre ses objectifs ». Et d'énumérer quelques-uns desdits objectifs : « Le recrutement de combattants, l'aménagement de nouvelles bases et la planification d'attaques aux États-Unis. »

Abou Nabil ? Un ancien lieutenant d'Abou Bakr el-Baghdadi, de son vrai nom Abou Bakr el-Anbari ou encore Wissam Najm Abed Zeid el-Zoubaydi, d'abord établi à son propre compte avant de se rallier au « calife » autoproclamé.
Premiers jours de décembre de la même année : un rapport des Nations unies confirme que les galonnés de Washington avaient vu juste – à tout le moins pour ce qui est de la fin d'Abou Nabil. Pour le reste, il faut constater que le raid aura eu un effet inattendu. Que l'on en juge : l'organisation terroriste dispose désormais d'une position de repli bien commode après les ravages occasionnés dans ses rangs en Syrie et en Irak. Dans la pratique, les effectifs sont passés en quelques semaines de 200 à plus de 10 000 combattants. Mais ce n'est pas pour s'en prendre à l'Amérique (pas encore ?). Entre le 4 et le 6 janvier, les islamistes entreprennent de pilonner les installations pétrolières de Sidr (ou Sidra) et de Ras Lanouf où se trouvent sept gigantesques réservoirs de stockage d'une capacité de 420 000 à 460 000 barils. Moins d'une semaine plus tard, c'est le port pétrolier de Zoueitina qui est pris pour cible ; mais les assaillants, venus à bord de trois embarcations, sont repoussés sans avoir eu le temps de constater que le terminal est fermé depuis novembre dernier, tout comme ceux de Sidr et de Ras Lanouf, inactifs depuis décembre.
Un moment, on a cru qu'en passe de perdre ses sources irakiennes et syriennes de carburant, indispensables pour ses engins motorisés mais aussi pour financer grâce aux ventes sa machine guerrière, Daech aurait fait un mauvais choix tactique. On découvre, au fil des jours, qu'il n'en est rien. L'option libyenne s'avère idéale pour des raisons qui n'ont rien à voir avec l'or noir, hier bénédiction aujourd'hui véritable fléau pour cette partie du monde. La Libye est assise sur des réserves évaluées à quelque 48 milliards de barils.
Depuis cinq ans, la production est passée de 1,65 million de barils par jour à 500 000 puis à presque zéro. À cela s'ajoute le fait que les daechistes semblent se préoccuper comme d'une guigne du précieux liquide, préférant détruire les facilités et empêcher toute normalisation de la production.
Le pays dominé de 1969 à l'année de sa chute (2011) par Mouammar Kadhafi se trouve affligé de deux gouvernements et deux Parlements, siégeant l'un à Tripoli, l'autre à Tobrouk, celui-ci étant le seul à être reconnu par les instances internationales. Certes, à l'initiative des Nations unies, « un accord de paix et de réconciliation a été conclu entre les deux parties le 10 juillet dernier à Skhirat (Maroc). Mais aujourd'hui, personne ne veut plus, semble-t-il, en entendre parler malgré une fracassante entrée en lice de Daech qui aurait dû en principe agir comme un ciment face au péril qu'il représente ».
Les USA ont établi une liste des zones constituant un danger pour la sécurité mondiale. La Libye et le Sinaï y figurent en bonne place. C'est que, de leur fief aménagé à Syrte, la ville qui vit naître le frère Mouammar, les jihadistes ne sont qu'à une centaine de kilomètres de la capitale et à 150 kilomètres des... côtes italiennes et donc des autres pays de l'espace Schengen, ce qui a poussé la France à entreprendre des survols de reconnaissance à partir du porte-avions Charles de Gaulle, préalablement sans doute à une intervention plus musclée. Laquelle ne devrait pas tarder.
À Washington, on a présentement d'autres préoccupations dont l'une, urgente, consiste à retrouver la trace de l'arsenal chimique abandonné par l'ancien régime. Il y aurait ainsi, selon la déposition faite en décembre par l'ancien Premier ministre britannique Tony Blair devant la commission des Affaires étrangères de la Chambre des Communes, tout un arsenal comportant 3 500 bombes hautement toxiques, 23 tonnes de gaz moutarde et 1 300 tonnes d'autres agents chimiques. De quoi donner à la Coalition des cauchemars bien plus inquiétants dans l'immédiat que le but poursuivi par Daech : consacrer la Libye comme failed State, un État failli.
Blog : « Le Merville Post »

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