Comme Christophe Colomb, je viens de découvrir l'Amérique; mais il y a cinq siècles, mon illustre prédécesseur ne pouvait pas découvrir Salvador Dali en Amérique.
C'est dans l'ascenseur (22e étage) de l'hôtel Saint-Régis à New York que j'examinais (un peu trop attentivement peut-être !) la moustache légendaire, la canne au pommeau ciselé, les yeux incroyables...
– « Vous admirez mes moustaches, n'est-ce pas, madame ? »
– « Oui, monsieur », (dis-je ravie).
– « Mais vous ne savez pas qui je suis. »
– « Comment donc ! Vous êtes Salvador Dali ! »
– « Tiens, vous connaissez mon nom ! Vous n'êtes donc pas américaine ! »
– « Non, je suis libanaise ! » (dis-je modeste, sans prévoir ce qui allait suivre).
Nous étions arrivés au rez-de-chaussée. Il me prit par le bras et : « De Beyrouth ? Ah ! c'est merveilleux. Je voudrais y aller, mais comme je ne me déplace pas sans exposer, il faut que cela s'arrange. Je vis six mois de l'année à New York, ici même, qui est devenu le centre artistique du monde. Tout peintre n'a pas un peintre », déclare-t-il d'un ton docte, en écarquillant les yeux. « Mais je veux venir à Beyrouth parce que dans la vie, j'aime deux choses : ma femme et... l'argent. Et pour le "flouss", il paraît qu'il y en a beaucoup chez vous ! Alors... j'aime le Liban ! »
Ceci posé... il a bien fallu, pour l'histoire et l'édification de mes lecteurs, que cette histoire de « flouss » doit flatter, nous faire photographier dans l'attitude « salvadorienne » que voilà.
Éliane GEBARA


DU... VENT !
14 h 15, le 16 janvier 2016