Jusque-là, nous avons été la génération de l'échec. Un échec qui vient de loin, d'aussi loin qu'il est possible de remonter dans le temps. Notre génération est née au début des années 70, quand Sleiman Frangié était président de la République. Elle entre aujourd'hui dans le milieu de sa vie, au moment où Sleiman Frangié est candidat à la présidence de la République. Presque cinquante ans. Le temps ne change pas, mais le temps qui ne change pas dégrade, jusqu'au pourrissement. Un pourrissement qui annonce la grande implosion si on ne réagit pas. De toute façon, il est peut-être trop tard pour réagir.
Vidé de sa substance et pris de cours par les mouvements géopolitiques et économiques régionaux, le système politique a implosé. Le système économique, quant à lui, vit dans ce qu'on appelle en économie une bulle spéculative. Déconnecté de la vie réelle, il essaie de survivre dans une surenchère dont l'issue est inévitablement fatale. Les causes de ce naufrage sont connues. Les partis politiques ne sont plus les représentants des citoyens vis-à-vis de l'État. Ils sont devenus les représentants de l'État auprès des citoyens. Un État dont la classe politique s'est approprié les ressources et agit en vase clos dans la défense des intérêts personnels et corporatistes de ses membres. Une classe politique qui est devenue experte dans la manipulation des peurs pour perpétuer un système communautaire rétrograde et hermétique qui la sert plutôt que de chercher à capter de nouveaux talents pour adapter le Liban aux contingences d'un Nouveau Monde.
Les institutions sont en état de dépérissement avancé et les débats sont verrouillés par l'obsession de l'élection présidentielle, d'un président sans programme, élu par un Parlement anticonstitutionnel, mais censé, tout de même, veiller à la bonne application de la constitution.
Les élections parlementaires ont été annulées, après avoir trop longtemps été truquées, parachevant ainsi le détournement de la démocratie au profit d'une caste politicienne totalement déconnectée des réalités, mais omniprésente dans son hégémonie sur tout ce qui fait qu'un pays devient un champ de ruines et de désespoir pour tous les autres. Or un pays est avant tout un projet collectif et c'est cette dimension collective qui manque sauf du côté sale des déchets. Sur l'autre rive, le pays est bien tenu sous l'emprise des clones de Merill Lynch et de ses consorts locaux dirigés depuis Wall Street. Sur l'autre rive, l'économie, perçue et surmédiatisée sous l'angle de la rentabilité des banques ou de la croissance de leurs actifs, se porte bien. C'est le côté (sur)éclairé du miracle libanais. Sauf que ce miracle a un côté prépondérant obscur : perpétuer un système économique dans lequel il est plus rentable, au niveau actuel de rendement qu'exige l'épargne attirée ici, d'entretenir un chômage de masse et de pousser les talents à chercher des débouchés ailleurs en contrôlant toutes les activités stratégiques et rentables du pays, en dégradant les infrastructures et en immobilisant les prix de l'immobilier à des hauteurs sur lesquelles toute chute future serait vraisemblablement fatale.
Un projet collectif est avant tout une confiance mutuelle qui se construit du bas vers le haut. Pour restaurer la confiance, pour résoudre la crise de représentativité, pour répondre à l'exigence de renouvellement, pour adresser les vrais problèmes des citoyens en dehors des salons fermés des concertations du pouvoir, au-delà des murs érigés, des barbelés dressés et des affiches postées comme au bon vieux temps de l'hégémonie milicienne, je lance un appel à tous ceux qui partagent les mêmes valeurs politiques, les mêmes exigences éthiques, la même ambition pour le Liban.
Je leur propose de reprendre en main leur destin et celui de leur pays en créant une coalition pour participer aux prochaines élections législatives, pour former une majorité politique en phase avec leurs préoccupations et bâtie autour d'un véritable « contrat de législature ». Pour cela, je répète ce que j'ai déjà proposé à maintes reprises à savoir, élire d'abord nos députés avant le président pour redonner aux Libanais l'initiative d'un rebond démocratique contre la fatalité de l'enlisement ; se mettre d'accord sur une nouvelle loi électorale pour amener au Parlement des députés indépendants et responsables ; enfin, il faut remettre en cause le financement des partis au profit d'un financement collectif et transparent des candidats, pour être en mesure de construire de nouvelles majorités de projets. Il est urgent de dépoussiérer ce système qui (dys)fonctionne à sens unique par le racket (dé)institutionnalisé des citoyens. Cela ne peut venir que d'en bas, de chacun d'entre nous, par notre capacité à retrouver du sens à notre existence – en tant qu'humains – et de retrouver le sens de nos institutions et aspirations démocratiques : « Le pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple. » Reste à trouver le peuple.
Adib Y. TOHMÉ


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
AVEC DES PANURGES TRIBAUX QUI MENENT... ET DES MOUTONS QUI BELENT ET SUIVENT... LE REAGIR EST UN REVE... LE SOMBRER EST DEJA UN FAIT !!! UN SEUL ESPOIR SUSBISTE PEUT-ETRE ENCORE : SINON LE DEGAGEZ... LE BON DEBARRAS OBLIGE...
12 h 22, le 17 janvier 2016