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Nos lecteurs ont la parole - Nada Bejjani Raad

Le Liban à Noël

Elle avait pris le pli de voir le Liban en été. Quand il était à la fête. Quand du haut de son estrade, il irradiait. Cette année, en hiver, elle l'a pris au dépourvu.
Elle est arrivée avant la fête, ou bien après. Les lumières n'étaient pas éteintes, mais déjà la lassitude plombait tous les regards. Cette année, elle l'a pris par surprise, comme un acteur en coulisses ou une mariée au saut du lit, quand l'époux est parti combattre aux côtés de Daech et que la dot est en déshérence, comme ces gisements de gaz inexploités, au fond de la Méditerranée. Comme en été, le pouvoir est vacant mais le peuple est blasé et, si les poubelles débordent, il n'y a plus personne pour s'en émouvoir.
Les rues sont décorées. Comme une figure tutélaire, l'ange Gabriel déploie ses ailes au-dessus de la grande place, bercée par les chants de Noël. Mais ni les lampions, ni les crèches aux santons géants, ni cette armée de pères Noël, partie à l'assaut des sapins et des foyers décorés comme des lobbies d'hôtel ou des halls de gare, ne peuvent réchauffer les cœurs engourdis. L'époux est chez Daech et un habitant sur quatre est un réfugié syrien.
En Europe, pour deux obus tirés, on croit que le Moyen-Orient n'est plus qu'un vide sidéral. On ignore que jour après jour les tapis sont nettoyés et roulés, qu'on fait mariner des aubergines aux noix dans des bocaux en verre et qu'on farcit les feuilles de blette de riz, de menthe et de citron ; le soir de l'Épiphanie, on allume même des cierges pour recevoir cet autre époux et on glisse dans les beignets des amandes en guise de fèves.
Au Liban, un habitant sur quatre vient de Syrie.
- C'est bien, a dit le fils, car quand viendra la paix, ils pourront rentrer chez eux. C'est à côté.
- Oui, répond la mère, mais cette fois-ci, peut-être que les chrétiens vont rester.
- En attendant, dit le petit-fils, notre convoi collectif vers l'Europe.

Elle avait pris le pli de voir le Liban en été. Quand il était à la fête. Quand du haut de son estrade, il irradiait. Cette année, en hiver, elle l'a pris au dépourvu.Elle est arrivée avant la fête, ou bien après. Les lumières n'étaient pas éteintes, mais déjà la lassitude plombait tous les regards. Cette année, elle l'a pris par surprise, comme un acteur en coulisses ou une mariée au saut du lit, quand l'époux est parti combattre aux côtés de Daech et que la dot est en déshérence, comme ces gisements de gaz inexploités, au fond de la Méditerranée. Comme en été, le pouvoir est vacant mais le peuple est blasé et, si les poubelles débordent, il n'y a plus personne pour s'en émouvoir.Les rues sont décorées. Comme une figure tutélaire, l'ange Gabriel déploie ses ailes au-dessus de la grande place, bercée...
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