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Culture - Édition

« Nous les femmes, nous sommes toutes des boîtes de conserve »

La romancière Camille Laurens raconte les liaisons dangereuses au temps des réseaux sociaux dans « Celle que vous croyez ».

Camille Laurens n’hésite pas à manipuler son lecteur pour dérouler son récit. Photo AFP

« Je ne crois pas du tout à la sincérité pleine et entière », prévient avec un sourire la romancière Camille Laurens, fine observatrice, dans son nouveau roman, des relations amoureuses au temps des réseaux sociaux.
Celle que vous croyez qu'elle publie chez Gallimard raconte l'histoire tragique de Claire, une universitaire de 48 ans qui s'invente un faux profil sur Facebook, se rajeunissant de 24 ans, et entame, de façon virtuelle, une relation amoureuse avec Chris, un photographe trentenaire.
« C'est un roman sur l'interprétation. On ne sait jamais qui est l'autre, on n'est jamais sûr de la réalité. On est condamnés tous à interpréter les signes, à interpréter les récits », explique la romancière.
« Il y a des choses qu'on ne dit pas, qu'on déguise, qu'on trafique. On s'accommode avec la réalité. On est tous dans des fictions de soi, ne serait-ce que par l'apparence. »
De fait, il est beaucoup question de manipulation et de mensonges dans le vertigineux roman de Camille Laurens, prix Femina en 2000 pour son roman Dans ces bras-là. « Celle que vous croyez, c'est Dans ces bras-là quinze ans après », s'amuse-t-elle.

Objet de désir
Mais si Dans ces bras-là était un roman solaire sur le désir féminin Celle que vous croyez, grand roman sur la séduction, est sans doute plus amer, « désenchanté », dit Camille Laurens, qui, après un petit temps d'hésitation, rectifie et précise : « Ou peut-être plus lucide. »
La romancière qui vient de fêter ses 58 ans dénonce à travers la voix de sa narratrice la misérable place réservée aux femmes, passé 50 ans, dans une société où l'apparence prime. « Hier fantasme, aujourd'hui fantôme », dit Claire, qui, au moment où le lecteur la découvre, est internée dans un hôpital psychiatrique.
« Nous les femmes, nous sommes toutes des boîtes de conserve. Du jour au lendemain impropres à la consommation », ajoute la narratrice avec férocité.
« Pour faire passer le message, il faut y aller carrément », se justifie l'écrivaine. Camille Laurens a cependant de l'indulgence pour sa narratrice, femme inconsolable. « Ce qui la rend folle, ce n'est pas tant l'amour que la sensation de l'impossibilité de l'amour, de l'impuissance d'être aimée », explique Camille Laurens. « Être folle, insiste-t-elle, c'est voir le monde tel qu'il est. »
Admiratrice de Roland Barthes, fascinée par Borges – « un de mes grands auteurs » -, inspirée par Marivaux, l'agrégée de lettres Camille Laurens n'hésite pas à manipuler elle aussi son lecteur pour dérouler son récit. Subtilement, le roman emboîte cinq ou six récits comme des poupées gigognes. Cela donne à voir un théâtre de faux-semblants dans une délicieuse mise en abyme où vérité et mensonge se heurtent.
« Ce qui m'intéressait, c'est de montrer qu'on pouvait s'inventer et que le marivaudage est possible » à l'heure d'Internet, résume la romancière.
Un récit dans le récit, écrit (peut-être) par Claire, s'intitule Les fausses confidences. Le personnage de Claire n'est pas sans rappeler la pauvre présidente de Tourvel des Liaisons dangereuses de Pierre Choderlos de Laclos. Loin d'être pesant, cet hymne à la littérature fait du roman de Camille Laurens un singulier objet de désir et un livre palpitant.

Alain JEAN-ROBERT/AFP

« Je ne crois pas du tout à la sincérité pleine et entière », prévient avec un sourire la romancière Camille Laurens, fine observatrice, dans son nouveau roman, des relations amoureuses au temps des réseaux sociaux.Celle que vous croyez qu'elle publie chez Gallimard raconte l'histoire tragique de Claire, une universitaire de 48 ans qui s'invente un faux profil sur Facebook, se rajeunissant de 24 ans, et entame, de façon virtuelle, une relation amoureuse avec Chris, un photographe trentenaire.« C'est un roman sur l'interprétation. On ne sait jamais qui est l'autre, on n'est jamais sûr de la réalité. On est condamnés tous à interpréter les signes, à interpréter les récits », explique la romancière.« Il y a des choses qu'on ne dit pas, qu'on déguise, qu'on trafique. On s'accommode avec la réalité. On est tous...
commentaires (3)

La "classe" !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

16 h 23, le 13 janvier 2016

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Commentaires (3)

  • La "classe" !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    16 h 23, le 13 janvier 2016

  • Bonjour, L'erreur a été corrigée. Merci et bonne journée!

    L'Orient-Le Jour

    10 h 27, le 13 janvier 2016

  • SEPTIÈME LIGNE, EN COMPTANT DE LA FIN, ENLEVER UN DES DEUX "LE". MERCI. BONNE JOURNÉE.

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    10 h 22, le 13 janvier 2016

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