Le haut-commissaire aux droits de l'Homme, Volker Turk, lors d'une conférence de presse à Mexico, le 22 avril 2026. Photo REUTERS/Raquel Cunha/File Photo
L'Assemblée générale de l'ONU a voté vendredi le renouvellement pour quatre ans du mandat de Volker Türk en tant que haut-commissaire aux droits de l'Homme, malgré des menaces des Etats-Unis et l'opposition ferme de la Russie et d'Israël.
Par 144 voix pour, 10 contre et 13 abstentions, l'Assemblée a approuvé le renouvellement jusqu'au 12 octobre 2030 proposé par le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres.
« Au cours de son premier mandat marqué par la brutalisation du monde, par la multiplication des attaques contre le multilatéralisme et par la remise en cause de l'universalité des droits de l'Homme, M. Türk a su, par sa rigueur et son impartialité, démontrer qu'il avait toutes les qualités pour exercer cette fonction », a salué l'ambassadeur français Jérôme Bonnafont, décrivant le haut-commissaire comme « une voix de conscience ».
Des éloges que sont loin de partager certains Etats membres, comme les Etats-Unis, dont la demande de reporter le vote a échoué. « Ne vous y trompez pas, si cette Assemblée tolère les abus de procédure, les accords en coulisse et le détournement de postes au sein de l'ONU, il y aura des conséquences. Les Etats-Unis réévalueront immédiatement leur engagement, leur participation et leur financement », a mis en garde juste avant le vote le représentant américain Jeff Bartos, accusant Antonio Guterres d'avoir précipité le calendrier pour offrir « à son ami de longue date quatre ans de salaire ». Il a d'autre part accusé Volker Türk d'avoir transformé le haut-commissariat en « mégaphone politique ». « Il passe son temps à faire la leçon à des démocraties libres et souveraines comme les Etats-Unis qui appliquent les lois et sécurisent leurs frontières, tout en faisant preuve de mansuétude envers les pires oppresseurs de la planète », notamment Cuba, a-t-il dénoncé.
« Haut et fort »
La Russie avait de son côté proposé un texte alternatif, rejeté, prolongeant de seulement quelques mois le mandat, jusqu'au 31 décembre 2026, mettant en avant le changement de chef de l'ONU au 1er janvier prochain. Quatre ans supplémentaires priveraient « le futur secrétaire général de la chance de mettre en oeuvre sa propre vision » et de former sa propre équipe, a déclaré l'ambassadeur russe adjoint Dmitry Chumakov.
Le ministère israélien des Affaires étrangères avait également dénoncé sur X « la nouvelle faute morale » d'Antonio Guterres, l'accusant une fois encore d'avoir des « préjugés contre Israël ».
Le porte-parole d'Antonio Guterres, Stéphane Dujarric, qui a salué le vote de l'Assemblée, avait auparavant assuré que toutes les règles avaient été respectées « de façon irréprochable ».
Depuis qu'il a succédé à Michelle Bachelet en octobre 2022, Volker Türk s'est exprimé sur la plupart des grands dossiers internationaux : invasion russe de l'Ukraine, guerre à Gaza, Afghanistan, Soudan, Bangladesh, Birmanie ou encore Nicaragua. Le juriste autrichien insiste régulièrement sur l'universalité des droits humains et sur la nécessité d'appliquer le droit international de manière égale à tous les Etats, quelles que soient les considérations géopolitiques. Ses prises de position lui valent toutefois de vives critiques de plusieurs gouvernements, notamment la Russie et Israël, souvent visés par ses discours. D'autres le critiquent aussi pour ne pas avoir pris de positions plus tranchées, notamment sur le régime cubain, la situation des Ouighours du Xinjiang en Chine ou sur le fait qu’il n’a pas directement employé le mot de « génocide » au sujet de Gaza, contrairement à plusieurs experts et rapporteurs.
« Türk devrait utiliser son deuxième mandat pour condamner haut et fort les violations des droits où que ce soit », a réagi Louis Charbonneau, de Human Rights Watch, évoquant la nécessité de « résister » à des pays « puissants » comme la Chine, la Russie et les Etats-Unis.

