Foie gras, chapon, saumon et caviar, nos estomacs repus semblent annonceurs de bon augure, ou est-ce seulement la tradition festive qui aveugle une énième fois nos yeux brillants d'émotion ?
Voici une nouvelle année qui démarre, un nouveau voyage autour du tout-puissant Soleil qui prend un rôle encore plus destructeur que jamais auparavant ; il a fallu attendre fin décembre pour un semblant d'hiver, une tempête espérée depuis des semaines pour arroser un pays terriblement en manque d'eau. Pas trop tôt Dame Nature, les arbres commençaient à fleurir croyant le printemps déjà venu ! Hélas, comme grand-mère sur la piste de danse, notre couche d'ozone n'est plus ce qu'elle était, et pas assez de monde s'engage à en apaiser les maux ou en limiter les faux pas.
Assis dans la chaleur de leurs maisons, les Libanais, bons vivants de nature, profitent des festivités longuement attendues, oubliant ne serait-ce que quelques heures les imminents déménagements et probable destitution de leurs voisins à l'issue de la terrible annonce des nouveaux loyers. De vieux couples et des familles entières ne pourront bientôt plus payer les sommes dues suite à la récente loi rédigée sur les anciens loyers qui, jusqu'à récemment, étaient abordables; comment des sexagénaires et septuagénaires pourront-ils, sans emploi ou retraite décente, ne pas faillir à leurs contrats de location trop brusquement altérés ? Comment, avec un SMIC national aussi dérisoire, le peuple va-t-il trouver des logements décents dans un pays à inflation immobilière constante ?
Et comme si nos assiettes n'étaient pas assez grasses de mauvaises nouvelles, elles se retrouvent salies par les immondes monticules de déchets s'amassant toujours dans tous les coins et recoins de la capitale. D'odeurs nauséabondes à risques cancérigènes, si ce n'est dans les terribles eaux débordant dans les rues par manque de systèmes d'égouts décents, c'est peut-être bien dans nos poubelles que nous finirons noyés.
Mais la liste ne s'arrête pas là, minuit ne saurait arriver si tôt sans plat de résistance ou dessert! Nous n'avons toujours pas de président ou même de gouvernement productif, eh oui ! Si certains croient encore au père Noël, ils ne croient par contre plus à la toute-puissance politique du pays. Entourés de partisans toujours aussi naïfs des différents partis à la langue de bois et au cœur de fer, le futur de notre État n'a pas l'air très réjouissant.
Et que dire de la situation du reste du monde ? Elle n'a rien de sucré et dénote même une pointe d'amertume ; les pays «intouchables » se trouvent infiltrés, les coupables restent en liberté, chacun a peur de son voisin et toute la terre fait l'autruche; ça passera, tout passe.
Pour 2016, on ne peut qu'espérer – même si l'on n'annonce qu'un climat de désespoir – de meilleurs jours, des jours de paix et de stabilité après un chaos trop longuement imposé, et peut-être chacun se rappellera que si l'on se bat, c'est pour notre terre, notre quotidien, pour les hommes d'aujourd'hui, de demain, mais aussi pour ceux qui ne sont hélas plus là.
Maria HOMSY


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