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Moyen Orient et Monde

Dans Madaya assiégée, on a « oublié le goût du pain »

Éclairage

Plus de 40 000 personnes souffrent de la faim dans la ville encerclée par les forces du régime.

OLJ/Rouba EL-HUSSEINI/AFP
06/01/2016

« Nous avons oublié le goût du pain » : les habitants de Madaya souffrent de la faim car cette ville proche de Damas reste assiégée par le régime syrien en dépit d'une trêve conclue il y a plus de trois mois.
« Il n'y a plus rien à manger. Je n'ai pris que de l'eau depuis deux jours », témoigne Momina, une femme de 32 ans jointe par téléphone par l'AFP. « Nous voulons juste qu'on nous dise si l'aide va arriver ou pas, car nous n'avons rien ici. » Quelque 40 000 personnes, des civils essentiellement, seraient piégées dans cette localité située non loin de la frontière libanaise. Une grande partie d'entre elles sont des déplacés du bastion rebelle de Zabadani, également assiégé par les forces progouvernementales.
La vie devait pourtant s'améliorer à Madaya car un accord avait été conclu en septembre 2015 pour permettre l'entrée de l'aide et l'évacuation des civils et des blessés. Cet accord concernait aussi Zabadani et deux villages du nord-ouest de la Syrie assiégés par les rebelles. Mais Madaya n'a reçu qu'une seule fois de l'aide en trois mois. Et la situation y est devenue terrible, selon des habitants, des activistes et des agences humanitaires qui s'alarment. « La vie est devenue tragique. Comme très peu de choses arrivent, les aliments sont extrêmement chers », souligne Mohammad, un autre habitant. « Un sac de lait peut coûter 100 dollars, un kilo de riz 150 dollars », selon lui. C'est pour cela que « nous avons oublié le goût du pain ».

 

(Lire aussi : La "mission impossible" des ONG en Syrie)

 

Une voiture contre du riz
Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), au moins 10 personnes sont mortes à cause du manque de médicaments et de nourriture. Treize autres ont été tuées par l'explosion des mines posées par les forces du régime ou par des francs-tireurs en tentant de quitter la localité pour trouver de la nourriture, précise cette ONG. L'OSDH affirme que les forces progouvernementales ont continué à poser des mines supplémentaires et des barbelés autour de Madaya après l'accord conclu en septembre. « De nombreux habitants se nourrissent d'herbe pour survivre ou doivent verser des sommes importantes aux points de contrôle gouvernementaux pour obtenir de la nourriture », relève Rami Abdel Rahmane, directeur de l'OSDH. « Un habitant a même dû mettre sa voiture en vente pour le prix de 10 kg de riz. Il n'a pas pu la vendre, et un membre de sa famille est mort à cause de la pénurie de nourriture. »

 

(Pour mémoire : En Syrie, la lumière a quasiment disparu)

 

Plus de lait pour les bébés
Selon l'OSDH, quelque 1 200 habitants souffrent de maladies chroniques et plus de 300 enfants de malnutrition ou d'autres problèmes de santé. « En fait, il manque de tout » à Madaya, résume Pawel Krzysiek, porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), qui y est entré lors de la dernière livraison d'aide en octobre. « Les gens sont depuis trop longtemps sans aliments de base, sans médicaments de base, sans électricité ni eau (...) J'ai réellement vu la faim dans les yeux des gens. » « Ils nous suppliaient pour avoir du lait pour bébé » lorsque le convoi d'aide est arrivé, ajoute-t-il. « Ils disaient que les mères ne produisent plus de lait (...) Il n'y a pas moyen de nourrir les nouveau-nés et les jeunes bébés ».

 

(Lire aussi : Le monde en partie responsable de la pire année en Syrie ?)


Un mois après l'entrée en vigueur du cessez-le-feu de six mois entre les parties en conflit, la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge syrien avaient aidé à l'acheminement de la nourriture et de l'aide médicale à Madaya et Zabadani (Sud-Ouest), ainsi qu'à Foua et Kafraya, deux villages chiites de la province d'Idleb (Nord-Ouest) encore sous contrôle de l'armée. En vertu de cet accord, quelque 450 combattants et civils avaient été évacués en décembre de Zabadani, Foua et Kafraya. Mais si les forces gouvernementales disposent de moyens aériens pour délivrer de l'aide à Foua et Kafraya, les rebelles ne peuvent pas faire la même chose à Madaya. Pawel Krzysiek indique que la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge syrien espèrent obtenir « le plus tôt possible » un accès à cette ville et que l'aide pourra ensuite y être distribuée « régulièrement ».

 

 

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