2015 : Allez, la nouvelle année ! Je te cède la place. Bonne chance !
2016 : Merci, mais ce sera du pareil au même.
2015 : Mais non, voyons !
2016 : Mais si ! Tu verras !
2015 : Mais comment donc verrai-je si je ne suis plus là ?
2016 : Mais tu seras dans l'au-delà : dans l'histoire !
2015 : Ah ! tu crois que je vais passer à l'au-delà, après ce que j'ai fait ?
2016 : Tu n'as pas à te culpabiliser. Toi, tu n'as rien fait de mal, mais c'est « eux » ! Tu n'as fait que leur offrir l'espace qu'ils ont transformé en bordel.
2015 : Et comment feras-tu, toi, pour avoir un meilleur « palmarès » que le mien ?
2016 : Je pense accélérer le temps. De cette façon, mon calendrier comportera moins de taches sombres et sanglantes. Ce sera vite fait, avec le moins de dégâts. Dussé-je abréger mes propres jours.
2015 : Oh ! Pas la peine ! lls trouveront toujours l'esquive : ils mettront les bouchées doubles !
2016 : Tu crois ? Possible, tu as plus d'expérience que moi.
2015 : Eh oui, crois-moi !
2016 : Mais pourquoi faut-il qu'ils n'apprennent jamais ? J'ai passé en revue ton histoire et celle de tes prédécesseurs. C'est terrifiant. C'est ce qui attend mon mandat ?
2015 : Je ne veux pas t'alarmer, mais je crains que la série noire ne se poursuive. C'est dans leurs gènes. Depuis bien avant notre calendrier ils s'étripent pour des questions de territoire, de race, de pouvoir, de religion, d'argent... Ils vivent comme si leur temps ne prendra jamais fin.
2016 : C'est vrai, nous, au moins, nous savons combien de jours il nous reste à vivre, et nous essayons d'en profiter en cherchant à voir les bonnes choses : les bons spectacles, les scènes d'amour, les activités artistiques, sportives, culturelles... Mais elles se font de plus en plus rares !
2015 : Eh oui ! Notre temps est précieux ! Il ne dure pas plus qu'une année. Moi, je l'ai perdu à chercher les quelques coins encore épargnés de cette planète, les quelques bonnes gens qui pensent comme moi, que la vie est trop éphémère pour être vécue dans la vanité, dans la mésentente, dans la cupidité, dans la haine, dans les conflits...
2016 : Et tu as pu trouver de bons coins où aller se distraire un peu ? Loin de ces querelles de clocher ? De ces luttes de pouvoir ? De cette violence ? As-tu des références pour moi ?
2015 : Il m'en reste quelques-unes encore. Beaucoup de celles fournies par mon prédécesseur ont mal tourné, hélas. J'y suis allé pour les trouver méconnaissables.
2016 : Heureusement que mon tour tombe maintenant. Je plains les années qui vont suivre. Elles ne trouveront plus rien !
2015 : En effet, et moi j'envie les années qui ont précédé. Elles étaient plus chanceuses.
2016 : Quel dommage ! Si l'homme pouvait prendre conscience de sa finitude, comme nous ! Il ne gaspillerait pas son temps à vivre pour dominer, comme s'il était immortel. Chaque jour pour lui serait un don précieux et il nous offrirait un meilleur spectacle, plus digne de sa condition de créature mortelle, destinée à vivre et laisser vivre, dans l'amour et la paix parmi ses semblables.
2015 : Eh oui ! Moi je trouve dommage que le Maître du Temps ne lui ait pas donné un temps bien déterminé à vivre... et plus court. Il l'aurait certainement employé à meilleur escient, sachant qu'il n'en a pas pour longtemps.
2016 : C'est vrai ! Comme nous, d'ailleurs ! Chaque jour compte, pour nous ! Et déjà le compte à rebours commence ! La rareté rime avec la qualité, ici-bas, et la quantité avec la médiocrité.
2015 : Médiocrité ? Si ce n'était que cela... mais je comprends ton optimisme. Tu es encore nouvelle dans le métier.
2016 : Et si on demandait au Maître du Temps de leur réduire l'espérance de vie pour les pousser à vivre, à la fin ? Parce qu'ils ne s'emploient jusqu'à présent qu'à tuer et mourir ! Je tente de sauver mon mandat !
2015 : Et contrairement à eux, je veux bien t'aider, bien que le mien ait expiré.
2016 : Alors ? Que faire ?
2015 : Que faire ? Prions !
Nos lecteurs ont la parole - Ronald Barakat
Dialogue entre 2015 et 2016
OLJ / le 06 janvier 2016 à 00h00


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef