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Nos lecteurs ont la parole - Adib Y. Tohmé

Rêves et politique

Je croyais en la politique. Je n'y crois plus. Je voyais dans la politique un moyen pour faire rêver. Elle s'est avérée le système parfait pour briser les rêves. Mon souhait en 2016, c'est de tourner la page. Pourtant, même au Liban, des hommes politiques ont réussi à faire rêver. Enfants du système, ils ont voulu le casser. Faire rêver en politique, c'est, en fait, casser le système par ses propres rejetons. Personne n'a réussi. Tous ont été broyés par la machine infernale de la vacuité et remplacés par leurs propres contraires. Des exemples ? Sans remonter trop loin dans le temps, je vais mentionner quelques-uns.
Figure emblématique du régime confessionnel et féodal libanais, Kamal Joumblatt mena un combat pour abolir le confessionnalisme et instaurer un système basé sur l'égalité des droits au sein d'un État laïque. Il fut assassiné en 1977 et remplacé par son fils.
Figure religieuse communautaire, Moussa Sadr, quant à lui, mena son combat contre la pauvreté, la discorde confessionnelle, l'exclusion et l'oppression. On l'a fait disparaître en 1978. Fondateur du mouvement Amal, il fut remplacé par l'actuel président du mouvement.
Pendant trois semaines, de la date de son intronisation comme président de la République libanaise jusqu'à son assassinat le 14 septembre 1982, Bachir Gemayel, ancien chef de milice, a fait rêver par ses discours sur l'instauration de l'État de droit et la lutte contre la corruption, les privilèges et la bureaucratie. Il fut remplacé par son frère.
En 1988, Michel Aoun, chef de l'armée, se leva contre l'occupation syrienne, contre l'ordre milicien et la détention d'armes en dehors de l'État, contre le système politique pourri et corrompu, et la classe politique coupable de népotisme, de collaboration avec l'étranger et de déshonneur national. Il fit rêver, mais fut acculé à l'exil en 1990. En 2005, il fut remplacé par lui-même.
En 1992, Rafic Hariri, symbole de la réussite libanaise à l'étranger, annonça le printemps économique libanais et la reconstruction du pays. Il fit rêver pendant 3 ans. Puis le printemps économique fut kidnappé par les banques et transformé en un printemps financier. Hariri fut assassiné en 2005 et remplacé par son fils.
Cela sans oublier tous les autres, ceux qui étaient amenés à incarner un rêve en devenir, mais furent éliminés trop tôt et qui manquent cruellement aujourd'hui. Je pense notamment à Pierre Gemayel, Gebran Tuéni ou Samir Kassir.
Ce qui reste, ce sont les combats inachevés et les problèmes qui s'accumulent : régime confessionnel, clanique et inégalitaire ; pauvreté, oppression, discorde nationale ; corruption, État de non-droit, bureaucratie ;
soumission à l'étranger, règne des milices, népotisme, classe politique pourrie, déshonneur national ; printemps bancaire qui cache un hiver économique. Tous ces éléments épars et complémentaires qu'on appelle le système.

Je croyais en la politique. Je n'y crois plus. Je voyais dans la politique un moyen pour faire rêver. Elle s'est avérée le système parfait pour briser les rêves. Mon souhait en 2016, c'est de tourner la page. Pourtant, même au Liban, des hommes politiques ont réussi à faire rêver. Enfants du système, ils ont voulu le casser. Faire rêver en politique, c'est, en fait, casser le système par ses propres rejetons. Personne n'a réussi. Tous ont été broyés par la machine infernale de la vacuité et remplacés par leurs propres contraires. Des exemples ? Sans remonter trop loin dans le temps, je vais mentionner quelques-uns.Figure emblématique du régime confessionnel et féodal libanais, Kamal Joumblatt mena un combat pour abolir le confessionnalisme et instaurer un système basé sur l'égalité des droits au sein d'un État...
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