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Moyen Orient et Monde

De l’attaque à la défense : l’EI change de stratégie

Jihadisme

Selon Karim Bitar, le groupe État islamique reste puissant et « capable de frapper partout et de recruter de nombreux étrangers ».

OLJ
22/12/2015

À l'offensive depuis sa création, le groupe État islamique (EI) adopte depuis quelques mois une position défensive dans les régions qu'il contrôle en Syrie et en Irak après les revers qu'il a subis sur plusieurs fronts, selon des experts.
« Les combattants de Daech (acronyme arabe de l'EI) sont en position défensive sur la plupart des fronts en Irak et en Syrie, perdant ainsi l'initiative qui caractérisait cette organisation », explique à l'AFP le chercheur irakien Hicham al-Hachimi, spécialiste des activités des groupes jihadistes. Selon lui, plusieurs raisons expliquent ce changement stratégique. « Le groupe a perdu partiellement sa capacité de mouvement à cause des raids dont il est la cible, de l'anéantissement de ses dépôts logistiques et de la perte de plusieurs routes d'acheminement. » « Il a également perdu de nombreux kamikazes qui jouent un rôle primordial dans les attaques », ajoute M. Hachimi.
Les régions sous contrôle des jihadistes sont intensivement bombardées par les avions de la coalition internationale, menée par les États-Unis, et de la Russie, surtout depuis les attentats de Paris (130 morts) et d'un avion russe en Égypte (224 morts) revendiqués par l'EI.
En Syrie, le groupe s'est retiré de vastes territoires dans la province de Hassaké et de plusieurs localités, et dans celle d'Alep.
En Irak, il a perdu le contrôle de la ville de Baïji et sa raffinerie dans la province de Salaheddine en octobre, et de Sinjar à l'ouest de Mossoul le mois dernier. Ces défaites l'ont privé d'une route d'approvisionnement stratégique entre l'Irak et la Syrie, et d'autres régions à Diala et Kirkouk.
« Daech est attaqué sur plusieurs fronts et par différents acteurs, comme le Parti de l'union démocrate kurde (PYD) à Hassaké, le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) et le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) à Sinjar », souligne Fabrice Balanche, chercheur et géographe.
« L'armée syrienne, appuyée par les frappes russes, combat l'EI à l'est d'Alep et dans les localités d'al-Qaryantaïn et de Palmyre dans la province de Homs, et la France et la Russie bombardent Raqqa », ajoute-t-il.

« Fragiliser la coalition »
M. Balanche soutient aussi l'hypothèse d'un revirement défensif du groupe avec un « repli vers des régions arabo-sunnites où il jouit d'un soutien populaire, comme la vallée de l'Euphrate en Syrie et dans le nord-ouest de l'Irak ».
Mais selon le chercheur, l'EI a toujours la capacité de « lancer des offensives ».
La semaine dernière encore, un bataillon de jihadistes a lancé une offensive contre les Kurdes dans la province de Ninive dans le nord de l'Irak, finalement repoussée par les peshmergas et les bombardements de la coalition internationale. Plus de 200 jihadistes auraient été tués.
Le groupe « se retire des régions dont les habitants lui sont hostiles » en Syrie, affirme M. Balanche. « L'offensive irako-américaine en Irak porte ainsi plus sur Ramadi, la capitale de la province d'al-Anbar, que sur Faloujah, plus proche de Bagdad, mais dont la population soutient davantage Daech. »
Malgré ces replis, l'EI reste puissant et « capable de frapper partout et de recruter de nombreux étrangers », affirme Karim Bitar, de l'Institut français des relations internationales.
Soufan Group, un institut américain spécialisé dans le renseignement, a récemment estimé que le nombre de combattants étrangers en Irak et en Syrie avait plus que doublé en un an et demi pour atteindre 27 000.
« Certes, l'EI a été contraint d'effectuer des retraits tactiques et limités, mais depuis sa prise de contrôle de Mossoul, il n'a subi aucune perte militaire déterminante capable d'affecter radicalement le moral » de ses troupes, ajoute M. Bitar. Il a même étendu son rayon d'action à la Libye et dispose d'un soutien accru de groupes armés dans plusieurs pays, notamment africains.
Pour M. Hachimi, les priorités actuelles du groupe jihadiste consistent à « fragiliser la coalition internationale et à faire en sorte que les pays qui la composent se préoccupent davantage de leur sécurité interne, sous la pression de l'opinion publique ».
Dans la même optique, M. Balanche soutient que, « à défaut de pouvoir abattre les avions de la coalition », l'EI « organise des attentats au cœur des pays membres comme la France dans une tentative de déstabilisation et pour gagner la bataille de la propagande qui peut lui apporter des combattants et des financements ».
Layal ABOU RAHAL/AFP

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