Voilà bien des années que je ne t'ai pas écrit, j'espère que tu ne m'en veux pas. Es-tu toujours aussi bedonnant, joufflu et joyeux, fredonnant dans ta soyeuse barbe blanche ? Mon gros pépère, ai-je encore le droit de faire une demande ou ai-je dépassé l'âge des mythes et des chimères ?
Tu vois, à 25 ans, je me sens si fatiguée, déjà. Je porte le poids du monde sur mes épaules à longueur de journée, sans aucune idée comment en alléger les souffrances. J'ai failli à mes promesses, je le sais, et je te demande pardon. Je n'ai diminué ni les famines ni les morts, je n'ai pas mis fin aux guerres déclarées à chaque coin de rue par des hommes qui n'ont pas de dieu. Hélas, je suis impuissante face aux crimes perpétrés quotidiennement, le racisme existe toujours, et misogynie, fanatisme et ignorance sont une réalité qui n'a de remède immédiat, ou peut-être est-ce moi qui ne le connais pas.
Mon ami à l'habit rouge, je me déçois moi-même plus que tu ne croies, je n'ai pas de solutions à tous les problèmes de ce monde fragmenté et désolant, et je ne sais par où commencer à recoller les morceaux. Dis-moi, d'où tires-tu ta bonne humeur, ces « ho ho ho » que tu chantonnes à longueur de temps en croquant deux biscuits de trop ? Cette terre souffre, elle t'appelle, n'entends-tu donc pas ses cris implorant ta venue ? Père Noël, pourquoi puis-je dormir le soir quand tellement d'honnêtes gens ont depuis longtemps perdu le sommeil, tremblant de peur, de tristesse et de colère dans le noir le plus complet ? N'ont-ils pas le droit, eux aussi, à un semblant de tranquillité, quelle qu'en soit la durée ?
Cette année ma liste est bien longue, je m'en excuse, mais si naguère je croyais naïvement en ta toute-puissance, aujourd'hui j'y ai recours en désespoir de cause. Je voudrais de l'espoir Monsieur Noël, pour les vieux oubliés, pour les parents se demandant dans quelle sorte de monde leur enfant devra grandir, pour les jeunes qui ne trouvent pas d'emploi, pour les tout-petits qui, trop tôt, connaissent désolations et guerres. Je voudrais de l'amour à en faire exploser les cœurs, des cris d'extase et des naissances pour oublier les bombes, les pleurs et les morts vaines.
Ma liste n'est pas finie, je te prie de pardonner ma ferveur, mais pourrais-tu remplacer la haine qui ronge les cœurs par des sentiments de bonté, inculquer la charité aux hommes de peu de foi et faire fondre les ronces qui encombrent leurs âmes ? Je veux des livres, de la musique et des rêves, des abris pour les plus démunis et des bras réconfortants pour les esseulés, des vêtements chauds et des chaussures pour ces âmes perdues qui, anonymes, longent subrepticement les murs de nos villes, lorgnant avec envie nos biens si mal distribués. Tu comprends, je ne peux choisir qu'une seule demande, comme une mère ne peut choisir de nourrir un seul de ses enfants.
Je te prie donc de remplir ton grand traîneau, non pas de tes innombrables jolis cadeaux, mais de renouveau et d'espérance car, comme tu peux le voir, aujourd'hui le monde pédale à contresens.
Maria HOMSY


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