Nous sommes malades, complètement malades. Faibles, frissonnants, la conviction d'être nuls qui nous prend au ventre. Le manque de confiance en sus et l'indifférence qui s'insinuent sournoisement dans nos veines ne nous tueront pas. Juste un coma. Avec quelques sursauts, mais imperceptibles. Saturés, nauséeux, incontinents, nous avons été longuement préparés à accepter ces conditions de vie car le venin nous a longtemps été inoculé, instillé, goutte après goutte jusqu'à nous rendre indolents. Et de par cette faiblesse, nous sommes constamment complices de la chute libre de la nation. Une plongée sidérante dans le crétinisme, puisque nous acceptons d'être démunis, privés de nos droits les plus élémentaires.
L'atteinte aux libertés, à la dignité, à l'intégrité nous dérange mollement. Les visions ou événements qui nous auraient horrifiés ont été peu à peu banalisés, risées sociales ou décadences tragi-comiques, tout passe, tout lasse. La spirale de l'amoralité, de la colère, du malheur social nous entraîne dans une lente agonie joyeuse, puisqu'on s'en amuse faute d'en pleurer. Nous baissons les bras, comme autopsiés par erreur, avant l'heure. Pavant ainsi encore et encore la voie à la poignée d'irréductibles indétrônables.
Les brèches d'oxygène culturelles, festives prouvent que les pulsions cardiaques de ce pays sont encore audibles ! Qu'inverser l'équation peut être possible ! Que les cellules de ce grand corps malade peuvent s'unir contre le mal qui le ronge ! Mais la conviction que se liguer contre ce qui nous ronge est inutile, voire impensable sous peine de se voir anéanti, achève de nous détourner de toute révolte ou réaction. Il nous reste nos salons et nos terrasses pour en papoter, un verre à la main, en saluant les tentatives courageuses de nos jeunes patriotes qui résistent. Cela ne donne rien de positif, mais cela soulage.
Nous sommes devenus des « laisser-passeurs » face aux convois de monarques à l'ego surdimensionné, de voraces qui ont même réussi à donner une odeur à l'argent ! Une odeur de pourriture, enivrante, tenace et qui va flotter encore et encore... le temps que les cartes soient tirées. Nous les avons intronisés et portés aux nues. Ils ne décolleront pas facilement. D'ailleurs, à quelle relève aspirons-nous ? Même l'odeur, on s'y fait, l'habitude, la lassitude, on s'y laisse aller en vaquant à nos occupations, laconiques, participant ainsi au démantèlement de ce qui reste de patrie.
Il nous vient souvent des envies violentes de tout raser et de recommencer, mais de révolutions fracassées en espoirs évanouis, de révoltes avortées en viols intensifs de notre intelligence et de notre quotidien le plus basique, l'indifférence reprend le dessus ; vous savez, celle qui tue à petit feu.
Nos lecteurs ont la parole - Éliane Zeenny-Khayat
L’insoutenable légèreté de la banalité
« À force de tout voir, on finit par tout supporter.
À force de tout supporter, on finit par tout tolérer.
À force de tout tolérer, on finit par tout accepter.
À force de tout accepter, on finit par tout approuver. »
Saint Augustin
OLJ / le 17 décembre 2015 à 00h00


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef